16-11-2002, 17:57
<small>(Pardon TB pour ce "commencement", j'avais promis de me relire :-( )</small><p>J'ai lu <i>Animal Farm </i>de George Orwell dans la collection signet classic (Penguin Putnam) édition 1996 (en anglais). Il s'y trouve une préface de Russel Baker (1996) qui interprète le texte politiquement (en s'appuyant sur les lettres d'Orwell) et une introduction de C.M Woodhouse passionante qui se demande entre autre (le pouvoir de la plume y est aussi traité) si Animal Farm est un conte de fée. C'est que le titre exact du livre est "Animal Farm, a fairy story by George Orwell". (sous-titre venant de l'auteur).<br>Il se demande donc coment on peut appeler ce livre un conte de fée dans la mesure où<br>- Il n'y a pas d'élément de magie une fois accepté le zoomorphisme<br>- Il n'y a pas de happy end, sinon pour les 'méchants' (on rejoint ici le point de vue de Tolkien)<br>- Il n'y a ni prince charmant ni jeune fille en détresse ni aucun intérêt sentimental d'aucun ordre (...)<p>Il déclare donc que le conte de fée est une "catégorie élastique". S'appuyant sur le fait que <i>Le voyage à Lilliput</i> soit attribué par Andrew Lang au "conte de fée coloré".<br>Orwell a dit qu'il a écrit un "conte de fée avec dessein politique". après avoir remarqué que le dessein politique n'est en tout cas pas moral ni didactique (comme La Fontaine ou Thurber). Il rapelle l'existence d'une satyre qui a déjà porté le nom de conte de fée: <i>Le Coq d'Or </i> (qu'apparement seul le Censeur Impérial de Russie avait détecté comme subversif).<br>Dans Animal Farm, tout se finit mal pour les animaux innocents.<br>L'auteur avance enfin sa théorie:<br>"C'est justement ce sens de cruauté sans raison qui donne l'indice au dessein d'Orwell, aussi bien qu'à sa raison extrèmement sérieuse d'avoir appelé Animal Farm un conte de fée. Les contes de fées ne sont pas tant écrit sans morale que sans moralité. Ils prennent place dans un monde au delà du bien et du mal, où les gens (ou animaux) souffrent ou prospèrent pour des raisons sans liens avec un mérite éthique - parce qu'ils sont beaux ou moches respectivement, par exemple, ou bien pour d'autre raison encore plus insatisfaisantes."<br>Il dit que les conteurs d'histoire n'interviennent pas pour juger dans leur histoire. Rien de subjectif, que des faits !<br>"Mais s'ils ont un impact émotionnel sur leur lecteur, comme le font les meilleur d'entre eux, ce n'est pas intrasèque à l'histoire", considérant qu'ils font mouvoir cet impact au moment où ils le rencontrent, sans intention préméditée, et même en semblant chercher à ne rien mouvoir.<br>"Le conte de fée qui réussi n'est en fait pas un travail de fiction du tout; ou du moins pas plus, disons, que les chapitres d'ouverture de la Genèse. C'est une transcription d'une vision de la vie en des termes de symboles hautement simplifiés, et quand cela réussi dans son but littéraire, cela nous laisse avec un profond sentiment indéfinissable de vérité; et si cela marche aussi, comme Orwell le prouva, dans un but politique aussi bien qu'artistique, cela nous laisse aussi avec un sentiment de rebellion contre la vérité révélée."<br>Non pas, poursuit-il en nous incitant à la rebellion, mais par le simple pouvoir de la description par le langage, et en utilisant des archétypes (ce qui disculpe l'auteur d'une éventuelle manipulation émotionelle).<br>Il conclut que <i>Animal Farms </i> est donc bien un conte de fée, dont le message, sans morale, est celle de tous les grands contes de fée: "la vie est ainsi, prend la ou quitte la !"<p>Mais Tolkien définit ainsi le conte de fée (je pompe honteusement le topo de Nikita dans un autre fuseau que je fais de toute façon remonter aussi):<p>Dans son essai sur les contes de fée, Tolkien tente de réhabiliter le conte de fée comme un genre littéraire à part entière voire supérieur à toutes formes d’Art, puisqu’il lui trouve des échos dans les Evangiles…<br>Il distingue en fait trois constantes du conte de fée qui peuvent expliquer son succès :<p>1) <i>Le Recouvrement </i>que l’on pourrait définir comme la redécouverte de « choses simples ou fondamentales, vierges de Fantaisie. » Le mieux est de citer Tolkien him-self et vous verrez où je veux en venir :<p><font color="blue">« Car le Conteur qui se permet « des libertés envers » la Nature peut-être amoureux d’elle et non son esclave. Ce fut dans les contes de fées que je devinai pour la première fois le pouvoir des mots et la merveille des choses, telles que la pierre, le bois et le fer, l’arbre et l’herbe, la maison et le feu le pain et le vin. » </font>(Edition Pocket, p.190)<p>N’est-ce pas ce sentiment que nous partageons à la lecture des contes ? Celui d’un retour aux sources en quelque sorte ?<p>2) <i>L’Evasion </i>à ne pas confondre avec la désertion mais à conjuguer avec la Liberté… La Liberté de retrouver un monde où ne font pas irruption la modernité et son cortège de désagréments ! Et le maître de justifier le fait de ne trouver ni réverbère électrique, ni usine bruyante, ni gare verrière dans les contes de fées… car<p><font color="blue">« Le château le plus abracadabrant qui sortit jamais du sac d’un géant dans un fantasque conte gaëlique n’est pas seulement beaucoup moins laid qu’une usine automatique, il est aussi (pour employer une expression tout à fait moderne) « dans un sens très authentique » beaucoup plus vrai. » </font> (Edition Pocket, p.194-195)<p>C’est une idée essentielle selon moi (nikita) pour bien comprendre la fascination qu’exercent sur nous ces récits : le sentiment de détenir là une vérité. Aussi extravagantes que soient les aventures, aussi loin qu’elles puissent nous mener, elles nous renvoient toujours à quelque chose d’essentiel.<p>3) <i>La Consolation</i> ou « la joie de la fin heureuse ». <p>Je pointe les liens et les divergences:<br>- on a le même rapport à une vérité retrouvée.<br>- Le lien à la bible est fait dans les deux cas, c'est juste amusant de le noter<br>- L'utilisation d'archétype : les Orques et les princes par exemple chez Tolkien.<br>- Le poid du langage (il faudrait y revenir pour Tolkien, qui adoptait quasiment des thèses nominalistes)<p>* La fin heureuse est capitale pour Tolkien (et le début heureux)<br>* L'impact émotionnel qui pour Tolkien est un des buts poursuivis (je n'ai plus la citation sous la main).<p>On peut s'interroger sur le rapport de Tolkien à la morale et à un dessein didactique, suite notamment au dernier dossier de Cirdan. Je crois que Tolkien se contredit sur ce point. A voir.<p>Et à voir aussi concernant un éventuel dessein politique mêlé à l'Art...<p>Voilà.<br>A vous de commenter.<p>Vinyamar<p><br>

