Ces courts commentaires ne constituent pas des résumés, encore moins des analyses : ils traduisent simplement le plaisir que j’ai eu à lire ces belles histoires... :-)
J’en profite au passage pour mettre à chaque fois le lien vers la nouvelle commentée.
Cela évitera probablement quelques recherches aux futurs lecteurs intéressés (d’autant plus que plusieurs nouvelles sont enregistrées sous le véritable nom de leur auteur sans que l’on connaisse son pseudo usuel sur le forum).
- Le Serment d’Isengar d’Isengar (comme son nom l’indique ;-))
Cela fait un moment que je lis avec plaisir ses belles Promenades dans la Comté, et j’espérais retrouver cette impression de parcourir avec lui les plus petits chemins de la région. Je n’ai franchement pas été déçu ! :-)
Isengar sait donner corps à des lieux dont on ne connaît parfois qu’un vague nom. Il a le sens de la terre : la Comté vibre sous les pieds du lecteur. Mon imagination avait quelquefois eu du mal à se représenter la Comté dans toute sa variété, et surtout dans toute son étendue. J’ai désormais une grande dette à l’égard d’Isengar, car il m’a fait ressentir ce que Bilbo disait de sa terre (c’est l’une des plus belles phrases du Légendaire, à mes yeux) :
« (...) et le jour vint enfin où ils se trouvèrent en vue du pays où Bilbo était né et où il avait grandi, où les formes de la terre et des arbres lui étaient aussi connues que ses propres membres » (Bilbo le Hobbit, chap. 19).
La Comté s’incarne dans ces lignes. Isengar lui donne de l’épaisseur, du relief, des marques.
Mais son récit n’est pas une redite de ses Promenades. L’intrigue suit alternativement les histoires de deux Hobbits, séparées de quelques années (le second, Isengar – tiens ?! ;-) –, étant à la recherche du premier).
L’amour est au cœur de la Comté de Tolkien mais il préfère y être discret. Isengar, lui, a choisi d’en faire le moteur de son histoire, ce qui influence le regard de ses Hobbits. Les allées et venues, temporelles aussi bien que géographiques, me tiennent en haleine : vivement la suite !
- L’arbre de la Dame de Lambertine
L’histoire a l’avantage de commencer par la fin ;-) On est donc rassuré d’emblée : le héros ne va pas mourir... ;-) Mais d’abord, pourquoi l’enjeu principal d’une histoire devrait-il être la survie du personnage central ? Il existe une multitude de forces qui peuvent porter un récit : c’est ce que Lambertine traduit de façon riche et fluide.
J’ai lu d’une traite la trentaine de chapitres racontant la découverte progressive de la Terre du Milieu par un adolescent. C’est un chemin de traverse, qui évite les redites tolkieniennes. En effet, le grand danger de cette entreprise serait de reprendre le ton de Tolkien où se mêlent l’innocence des Hobbits et l’enjeu écrasant du passé légendaire. Or le personnage de Lambertine n’est ni insouciant ni tenu de sauver le monde (du moins cela n’apparaît-il pas pour l’instant ;-) Il rencontre les problèmes d’un adolescent qui essaie de trouver sa place en se frottant à divers milieux au cours des situations. A mon avis, ce sont ces diverses ambiances entre les personnes que Lambertine exprime le mieux.
Nous voici au moment délicat : le lecteur a envie de commenter plus avant, mais sans trop en dévoiler à ceux qui le suivront. Disons que Lambertine sait remarquablement restituer l’atmosphère affairées des villes, la vie rude des ruraux, les fêtes locales (la foire de Bree est un bijou !), l’inquiétude des marchands, etc.
On croise bon nombre des personnages du Seigneur des Anneaux qui seront appelés à tenir leur rôle dans quelques années. C’est un savant dosage, qui met en lumière les pans moins connus des lieux connus de la Terre du Milieu. Une description vivante d’un quotidien légendaire :-)
- Le bibliothécaire de Celeluwhen
La brève accroche avait un p’tit côté « Monde de Sophie », qui a attiré mon attention ;-) « Et si nous apprenions que notre propre monde n’est qu'un livre ? »...
(Au passage, si j’apprenais cela, il ne me plairait pas toujours qu’on puisse lire tout ce que je pense, tout ce que je fais, etc... Quant à l’idée de me faire feuilleter régulièrement, cela dépendrait du lecteur. Se faire caresser les pages par les doigts légers d’une jeune femme, pourquoi pas, mais sinon je ne suis guère partant ! ;-))
Celeluwhen, en tout cas, exploite son idée jusqu’au bout puisqu’elle est à la fois l’auteur de la nouvelle et l’une des figures du récit. On est passé de l’autre côté du miroir, même s’il doit en déformer le reflet ;-)
Celeluwhen adore les langues (et a d’ailleurs la bonne idée de fournir un glossaire aux incultes comme moi – qui se retrouvent, comme les personnages, à prendre des cours). Heureusement elle consent à étudier d’autres matières, même si elle ne semble pas disposée à laisser de côté son indépendance d’esprit... ;-)
Le quatrième chapitre du Bibliothécaire est, pour l’instant, celui que je préfère :-) Ce changement de point de vue fait acquérir à Celelu’ plus de personnalité. L’intrigue est en train de s’esquisser.
Au fait, il va falloir que je vienne faire un tour dans la bibliothèque de ce cher Elrond, car elle mentionne deux titres d’ouvrages qui m’ont bien amusé : l’«Hommage à Aulë; traité de géologie structurale» et les «Vie et moeurs des cousins de marais, ou l’éloge de la démangeaison» sont très prometteurs ! ;-) lol.
- Galinda, la Forêt des Ombres de Finrod
La Forêt de Fangorn et celle de Galinda ont certaines combes en commun... ;-)
Finrod joue ainsi avec son lecteur en lui suggérant des images à la lisière de l’univers tolkienien. Cette attitude n’est pas dénuée de perversité ;-) Finrod a confiance dans la tendance de son lecteur à chercher systématiquement des points de comparaison avec le Légendaire ; mais il nous invite en même temps à nous restreindre par nous-mêmes dans notre appétit de similitudes : « Allons, nous dirons-nous, il faut laisser la liberté à l’auteur de ne pas s’inscrire pleinement dans le Légendaire tolkienien ! »
Comme d’autres peut-être, je suis déchiré entre ces deux impulsions : d’un côté, faire des liens (et tout y passe, des forêts du Légendaire jusqu’au prénom de l’un des héros) ; de l’autre, tâcher de saisir l’histoire en elle-même sans la penser en site tolkienien...
Mais cette histoire s’installe doucement et n’a pas fini, je le sens, de jouer avec nos nerfs ;-) Cette Forêt attire par son mystère (elle ne se prête pas à une simple promenade, il faudra mériter le droit d’y entrer – et, surtout, d’en sortir indemne).
Fangorn, copieur-colleur ;-)

