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Mise à jour : Interview d'Isabelle Smadja
#23
J’ai pris connaissance aujourd’hui de ce qui s’est écrit dans ce forum et j’aimerais vraiment répondre plus longuement – répondre également au compte-rendu de M. Semprini, ce que je n’ai pas encore fait, les questions de l’interview ne portant pas sur ce sujet. Mais d’une part je ne sais pas si ça vous intéresse – c’est à vous de voir… Et d’autre part, je ne trouverai pas le temps de me replonger vraiment dans Tolkien avant la fin de la semaine prochaine. C’est la rentrée, j’ai un temps plein en lycée et ça fait beaucoup de travail.
Juste quelques mots cependant : 1) d’abord je remercie ceux qui acceptent le principe de la discussion sans se sentir obligés de m’insulter, de m’appeler par des noms très bizarres ou d’extrapoler sur ce que j’aurais dit ou fait ou pensé.
2) Bien sûr que j’ai cherché à dresser une charge, non pas tant contre Tolkien que contre la fascination actuelle de certains pour une œuvre qui comporte suffisamment d’ambiguïtés pour ne pas mériter – à mon sens - qu’on la porte ainsi aux nues. Descartes emploie pour justifier son doute radical une image : elle vaut ce qu’elle vaut mais elle correspond assez bien à ce que j’ai voulu faire. Quand un bâton est tordu dans un sens, dit-il, pour le redresser, il faut le tordre dans l’autre sens : j’ai mis l’accent sur les faiblesses – réelles à mon avis - du Seigneur des Anneaux en sachant fort bien que d’autres se chargent et se chargeront encore et encore d’en faire la louange.
3) Vous me reprochez de ne pas avoir parlé de l’amitié, de la loyauté et du courage qui seraient les valeurs morales présentes dans le livre. Or ces valeurs ne me paraissent pas être sures, ou suffisantes : je ne dois pas me tromper en disant qu’on n’aurait aucune difficulté à trouver des membres d’escadrons de la mort (au Chili, au Brésil, pendant l’époque de l’Algérie Française…) qui aient construit entre eux une amitié très solide, qui aient fait preuve de loyauté envers leur organisation et même d’un certain courage lors d’expéditions plus périlleuses que d’autres. Et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : ça ne signifie pas du tout que je compare la communauté de l’anneau à des escadrons de la mort ; ça ne signifie pas non plus que l’amitié, le courage… ne sont pas des valeurs morales, mais ça signifie simplement que ces valeurs ne me semblent pas en aucun cas suffisantes pour garantir du comportement exemplaire ou même tout simplement moral d’un individu.

Plus généralement la réponse du Seigneur des Anneaux à la question que pose les conflits guerriers ne me satisfait pas : il est trop simple de justifier la guerre (ou la réaction guerrière à une violence) par la présence d’un être (et de ses troupes) qui serait voué au mal. L'histoire de la seconde guerre mondiale a, certes, donné raison aux interprétations manichéennes du monde : il y eut bien alors sous la dictature de Hitler, d'un côté le mal, la haine et une volonté de destruction, et d’un autre côté, le bien, le courage et les valeurs morales (même si les motivations de ceux qui se sont mis dans le camp du « bien » étaient bien plus compliquées que cela : les Américains n’avaient pas les mêmes raisons d’agir que les Anglais, que les Français…). Reste que la réponse manichéenne ne me semble pas aujourd’hui la réponse la plus appropriée : n’est-il pas temps de penser qu'il y a, aujourd'hui comme hier, des cultures et des sociétés différentes qui, chacune à sa manière, génèrent leur part de cruautés, d'injustices et de violences ? Ce qui me gêne dans le succès actuel du Seigneur des Anneaux, c’est que l’explication qu’il donne aux rapports de force existant dans le monde est profondément manichéenne : il y a – en la personne de Sauron –une incarnation d’un mal absolu.
Voilà : il aurait fallu que je parle de Voldemort et Mordor, des nazgul, (la langue de Mordor est inventée par Tolkien et il aurait pu choisir d’autres consonances), de la « lapinière » ou garenne (il y vit des lapins de garenne, et le symbolisme qu’on prête aux lapins porte bien sur les lapins et non sur la lapinière )…mais tant pis. Quant aux Elfes, j’étais en train de décrire Legolas, le bel Apollon, et j’ai généralisé à partir des Elfes du Nord aux Nordiques... Une erreur dans une interview n’a quand même pas la même valeur que dans un livre. Mais je m'aperçois en enregistrant ce message que d'autres réponses sont apparues et notamment celles de M. Semprini (je les lirai une autre fois)

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