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Mise à jour : Interview d'Isabelle Smadja
#70
Bonjour,

Je suis heureux qu'Isabelle Smadja vienne réagir sur ce forum. Cela me donnera l'occasion de lui adresser quelques questions.

Tout d'abord, Mme Smadja, je vous donne raison quand vous affirmez qu'on vous a prêté des propos que vous n'avez pas tenus. C'est le cas dans Casus Belli N°18, où j'ai publié un article quelque peu détourné. On vous y a attribué la phrase : "Tolkien était un auteur réactionnaire, misogyne, raciste, et c'est parce qu'il était malsain que vous l'avez adoré." Or cette phrase n'était pas de vous, mais de moi : elle était destinée à servir de chapeau à l'article, et dans le fichier envoyé au magazine, elle n'était ni placée entre guillemets, ni suivie de votre nom. Le maquettiste a refondu mon article, transformant le chapeau en cette pseudo-citation et le premier paragraphe en chapeau ; j'ai signalé l'erreur (grave, à mes yeux, car discréditant l'article) à Isabelle Rive, et je lui ai suggéré de publier un erratum dans le numéro suivant. Malheureusement, le correctif n'a pas été publié, ce dont je suis le premier désolé.

Ceci dit, je serais ravi que vous répondiez également à quelques questions :

Pages 26-27, vous relevez un effet de style dans un vers de Virgile, "Ils s'en allaient obscurs, dans la nuit solitaire", vous évoquez le commentaire qu'en fait Jean Cohen, et vous en tirez l'hypothèse que l'anaphore "Un Anneau... un anneau... un anneau..." du poème liminaire du SdA pourrait établir une relation entre l'anneau unique et les anneaux elfiques. Je ne saisis pas (du tout) votre raisonnement. Pourriez-vous le clarifier ? C'est essentiel, car c'est sur cette interprétation du poème de Tolkien que vous commencez à bâtir votre thèse, à savoir que "Le seigneur des Anneaux" est le roman de "la tentation du mal".

Le chapitre 9 établit une analogie entre la tirade de Sganarelle sur le tabac ("Dom Juan", I,1) et le bref chapitre sur l'herbe à pipe qui ouvre le SdA. Pensez-vous vraiment que le rapprochement entre les thèmes et la position en ouverture de l'œuvre suffise à appliquer au roman de fantasy écrit par Tolkien les conclusions qu'on pourrait faire sur la scène d'ouverture d'une pièce baroque du XVII° siècle ? Je relève la notion de "déplacement" p.119, qui me laisse croire que vous faites une lecture psychanalytique de ces passages. Je n'ai rien contre la critique psychanalytique, mais je la trouve source de surinterprétation (voire de faux-sens) quand elle ignore toute recherche contextuelle. Etes-vous sûre que dans la tirade de Sganarelle, et compte tenu des conditions dans lesquelles Molière écrit "Dom Juan", "sans tabac" soit l'équivalent de "sans morale" ?
(La question peut paraître annexe à ceux qui n'ont pas lu votre livre, mais je rappelle que c'est sur cette analogie, très douteuse à mon sens, que repose une partie de votre argumentation sur la misogynie de l'œuvre...)

Je rebondis enfin sur les questions posées par Prélat. Que suggérez-vous précisément sur les joueurs de jeu de rôle quand vous écrivez : "En affirmant que l'humanité tout entière est littéralement envoûtée par le mal et la mort, et que cet attrait pour le mal n'est pas réservé à une minorité d'hommes aux instincts plus sadiques que d'autres, Tolkien rassure fondamentalement tous les partisans acharnés des jeux de rôle." ? Si je vous entends bien, si les rôlistes sont "rassurés" par l'œuvre de Tolkien, c'est qu'ils se sentent des "instincts sadiques " ? Sur quoi repose cette opinion ?

Cordialement,

Usher / Jean-Philippe Jaworski

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