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Mise à jour : Interview d'Isabelle Smadja
#72
Bonjour a tous. C'est la premiere fois que je poste ici, donc mes salutations a tous les inscrits (ou non d'ailleurs) de ce forum qui participent de leur mots et sentiments a ce joli coin du web francophone.

Un grand merci a Prelat qui nous a donné un lien direct a ce sujet et nous a donné, a moi et mes camarades de la Cour d'Obéron, l'occasion de nous joindre a cette occasion d'echange direct avec l'auteur de l'ouvrage controversé que nous connaissons tous.

Un autre grand merci a Isabelle Smadja. Vous nous donnez l'occasion de discuter ici directement, et vous avez un assez grand courage de vous exposer ainsi aux foudres potentielles des passionnés de Tolkien, de Fantasy, et de Jeu de Roles de cette maniere. Je vous salue donc, avant de rentrer dans la polémique.

Maintenant, j'en viens au vif du sujet (ouf). Bien sur, je ne peux que partager les doutes et ainsi les questions posées par Prelat au sujet du Jeu de Role, en etant un pratiquant depuis de nombreuses annees. Des eclaircissement a ce propos seraient tout a fait les bienvenus, pour ma part plus que pour d'autres, puisque je n'ai pas la chance d'avoir pu lire l'ouvrage incriminé de Mme Smadja (et je m'en excuse).

Ceci dit, je ne peux que m'étonner devant certains de vos propos, Isabelle, n'etant pas que le passionné de JDR que je viens de décrire. Je vais prendre les remarques une a une, et espere ne pas faire de mon post ni une attaque personnelle, ni un roman. On verra.

Passons a mes remarques (je vais essayer de rester en dehors des remarques purement tolkienistes, puisque nombreux ici semblent ceux qui savent de quoi ils parlent).

Bien sûr que j’ai cherché à dresser une charge, non pas tant contre Tolkien que contre la fascination actuelle de certains pour une œuvre qui comporte suffisamment d’ambiguïtés pour ne pas mériter – à mon sens - qu’on la porte ainsi aux nues. Descartes emploie pour justifier son doute radical une image : elle vaut ce qu’elle vaut mais elle correspond assez bien à ce que j’ai voulu faire. Quand un bâton est tordu dans un sens, dit-il, pour le redresser, il faut le tordre dans l’autre sens : j’ai mis l’accent sur les faiblesses – réelles à mon avis - du Seigneur des Anneaux en sachant fort bien que d’autres se chargent et se chargeront encore et encore d’en faire la louange.

Il me semble que basiquement, nous pourrions directement arreter toute conversation sur ce principe, ou au contraire, aborder notre discussion sous un tout autre aspect qui ferme les critiques: en sous titre, vous nous affirmez simplement ici que votre but etait d'ordre negatif, dans une intention de discrediter (vous utiliserez "relativiser" plutot) le succes du Seigneur des Anneaux, ou plutot, selon vos propres termes, "cette fascination (sous etendue malsaine) de certains" pour un ouvrage qui recele trop d'incoherences. Bien. Mais en fait, vous allez meme plus loin, en nous affirmant que Plus généralement la réponse du Seigneur des Anneaux à la question que pose les conflits guerriers ne me satisfait pas : il est trop simple de justifier la guerre (ou la réaction guerrière à une violence) par la présence d’un être (et de ses troupes) qui serait voué au mal. Donc en realité, ce que vous semblez nous expliquer, c'est que toute votre logique, et votre argumentation, et fondée sur vos gouts et vos couleurs, ou plutot sur un a priori, ou pensée en amont de ce que devrait etre le but de votre étude, ce qui lui enleverait des lors toute crédibilité, étant entendue qu'une "étude" présuppose une certaine partialité d'ordre critique et scientifique. Donc ce que vous nous écrivez est bien un pamphlet et pas une analyse tenant compte de tous les parametres prouvant et recusant la théorie de départ. Bien sur, je peux me tromper, mais je ne fais que me fonder sur ce que vous nous avez écrit, Isabelle. Je serais ravi de lire vos précisions quant a ce point précis de votre raisonnement.

D'autres points attirent mon attention egalement:

L'histoire de la seconde guerre mondiale a, certes, donné raison aux interprétations manichéennes du monde : il y eut bien alors sous la dictature de Hitler, d'un côté le mal, la haine et une volonté de destruction, et d’un autre côté, le bien, le courage et les valeurs morales (même si les motivations de ceux qui se sont mis dans le camp du « bien » étaient bien plus compliquées que cela : les Américains n’avaient pas les mêmes raisons d’agir que les Anglais, que les Français…). Reste que la réponse manichéenne ne me semble pas aujourd’hui la réponse la plus appropriée : n’est-il pas temps de penser qu'il y a, aujourd'hui comme hier, des cultures et des sociétés différentes qui, chacune à sa manière, génèrent leur part de cruautés, d'injustices et de violences ? Ce qui me gêne dans le succès actuel du Seigneur des Anneaux, c’est que l’explication qu’il donne aux rapports de force existant dans le monde est profondément manichéenne : il y a – en la personne de Sauron –une incarnation d’un mal absolu.

J'aimerais préciser d'abord que cette comparaison entre Seconde Guerre Mondiale et Seigneur des Anneaux ne tient tout simplement pas la route. Tolkien n'a cessé de repeter que la 2GM n'avait rien a voir avec le SdA, et pourtant, on voit ressurgir cette comparaison encore et encore.

La raison pour laquelle cette comparaison est tout a fait incongrue vient du fait que, par exemple, Tolkien commenca la rédaction du SdA en 1937/38, et les premieres occurences de personnages comme Sauron/Gorthaur etaient bien anterieures. Si le nazisme etait bien connu en 1937, on peut douter que qui que ce soit ait eu une idee precise de l'ampleur que le conflit a venir allait prendre.

Si comparaison pouvait etre faite, ce serait avec les batailles sur le sol de France durant la Premiere Guerre Mondiale, mais ce serait rester au stade de la supputation (comme en ce qui concerne la morsure que recu Tolkien enfant d'une araignee qui l'aurait inspiré inconsciemment lors de la création de Shelob), etant donné que l'auteur a toujours démenti ce genre de relations de catharsis (genre de procédé qu'il destestait particulierement en littérature, le but d'une fiction selon Tolkien n'étant que de divertir d'une part, et de montrer une face positive de l'homme tout a fait en accord avec l'idée de mythologie. Par conséquent, c'est sur les aspects bénéfiques et poétiques de l'oeuvre qu'il vaut mieux se pencher, plutot que sur les aspects dramatiques, si l'on veut connaitre les intentions que Tolkien possedait reellement lors de la redaction du Seigneur des Anneaux, a mon sens, bien que Tolkien se soit rapidement surpris de la tournure dantesque de certains passages du manuscrit).

Poursuivons:

il aurait fallu que je parle de Voldemort et Mordor, des nazgul, (la langue de Mordor est inventée par Tolkien et il aurait pu choisir d’autres consonances)...

Tout ceci est de la pure hypothese fortement infirmée par Tolkien lui meme, dans des volumes de notes linguistiques et ethymologiques qui certainement vous auront échappées? Or il n'est point de compréhension de linguistique si l'on ne se penche pas sur les principales composantes des Terres du Milieu de Tolkien: leur langages.

Quant a une comparaison poussée de Harry Potter et du Seigneur des Anneaux, nous allons encore une fois au devant de nombreuses supputations, bien que certains rapprochements puissent en effet etre faits. D'une part, nous avons affaire a deux oeuvres de féérie qui s'inspire de la substance meme du mythe: donc jusque la, aucune surprise dans l'existence de villains, de sages vieillards qui aident les héros dans leurs choix difficiles, d'innocents profanes qui s'aventurent hors des chemins de l'ordinaire pour braver le danger, ou suivre la quete des origines ou des devenirs, pour revenir pret des leurs et partager leurs visions de l'Autre Monde. D'autre part, nous comparons deux oeuvres aux tons et messages radicalement differents. Tolkien nous parle de lutte perdue, de pouvoir qui toujours corrompt, et contre lequel il n'y a pas de succes possible, bien que le seul fait de relever la tete, de s'avancer et de tenter le destin, puisse faire pencher la balance. J.K. Rowling nous parle pour le moment d'une quete des origines, ou l'enfant tente desesperement de retrouver son enfance perdue, de garder son innocence a tout prix, et de vaincre parce que l'audace et la candeur sont des forces de l'ame. Meme matieriel mythologique, mais interpretations differentes. Enfin, nous comparons une oeuvre infinie avec une oeuvre finie, sachant que Harry Potter en est presentement a son 5e volume, et certainement pas le dernier. Donc poser des comparaisons a ce stade est un peu hatif, je crois.

la distribution tranchée entre le bien et le mal y est présente également, ainsi que l’idée pour le moins discutable que la fin parfois justifie les moyens

Je me demande si nous avons lu le meme livre ou nous est presente tout une batterie de personnages qui, a l'origine de bonnes choses, se sont peu a peu tourner vers ce principe de la "fin justifie les moyens" : Saroumane, qui pensait utiliser l'anneau a ses propres fins, et regner sur la Terre du Milieu en despote éclairé, jusqu'a devenir une incarnation miniature de ce que fut Sauron (qui fut un etre benefiques a ses debuts, en tant que serviteur d'Aule), et plus tardivement Denethor, qui comme Boromir, succombe au desespoir, pour se suicider la ou son fils aine s'est attaqué a tout ce pour quoi il se battait (l'espoir de la compagnie, attaquer le Porteur de l'Anneau). Alors non, je suis désolé, mais tres clairement, dans de nombreux passages de l'ouvrage, on peut démontrer que "la fin ne justifie pas les moyens" justement.

Ce qui me frappe dans ce site, dont je ne peux par ailleurs qu’admirer la richesse des références et la diversité des personnes qui le fréquentent, c’est une volonté de recréer une sorte de communauté de l’anneau avec ses « sages » (Semprini en est un, - un peu trop doctoral à mon sens, mais chacun ses goûts… - et c’est pourquoi vous l’avez cru sur parole), ses fidèles compagnons, et surtout ses combats… Combats contre le mal, à savoir contre tous ceux qui ne partagent pas votre adoration pour Tolkien.

Je ne connais pas bien ce forum, et de ce que j'ai lu, il est vrai que vous avez été attaquée brutalement et haineusement parfois. Mais cela justifie-t-il de recourir a de la psychologie de comptoir? Je ne crois pas. Vous m'avez l'air bien plus consciente que vous ne l'avez ici supposé a vos lecteurs. Il y a des passions, de véhémences, des insultes aussi, mais nous n'en sommes pas a la secte, vraiment. Je sais que vous avez un gros doute la dessus. Mais je vous assure que les individus que vous tournez ainsi en dérision ne pensent pas en ces termes. Vous utilisez des références freudiennes, et analysez quelles frustrations pourraient mener a de tels égarements, quand en réalité la plupart des membres de ce forum raisonnent en termes mythologiques, mythiques, archétypaux, ou si vous préferrez des termes plus élaborés, Jungiens, ce qui forcement va mener a des incompréhension.

Maintenant, résumer les principes d'archétypes et d'images mythologiques qui grouillent dans le Seigneur des Anneaux a des images répetées de "manicheisme grossier," c'est faire une erreur fondamentale par rapport a l'abondant matériel mythologique qui est utilisé dans le SdA. Si nous raisonnons par archétypes, les sages conseils de venerables (Chiron, Odin, etc) et autres heros exilés qui redeviennent Roi (Arthur, Nuada Arghaitlam) ne sont plus des ombres de l'esprit embrumé de Tolkien-le-Conservateur, mais plutot des ombres d'autres temps, d'autres balades et d'autres légendes, qui se melent devant nos yeux pour nous montrer une danse intemporelle de ce qui fait l'etre main, beau ou laid, vil ou plaisant, au travers des générations. C'est ce dont nous parlons ici il me semble: de ce fait, beaucoup prendront vos écrits qui assimilent Tolkien a un conservateur raciste et mysogyne voient ces éléments du récit "par le petit bout de la lorgnette," et par conséquent, entrainent des raisonnement faussés au mieux, insultant au pire.

premièrement que votre site à lui seul, et vos réactions, sont une preuve que la réception de Tolkien n’est pas du même ordre que la réception d’un auteur classique. Connaissez-vous un site Victor Hugo où les adeptes s’appellent Jean Valjean, Gavroche ou Cosette et où ils discutent à n’en plus finir sur la couleur des yeux de Gavroche ou sur les racines du moindre terme présent dans son œuvre ?

Je crois que l'explication tient au contenu fortement mythologique des ecrits de Tolkien, et pas a autre chose. En ce sens, bien sur, les amateurs de Tolkien sont tout a fait a part, et rendent la qualite litteraire du Seigneur des Anneaux clairement a part (et je n'ai pas dis "meilleur") d'autres auteurs plus classiques et moins polemiques a l'heure actuelle.

C’est au contraire vous qui voudriez que Tolkien ne soit pas traité comme un auteur classique mais qu’il ait droit à un statut d’exception et que, lorsqu’on lit dans le SdA que la race des Orques est « perfide », on n’ait pas le droit d’en déduire que nous l’avons lu sous prétexte que l’œuvre de Tolkien ne peut pas – c’est pour vous de l’ordre du dogme ou du postulat inaliénable – être raciste ou conservatrice.

Je crois qu'il faut savoir appliquer certaines "grilles de lecture" (comme dirait CdC) aux ouvrages étudiés en profondeur, et non pas une seule, avant de pouvoir juger laquelle pourrait etre la plus pertinante dans l'intention originelle de l'auteur.

Ce qui est assez troublant, c'est de vous voir nous parler d'images et symboles sur certains exemples, et ensuite de vous lire interpreter des concepts du SdA au premier degré. Troublant n'est pas le mot en fait. C'est blessant. Et c'est ce qui entraine les réactions véhémentes de mes camarades. Une 'race' tient lieu en mythologie de 'type' d'etres (sous entendu humains). De cela nous sommes d'accord. Maintenant, il faut ce mettre d'accord sur les interpretations de l'image. Parlons nous de races biologiques, ou d'etres qui se sont vus enfermés dans les tourments et la noirceur du desespoir pour devenir vicieux au dernier degré? Et ne peut-on pas rapprocher Gollum des Orcs, ce Gollum qui lutte contre lui-meme, et tente de se racheter pour chuter finalement? Ne peut on pas se demander si ce concept ne demontre pas de la part de Tolkien, non pas une difference factuelle entre les hommes, mais un danger pour les hommes dans leur avenir qui, s'ils n'y prennent pas garde, pourraient se voir depouiller de leur humanité par le charme des tronconneuses et des industries polluantes (bien sur la comparaison n'est pas innocente de ma part)?

La relation que certains entretiennent avec cet auteur tient plus de la croyance, de la foi et de la passion que de la seule rationalité, en ce sens qu’ils y cherchent la confirmation du sens qu’ils ont donné à leur vie.

Je suis plutot d'accord avec cette remarque, et ne l'a trouve nullement insultante, personnellement. Mais c'est hors sujet dans le contexte (je n'entretiens pas de Culte a la Rationalité personnellement).

Parlons alors ici du racisme et du manichéisme du SdA : je maintiens qu’il y en a dans le SdA.

Donc nous parlons bien d'un Tolkien raciste. Bien.

Mais aujourd’hui, n’est-il pas naïf et dangereux de croire en cette explication fort simple qu’il y a des peuples (ou pire des races) qui attaquent et d’autres qui se défendent ? Ne croyez-vous pas que ceux qui « attaquent » ont souvent l’impression de se défendre contre une attaque première et plus grave encore ? Je soutiens qu’il y a dans le monde géopolitique actuel des formes différentes de violence et de cruauté, et qu’on ne peut s’en tenir à cette position fort confortable, certes, mais dangereuse, qui consiste à ne voir d’un côté que des monstres de guerre, et de l’autre des gens courageux ou lâches qui se défendent contre les monstres ?

Je signalerai simplement que vous etes celle qui nous presente constamment un rapprochement monde reel/terre du milieu, la ou la comparaison ne peut etre faite. Autant comparer la vision de Marx du monde et ce qu'il en etait reellement au 19e siecle. Personne ne discute la complexité de notre monde, ici, je crois. Pourquoi donc les comparer, quand l'un fait appel aux archetypes et aux mythes (qui par essences sont des contructions de l'esprit et des amalgames de concepts), quand l'autre se decline tous les jours avec une complexité effarante? Je ne comprends pas. Au fond, j'en viens a me demander si vous ne debatez pas avec vous meme, Isabelle, d'une question qui somme toute, ne regarde que vous et pas vos lecteurs.

J’espère que vous comprenez mieux ma démarche : que l’on puisse écrire un livre pour défendre des idées, et pour prévenir de ce qui, dans un livre, vous semble contenir une forme de racisme.

L'ouvrage est donc construit sur une opinion de votre part, n'est-il pas? (cf. debut de mon post)

De 3 choses l’une : soit Tolkien était philologue, conscient de l’affinité entre les 3 premières lettres du mot nazgul et les 3 premières lettres du mot nazi. Et en philologue compétent, il ne pouvait ignorer que s’il ne voulait pas qu’on s’interroge sur cette affinité, il lui fallait chercher un autre mot moins chargé de cette connotation
Soit Tolkien était un philologue particulièrement incompétent pour ne même pas avoir vu le rapport existant entre nazgul et nazi
Soit il n’était pas philologue.
Faut-il préciser que je penche pour la première solution ?

Oh, pardonnez-moi, mais que c'est maladroit! La philologie se resumerait donc a la comparaison des premieres lettres des mots?

Smadja / Smash
Benoist / Benet

Mmm. Aimeriez vous ecraser tout ce qui bouge, ou dois-je comprendre que mes copains d'ecoles primaires etaient des philologues professionnels?

Tout ceci bien sur dans le respect et la convivialité,
Bien a vous,
Benoist.

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