Si on se base uniquement sur les critères de notre époque, il est vrai que la question des Orientaux ou des Haradrim pose problème. Il reste deux choses à déterminer cependant. D'une part, dans quel mesure le problème existe-t-il, je veux dire, quelle est la part d'ambigüité réelle et la part d'hypocrisie politiquement correcte ? Imposer (de façon tacite) aux auteurs d'éviter à tout prix de dresser un portrait peu flatteur de tout ce qui n'a pas l'air tout à fait nordique n'est-il pas une manière de plus de se défendre à grand bruit d'un rascisme dont on n'est pas sûrs d'être innocents ? Cela me rappelle un peu le modèle américain, où on conspue ceux qui parlent d'"Indiens" au lieu de "First Nations People", où on formule des excuses officielles aux communautés indiennes, le tout pour continuer tranquillement à les fournir en bière, whisky, cannabis et surtout pas en travail. Bref, un livre qui présente les gens du Sud et de l'Est comme les ennemis, doit-on dire qu'il peut être perçu comme rasciste ou seulement qu'en surface il froisse nos réflexes "politically correct" ?
D'autre part, pour en revenir à la source de ce débat, à chercher un rascisme perceptible dans le SdA, où veut-on exactement en venir ? Doit-on penser que ce contenu projette des fantasmes aujourd'hui inavouables des lecteurs, et que c'est la raison du succès de Tolkien ? Je ne trouve pas ça très convaincant. Comme l'a rappelé Semprini, il faut garder en mémoire le fait que ce sont les hippies qui ont fait de ce livre une oeuvre culte. Le rascisme, à l'époque, faisait justement partie de la mentalité bien pensante contre laquelle ils se révoltaient. Je doute que les hippies aient été spécialement attirés par le clivage bien/mal et la justification de la guerre contre certaines races inférieures, eux dont le mouvement était généralement pacifiste.
Enfin bon, "La tentation du mal" étant depuis quelques temps indisponible chez moi, je n'ai pas pu vérifier la thèse exacte, si Mme Smadja affirmait que le contenu rasciste contribuait à l'attrait du livre, ou s'il présentait seulement un danger potentiel, l'attrait venant de cette poésie du mal et de la violence dont elle a beaucoup parlé par ailleurs. Mais dans le second cas, veut-on condamner ce rascisme perceptible en tant qu'il présente un danger ? Je trouve l'idée plutôt curieuse, ce serait considérer que le livre contient véritablement un message subliminal contre lequel l'esprit critique des lecteurs ne peut rien, alors qu'il me semble plutôt au contraire que c'est bien au seul premier degré qu'on peut voir un rascisme dans le SdA.
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Interview d'Isabelle Smadja 2
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12-10-2003, 21:47
Pour reprendre rapidement :
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