16-05-2004, 16:30
Chers ami(e)s,
Tous, mais plus en particulier compagnons du Paimpolevala, et plus encore en particulier conteurs et conteuses du Paimolevala :)
Je souhaite attirer notre attention sur quelques petites choses, ces petites choses qui m'ont tant fait rire pendant et après, mais aussi, ce que je désire ici confier, posé quelques questions, et de plus en plus ces derniers jours. Questions que je vous partage, sans réponses, car je ne prétends pas avoir de réponse sure à ces questions, et je crois aussi que c'est à chacun d'apporter sa propre réponse à ce genre de question.
Le premier point concerne l'emploi enthousiaste et débordant du thème du Marrissement. Je tiens à préciser que je n'oublie pas que l'auteur de ces lignes se plut par exemple à clamer haut et fort que le beurre salé était un beurre marri :) (tout de même ! user de beurre salé avec pain et confiture ... !!! je comprends que les Elfes nous aient fuis :)). Aussi je dois préciser de même être enchanté de lire ou d'avoir entendu employer le terme, souvent avec beaucoup d'art et habileté, et ainsi faire grandir ce mot, l'arroser, le nourrir, le parler. Pourtant je me pose la question suivante : est-il bien sage, et est-il bien tolkiénien, d'en jouer avec humour, et surtout de n'en jouer qu'avec humour ? Nous avons en un séjour parlé de marrissement plus que Tolien dans l'oeuvre de toute sa vie, et, sauf votre serviteur lors de son court exposé, avec un décalage certain par rapport au ton du véritable Marrissement d'Arda. Je situe bien le décalage par rapport au ton et non par rapport au sens qui lui a été plutôt bien perçu. Mais peut-être pas complètement en fait. Et de là le décalage dans le ton. Avons-nous en effet bien à l'esprit que le Marrissement d'Arda est l'entrave du Monde qui afflige et blesse douloureusement les Enfants, qui oppresse et soumet au mal(heur), à la maladie, à la mort, à la perte de ce(ux) que l'on aime ? Nous sommes-nous rendus compte que le Marrissement d'Arda n'est autre que l'Anneau de Morgoth ? Peut-on en faire un jeu ? C'est en tout cas un jeu dont Tolkien n'eût point ri, j'ai le sentiment (I had a similar disappointment when a drinking goblet arrived (from a fan) which proved to be of steel engraved with the terrible words seen on the Ring. I of course have never drunk from it, but use it for tobacco ash [L n°343]). Avons-nous alors fait le lien avec ces jeunes fans d'un film qui n'a jamais existé arborant fièrement la réplique de l'Anneau de Sauron au bout d'une chaîne que dans notre hâte nous nous plaisions à dédaigner comme sots ? :)
En lien, vient ma deuxième question, que je juge plus sérieuse, puisqu'elle se situe dans notre histoire, la nôtre, celle de nos parents et amis, celle de nos rencontres entre autre en ce forum, avec cette dialectique malsaine du Satanisme. Pour lors, Tolkien n'en eût point ri, il en eût été horrifié, même s'il s'agit d'en rire, et peut-être surtout s'il s'agit d'en rire. Parce qu'il ne s'agit point ici de se préoccuper de croire ou non en Dieu, de croire ou non au Diable, mais d'être cohérent, et de savoir si l'on veut connaître et dire le sens des mots et le sens d'une langue, le sens des contes, ou les ruiner. Parce qu'on ne peut pas traiter à la légère du Mal et donc des mots que les Hommes lui ont associés. Parce qu'on ne peut, si l'on veut être vrai, faire l'économie de la question du Mal, de la mort et de la souffrance. L'humour est bon tant qu'il nous aide à nous en protéger ; il ne l'est plus lorsqu'il nous donne l'illusion d'être maître. Qui ici peut prétendre être Tom ? Qui ici peut prétendre jouer avec les Anneaux ou leurs noms ? A la dialectique du satanisme sont associées des idées et des pratiques sombres qui ne me font point rire, en ce qui me concerne, et qui me paraissent en décalage avec l'elfique clarté de ces lieux. Par derrière, la question de la Mort et du Mal me paraît une question grave qu'il me semble malvenue de chanter et de plaisanter, surtout encore en ces lieux où, je le crois, chacun, selon sa sensibilité et sa quête, aime à se mettre à l'école du Professeur, ce témoin d'une histoire extraordinaire, le Conte d'Arda, qui n'est rien d'autre qu'une histoire sur notre mortalité. En rire, c'est rire du Conte et pour le coup marrir c'est-à-dire perdre le chemin de Faërie.
Conteurs et poètes à notre tour, aussi bons et talentueux que maître Isengar ou Dame Mel', fiers amis, aussi fidèles et présomptueux que maître Elwë, que ne chantions nous pas plutôt l'Elfique Clarté de cette rencontre, le sourire de Gilles Tar Palantir, grand discret et rieur, ou celui de Dame Michèle Amie-du-Roi toujours avenante, ou Didier sourire en croc yeux brillant et sa Dame Romaine au bras, voix colorée sourire ensoleillé, Bastien à la fine allure et aux yeux noirs, allant souvent sandales ou pied-nus même par les chemins de traverse, Christophe Edrahil "fidèle-entre-les-fidèles", demoiselle Elisa à la voix d'argent, et Greg et Elodie vêtus d'amour, amoureux heureux d'être, d'être ensemble et d'être là, ou Cathy Dame Cathy, si belle et vive et souriante, amie aux cheveux de lumière. Et de noir vêtue, cheveux mi longs, chausses de fers, droite et forte au teint clair, yeux souriant mais yeux fermés pour qui veut les sonder, Necsipaal Arestel dont les ombres ne parviennent à couvrir la brillance, écrivant avec art, contant avec enchantement, et menant avec amitié et bienveillance les arpenteurs de la Terre du Milieu au Second Age. Au-dessus d'elle et veillant sur elle, une étoile, un petit ange de lumière, porté dans les bras de son seigneur, soleil illuminant pour le séjour entier la côte paimpolaise, Appolinellë la bien-aimée. Ici juste une évocation rapide donc et bien partielle :). Ne se prête-t-elle pas mieux ensuite à dire toute la profondeur d'autre mots ? le câlin d'une petite fille au retour de son papa, la beauté des vers des poètes, et l'amitié vécue ?
La question qui se pose finalement : ne sommes-nous pas tous ici comme Tolkien - et peu importe nos croyances - des chercheurs de sens ? Pouvons-nous chercher du sens sans mesurer celui des mots et de leur histoire ?
Yyr
Tous, mais plus en particulier compagnons du Paimpolevala, et plus encore en particulier conteurs et conteuses du Paimolevala :)
Je souhaite attirer notre attention sur quelques petites choses, ces petites choses qui m'ont tant fait rire pendant et après, mais aussi, ce que je désire ici confier, posé quelques questions, et de plus en plus ces derniers jours. Questions que je vous partage, sans réponses, car je ne prétends pas avoir de réponse sure à ces questions, et je crois aussi que c'est à chacun d'apporter sa propre réponse à ce genre de question.
Le premier point concerne l'emploi enthousiaste et débordant du thème du Marrissement. Je tiens à préciser que je n'oublie pas que l'auteur de ces lignes se plut par exemple à clamer haut et fort que le beurre salé était un beurre marri :) (tout de même ! user de beurre salé avec pain et confiture ... !!! je comprends que les Elfes nous aient fuis :)). Aussi je dois préciser de même être enchanté de lire ou d'avoir entendu employer le terme, souvent avec beaucoup d'art et habileté, et ainsi faire grandir ce mot, l'arroser, le nourrir, le parler. Pourtant je me pose la question suivante : est-il bien sage, et est-il bien tolkiénien, d'en jouer avec humour, et surtout de n'en jouer qu'avec humour ? Nous avons en un séjour parlé de marrissement plus que Tolien dans l'oeuvre de toute sa vie, et, sauf votre serviteur lors de son court exposé, avec un décalage certain par rapport au ton du véritable Marrissement d'Arda. Je situe bien le décalage par rapport au ton et non par rapport au sens qui lui a été plutôt bien perçu. Mais peut-être pas complètement en fait. Et de là le décalage dans le ton. Avons-nous en effet bien à l'esprit que le Marrissement d'Arda est l'entrave du Monde qui afflige et blesse douloureusement les Enfants, qui oppresse et soumet au mal(heur), à la maladie, à la mort, à la perte de ce(ux) que l'on aime ? Nous sommes-nous rendus compte que le Marrissement d'Arda n'est autre que l'Anneau de Morgoth ? Peut-on en faire un jeu ? C'est en tout cas un jeu dont Tolkien n'eût point ri, j'ai le sentiment (I had a similar disappointment when a drinking goblet arrived (from a fan) which proved to be of steel engraved with the terrible words seen on the Ring. I of course have never drunk from it, but use it for tobacco ash [L n°343]). Avons-nous alors fait le lien avec ces jeunes fans d'un film qui n'a jamais existé arborant fièrement la réplique de l'Anneau de Sauron au bout d'une chaîne que dans notre hâte nous nous plaisions à dédaigner comme sots ? :)
En lien, vient ma deuxième question, que je juge plus sérieuse, puisqu'elle se situe dans notre histoire, la nôtre, celle de nos parents et amis, celle de nos rencontres entre autre en ce forum, avec cette dialectique malsaine du Satanisme. Pour lors, Tolkien n'en eût point ri, il en eût été horrifié, même s'il s'agit d'en rire, et peut-être surtout s'il s'agit d'en rire. Parce qu'il ne s'agit point ici de se préoccuper de croire ou non en Dieu, de croire ou non au Diable, mais d'être cohérent, et de savoir si l'on veut connaître et dire le sens des mots et le sens d'une langue, le sens des contes, ou les ruiner. Parce qu'on ne peut pas traiter à la légère du Mal et donc des mots que les Hommes lui ont associés. Parce qu'on ne peut, si l'on veut être vrai, faire l'économie de la question du Mal, de la mort et de la souffrance. L'humour est bon tant qu'il nous aide à nous en protéger ; il ne l'est plus lorsqu'il nous donne l'illusion d'être maître. Qui ici peut prétendre être Tom ? Qui ici peut prétendre jouer avec les Anneaux ou leurs noms ? A la dialectique du satanisme sont associées des idées et des pratiques sombres qui ne me font point rire, en ce qui me concerne, et qui me paraissent en décalage avec l'elfique clarté de ces lieux. Par derrière, la question de la Mort et du Mal me paraît une question grave qu'il me semble malvenue de chanter et de plaisanter, surtout encore en ces lieux où, je le crois, chacun, selon sa sensibilité et sa quête, aime à se mettre à l'école du Professeur, ce témoin d'une histoire extraordinaire, le Conte d'Arda, qui n'est rien d'autre qu'une histoire sur notre mortalité. En rire, c'est rire du Conte et pour le coup marrir c'est-à-dire perdre le chemin de Faërie.
Conteurs et poètes à notre tour, aussi bons et talentueux que maître Isengar ou Dame Mel', fiers amis, aussi fidèles et présomptueux que maître Elwë, que ne chantions nous pas plutôt l'Elfique Clarté de cette rencontre, le sourire de Gilles Tar Palantir, grand discret et rieur, ou celui de Dame Michèle Amie-du-Roi toujours avenante, ou Didier sourire en croc yeux brillant et sa Dame Romaine au bras, voix colorée sourire ensoleillé, Bastien à la fine allure et aux yeux noirs, allant souvent sandales ou pied-nus même par les chemins de traverse, Christophe Edrahil "fidèle-entre-les-fidèles", demoiselle Elisa à la voix d'argent, et Greg et Elodie vêtus d'amour, amoureux heureux d'être, d'être ensemble et d'être là, ou Cathy Dame Cathy, si belle et vive et souriante, amie aux cheveux de lumière. Et de noir vêtue, cheveux mi longs, chausses de fers, droite et forte au teint clair, yeux souriant mais yeux fermés pour qui veut les sonder, Necsipaal Arestel dont les ombres ne parviennent à couvrir la brillance, écrivant avec art, contant avec enchantement, et menant avec amitié et bienveillance les arpenteurs de la Terre du Milieu au Second Age. Au-dessus d'elle et veillant sur elle, une étoile, un petit ange de lumière, porté dans les bras de son seigneur, soleil illuminant pour le séjour entier la côte paimpolaise, Appolinellë la bien-aimée. Ici juste une évocation rapide donc et bien partielle :). Ne se prête-t-elle pas mieux ensuite à dire toute la profondeur d'autre mots ? le câlin d'une petite fille au retour de son papa, la beauté des vers des poètes, et l'amitié vécue ?
La question qui se pose finalement : ne sommes-nous pas tous ici comme Tolkien - et peu importe nos croyances - des chercheurs de sens ? Pouvons-nous chercher du sens sans mesurer celui des mots et de leur histoire ?
Yyr

