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Le chemin de Faërie ...
#15
Mmmm.....

Opposer action et parole risque de mener à l'impasse. L'une comme l'autre peuvent être fausse, creuse et dévoyée, là n'est pas la question, puisque l'une et l'autre peuvent aussi être belles, fortes, justes et vraies. Il me semble que, à la tournure que prend ce débat, ce n'est pas la valeur de la parole, ni celle de l'action,
qui sont en cause. On s'oriente vers la problématique dualiste vérité/mensonge, qui se situe au-delà.

Sosryko, je trouve que l'opinion de J. Ellul sur l'action, que tu cites, réductrice (comment osé-je?! :-p). Je résume : pour lui l'action ne serait donc que volonté de domination, ou fuite dans le plaisir immédiat ou l'oubli. Pas d'ac'.

Oui, l'action que l'homme exerce sur son environnement ou sur son entourage, PEUT résulter, et le traduit souvent, d'une volonté de puissance. Mais d'autre part, toute la vie humaine est faite d'actions. Tu travailles, tu interagis sans cesse avec ce qui t'entoure, tu prends des décisions et tu les mets en pratique. Ca ne fais pas de toi nécessairement un surhomme nietszchéen, un monstre d'orgueil dominateur.

Ellul souligne plus loin que "si l’homme n’avait pas agi pour vaincre il n’aurait pas survécu". Justement : qu'a-t-il du vaincre pour survivre? (Attention, je parle en préhistorienne formée à l'anthropologie, pas en philosophe. Je parle de "réalités quotidiennes", désolée, peux pas extrapoler dans l'abstrait.) Deux ordres de choses, dont l'un prime l'autre. Essentiellement des conditions écologiques, fonctions du milieu où il vit. Boire, se nourrir, se protéger des dangers. Ensuite, des conditions socio-psychologiques : ses semblables. Tisser des liens sociaux et des réseaux de solidarité, souder des alliances, réguler et résoudre les conflits interpersonnels à l'intérieur de son groupe, se défendre des agressions des socités extérieures à la sienne.

Reprenons le premier point. L'homme ne peut jamais "dominer" l'environnement, il peut juste s'en protéger ponctuellement, se donnant ainsi une illusion de maîtrise. Plus rentable, l'interaction avec l'environnement, qui passe par la connaissance intime de son milieu. En bref : il "domine" le problème en intégrant le problème, en s'intégrant au problème. On est ici dans la nécessité de survie plus que dans la volonté de puissance. La volonté de puissance apparaît ensuite, et naît d'une illusion, et selon moi, touche à la pathologie.

Second point : l'action ne serait qu'une fuite. Oui, elle PEUT être fuite. Ellul donne en exemple la recherche effrénée des plaisirs ou l'oubli de soi, du monde et de tout questionnement dans un altruisme qui ne serait, ici, que de façade. Oui, ces exemples existent.

Mais c'est négliger une autre élément, celui de la mesure. L'homme cherche le plaisir. Mais évidemment! C'est une des conditions de sa survie. Se nourrir, se protéger, se reproduire. En aucun cas le plaisir en lui-même ne peut être assimilé au mal, ce serait tomber dans le fanatisme, et à nouveau dans la pathologie. Ellul confond et assimile le fait que certains individus fuient la réalité (encore faut-il s'entendre sur ce qu'est la réalité. Hé hé!), dans la recherche du plaisir, ou qu'il peut arriver à chacun d'entre nous
, de se laisser aller à l'oubli d'un problème ou d'un chagrin par le biais d'un plaisir, avec l'affirmation selon laquelle toute action ne serait qu'une fuite irréfléchie vers l'illusion et la vanité.

Même remarque pour la fuite dans l'altruisme. Oui, c'est vrai que poser un acte généreux est AUSSI une façon de se plaire à soi-même. C'est aussi simplement une façon, comme je l'ai dit plus haut, de tisser des liens sociaux, de fonder un réseau d'échanges et de solidarité, donc de poser un acte nécessaire à sa survie. L'altruisme serait donc TOUJOURS intéressé? peut-être, peut-être. Mais ne pas poser d'acte généreux? Rester assis à philosopher sur le sens de l'altruisme, sans jamais traduire sa réflexion en acte? Comment verriez-vous celà?

Oui, agir PEUT être une fuite. Mais NE PAS agir est une idiotie, voire parfois un suicide moral ou physique.

On touche ici à la faille dans le raisonnement qui oppose l'action à la parole, ou l'action à la réflexion. C'est qu'on dissocie l'une et l'autre, alors qu'une solution possible serait tout bêtement, tout platement, de les concilier l'une et l'autre.

Et on en arrive au décalage entre parole et action parfois contenu dans l'humour, dire l'inverse de ce qu'on fait ou vice-versa. Parler de "rite satanique" pour décrire un jeu entre amis sincères, rigolards, et "qui ne feraient pas de mal à une mouche". C'est de l'humour qui s'avoue, sans ambiguité, admis par tous les participants. Donc c'est de l'humouir sincère, c'est une attitude sincère. La parole se veut et s'avoue fausse et personne n'est dupe, il n'y a aucune tromperie.

Parler de "rite satanique" et le metre en pratique par l'assassinat , le viol, le saccage de sépulture, ou d'autres saloperies, c'est sincère aussi si l'on veut, puisque on met sa parole en pratique, sans ambiguïté. Alors, hein? Où est la différence? Cherchez l'erreur, petits malins! (On la voit, si, si) ;-P

(Damned, Sosryko! J'avais juré de ne pas être sérieuse hors boulot famille, exams'... et regarde où tu m'entraîne! Tu es fier de toi? :-). En plus, j'ai à peine eu le temps de relire, c'est sûrement pleins de clôneries, mais là j'te fais confiance, tu ne me rateras pas! Argh!)

P.S. : Superbe, Moraldandil! :-)

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