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Le chemin de Faërie ...
#17
Sosryko,
Oups? Attends, je relis. mgn mgn mgn... ah oui : la clé est dans "la vue-qui-conduit-à-agir". Ca devient : la parole donne sens à la vue, donc par conséquent à l'action. OK. j'avais un peu zappé l'intro (toujours trop hâtive). Donc, si j'entrave bien : pas d'action juste sans juste vue. Pas de juste vue sans juste parole. C'est ça? (Te gausses pas, Sosryko, j'ai VRAIMENT du mal avec la philo!) ;-))) (grrrmmblll... clowneries).

Revenons-en donc au "marrissement" si joliment trouvé pour évoquer la survenue du gris, l'insidieux passage entre le blanc pur et le noir corrompu. Et pour ce revenons au post initial de Yyr :

"Avons-nous en effet bien à l'esprit que le Marrissement d'Arda est l'entrave du Monde qui afflige et blesse douloureusement les Enfants, qui oppresse et soumet au mal(heur), à la maladie, à la mort, à la perte de ce(ux) que l'on aime ? Nous sommes-nous rendus compte que le Marrissement d'Arda n'est autre que l'Anneau de Morgoth ? Peut-on en faire un jeu ?"

Quelques petites réflexions, en désordre :

Pris dans ce sens le Marrissement d'Arda implique une certaine façon de voir le monde, une certaine façon de réagir face au choc que représentent la mort, la maladie, la douleur et toutes formes de perte affective. Celle qui nous fait croire qu'un monde "parfait" serait possible, débarassé de tout événement douloureux. Et que ces événements douloureux, primitivement extérieurs au monde, y auraient été amenés ou suscités par une transgression quelconque, transgression des dieux, des esprits, des ancêtres mythiques, des hommes eux-mêmes, qu'importe, ce thème est présent dans de nombreux mythes, de nombreuses sociétés.

Quoiqu'il en soit, au quotidien, ces choses déplaisantes pour celui qui les vit, pour nous au moment où nous les vivons, sont composantes, parties intégrantes du monde. Nous ne pouvons y échapper, même (surtout) pas par l'illusion d'un monde "purifié" ou "régénéré" (illusions qui généralement, provoquent plus de malheur que celui qu'elles prétendaient contrer). Nous les vivons tous les jours et nous n'avons pas d'autre choix que de les gérer, ou de gérer la façon dont nous les vivons, puisque toute protection n'est que temporaire ou illusoire.

Or il se fait justement que le rire, le jeu, sont des façons de gérer le mal, des façons pour les hommes de l'exorciser, de s'en protéger, de s'en consoler. A la question "peut-on rire de Hitler?" on peut répondre que le rire est une arme contre la tyrannie. Que ridiculiser un dictateur, le caricaturer, est une façon de lutter aussi, parfois plus, efficace que de prendre les armes. On décrédibilise son pouvoir, on met à nu ses faiblesses, la peur s'atténue face au rire. D'ailleurs l'une des premières choses que fait un dictateur au pouvoir, c'est d'embastiller sans procès les caricaturistes, satiristes, petits comiques et autres trublions.

Le jeu est une technique utilisée pour guérir des enfants perturbés après avoir assisté à, ou vécu, des scènes de violence. Par le jeu ils s'expriment, ils libèrent leur peur et leur rage. Par le rire, ils se calment, et commencent à guérir.

Le rire et l'humour en général, sont des réactions normales et saines face à - ou après - une situation stressante, pénible ou blessante. C'est un signe d'équilibre psychologique et de bonne santé mentale.

Encore une fois, tout est question d'équilibre, de mesure et de discernement : j'adhère à l'opinion de Silmo lorsqu'il cite Desproges.

Mais autre chose encore : toujours dans l'optique du "marrissement", le rire lui-même est marri. Il peut aussi être monstrueux lorsqu'il se moque de gens qui souffrent, ou malvenu lorsqu'il blesse une sensibilité.

Alors? Oui, la vie sur ce monde est triste, brutale, crue, tueuse d'espoirs, briseuse de rêves, et elle s'achève de toute façon par la mort. Et alors quoi? Oui, on peut y faire face, chacun à sa façon, par l'action, le rêve, l'espoir, les croyances, la réflexion ou la parole. Oui, le rire et le jeu sont parmi d'autres, des façons d'y faire face, et des plus salutaires.

Voila voila, cher Yyr, pourquoi je pense que, oui, puisque l'horreur existe et que l'on n'y peut rien, y opposer le rire est parfois salutaire.

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