Meynet l’écrit mieux que moi :
« Les dangers les plus graves que doit affronter tout chercheur sont la paresse et la peur, qui vont souvent de pair. Un tel péril menace aussi l’exégète [toute personne un tant soit peu interpellée par la Bible, dirai-je]. Il est extrêmement fréquent de constater une telle tentation chez les étudiants, même de doctorat. La première chose qu’il font est de se précipiter sur les commentaires, sur les monographies et les articles spécialisés ; ils lisent toute la « littérature secondaire », comme on l’appelle, et évidemment, ils se trouvent tellement occupés par cet énorme travail qu’ils n’ont pas le temps de lire… le texte biblique !
(…) Je ne prétends absolument pas que la lecture de la littérature secondaire soit inutile ou nocive. Si je le pensais, je n’aurais pas écrit le présent livre. Je veux seulement dire : chaque chose en son temps. On profitera d’autant plus de la lecture des commentaires qu’on se sera engagé d’abord dans un travail d’analyse, de recherche, de réflexion (…) [Personne] ne pourra jamais trouver quelque chose de nouveau [ou quelque chose de personnel, ajouterai-je] s’il est incapable de s’étonner, s’il pense, comme Qohélet, qu’ « il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Qo 1,9). Or il y a toujours quelque chose à trouver dans un texte, et quelque chose de nouveau : « Tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et du vieux » (Mt 13,52). Le « neuf » d’abord, dit Mt !Quand le lecteur découvre une chose nouvelle, s’il se rend compte ensuite qu’un autre l’avait trouvée avant lui, il lui restera de toute façon la joie de l’avoir découverte, lui-même, personnellement. Et nul ne pourra jamais lui ravir cette joie. » [LIre la Bible, p. 250-2]
Rien ne remplacera la lecture du texte. (Encore moins s’il s’agit du Texte ;-)).
J’ai plusieurs fois déjà tenu dans ce forum des propos identiques. On comprend très bien cela en revenant à Tolkien. Le plaisir de découvrir le SdA par une lecture directe est incomparablement plus élevé et durable que la lecture d’un résumé déformé ou même que celle des articles « utilitaires » mais sans âme de The Complete Guide to Middle-earth de Robert Foster !
On ne comprendra pas Dieu ou Jésus en lisant les notices du Larousse des noms propres ; ni même en se contentant d’écouter ceux qui parlent d’eux (en bien ou en mal, que ce soit Origène, mon voisin ou Nietsche, de belle manière ou maladroitement, que ce soit Ellul, mon prochain ou Mel Gibson).
Un constat : sans la Parole, point de Texte, mais sans le Texte, point de Parole.
« Heureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre!» [Ap 22:7]
Plus qu’un échange, le mouvement d’une respiration.
Une descente et une montée [Gn 28:12].
Un aller et un retour [Lc 7:1-10 : « Ils arrivèrent auprès de Jésus (…) ‘mais dis une parole et mon serviteur sera guéri’ (…) de retour à la maison, les envoyés trouvèrent le serviteur en bonne santé »].
Voilà ce que c’est lire la Bible : l’histoire d’un aller et retour… ;-)
Voilà pourquoi, également, une bonne Bible d’étude qu’on lit facilement et feuillette avec plaisir, qui ne se détériore pas (trop ;-)) avec l’usage et qui s’accompagne des outils indispensables à la lecture intertextuelle (parallèles, notes, concordance) ne sera jamais du luxe mais bien une priorité pour celui qui cherche à questionner le texte.
Là encore, on est capable de comprendre que celui qui « étudie » Tolkien possède plusieurs édition du SdA : une reliée, parce qu’elle est jolie et qu’elle contient les Appendices (indispensables les Appendices !), une en format poche qu’on peut trimballer un peu partout et qui souffre qu’on y écrive dessus, et une en VO pour avoir accès au texte original.
Vous voyez où je veux en venir : il sera toujours plus enrichissant et éclairant d’étudier la Bible sans penser regarder plusieurs versions (et, si on pousse, sans interroger le texte hébreu ou grec). La TOB avec notes intégrales (ou la NBS dans son édition d’étude) ne se trimballent pas comme la BJ en édition de poche. Mais leurs fonctions sont différentes donc complémentaires.
Sosryko

