A l'époque de ma première lecture je rentrais encore dans la catégorie des enfants, et je n'y ai jamais vu un message évangélisateur de près ou de loin.
Mais ce n'est pas par manque d'information religieuse, je pense. Quand j'avais 14 ans, je n'étais pas très loin de ma première communion, donc j'avais reçu au moins un vernis d'instruction sur le sujet.
En me penchant sur la question, je dirais qu'Iluvatar étant un dieu unique, peut réussir à faire penser à un dieu chrétien. Mais j'avais plutôt été frappée par le fait que les Valar me faisaient énormément penser aux dieux grecs, surtout Ulmo (toujours eu un faible pour lui, d'après moi c'est celui qui avait le mieux compris le coeur des hommes et des elfes).
Mais il me parait évident que Tolkien n'a cherché à faire l'apologie de rien du tout, ce en quoi l'auteur de cet article divague un peu.
Je suis aussi franchement opposée à l'idée qu'on doit [emphase]« traiter [les mythes] avec le plus grand respect, car ils correspondent, chacun d’entre eux, dans leur spécificité propre et inaliénable, à des structures permanentes de l’esprit humain, agissant comme des sortes de sacramentaux »[/emphase]. Parce que ces fameux mythes n'en ont pas toujours été, et justement ils ont été déformés tout au long de leur transmission au fil du temps !
Prenons Merlin, et la prophétie qu'il a fait à Vortigern, aujourd'hui Merlin et Vortigern sont des personnages d'un mythe. Alors que les historiens attestent que Vurtigernus (qui n'était pas un nom, mais un sobriquet, un titre honorifique qui signifait plus ou moins "maître suprême, grand seigneur") a existé (vers 425)et a bien "embauché" des colons saxons comme mercenaires contre les Pictes et les Irlandais, et a été défait près de la Snowdown par un prince breton romanisé, Ambrosius Aurelianus, dont on pense qu'il est l'Emrys Wledig de la légende.
De Merlin, on ne sait rien, mais le Vortigern dont la tour s'effondrait à cause d'un dragon rouge et d'un dragon blanc enterrés sous les fondations a bien existé (par contre, la tour et les dragons est surement l'oeuvre d'un poète gallois du haut moyen âge)
De même, le Cormac Mac Art des légendes irlandaises (qui aurait été chez le Dagda où on lui aurait donné la coupe de la vérité qui se brise si on dit trois mensonges dessus et qui se recolle si on dit trois vérités) serait lui aussi un personnage historique, et on suppose qu'il a régné de 227 à 266.
La Razzia des Vaches de Cooley (Táin Bó Cúalnge), récit qui nous est parvenu par la tradition orale et a été couché par écrit au VIII° siècle donne une description de la division de l'Irlande à l'Age du Fer qui est attestée par des sources "historiques" (des annales et des chroniques, notamment conservées dans les monastères irlandais, comme celui de Bangor dans le comté de Down).
Il n'est pas impossible que la reine Medb et le roi Conchobar aient été historiques (le cas de Cuchulainn est davantage sujet à caution). [informations tirées des Royaumes Celtiques, de Nora Chadwick, Myles Dillon, Françoise le Roux et Ch-J Guyonvar'h]
Bref, tout ça pour démontrer que ce qui nous apparait aujourd'hui comme du mythe (l'exemple de Cormac Mac Art et du Dagda s'inscrit dans les mythes irlandais des Thuath de Danann) a, dans une certaine mesure, des fondements historiques, et c'est la transmission orale ou écrite, qui avec le passage du temps a fait passer ça pour des légendes, des mythologies.
Un peu comme, au Troisième Age, des hommes pouvaient penser que l'histoire de Beren et Luthien n'est qu'un conte, alors que c'est "historique" (dans le contexte de Tolkien).
De fait, les mythes n'ont jamais été traités avec soin ! Ils ont servi de base aux poètes et aux écrivains médiévaux qui en ont fait des romans. Par exemple, Chrétien de Troyes a réutilisé le mythe arthurien (il me semble que Nennius au IX° siècle est le premier à parler d'Arthur)... où les traits d'Arthur comme ennemi des saxons fait beaucoup penser à Ambrosius Aurelianus (la question de l'historicité d'Arthur n'est pas réglée, il n'est pas du tout impossible qu'il ait réellement vécu, mais de toute façon le nom d'Arthur, comme celui de Vortigern, est un titre honorifique et non un nom de naissance).
Un mythe, à la base, est un joyeuse salade, un mélange de religion, de conte et d'histoire. Les auteurs des Royaumes Celtiques disent que chez les irlandais, il est très difficile de savoir où s'arrête le conte et où commence la religion, de sorte qu'on ne peut pas vraiment imaginer les pratiques religieuses des celtes en se documentant sur leurs mythes, et l'on est obligé d'appeler l'archéologie en renfort pour objectiver un peu les choses dans l'abondance de mythes dont on dispose.
Finalement, je dirais que pour qu'un mythe reste vivant, il doit obligatoirement passer par la transmission, donc la transformation et l'altération.
Mélanger les mythes ne détruit rien du dout : les dieux gaulois, comme Ogmios, sont eux aussi apparentés aux dieux grecs, mais avec des nuances locales. Ogmios était l'Héraklès gaulois, mais représenté âgé, bien qu'ayant tous les attributs du héros grec (la peau de lion, la massue etc), car pour les gaulois, il était le dieu de l'éloquence, et l'éloquence ne s'aquiert qu'avec l'âge. La source de cette idée est un écrivain grec, Lucien, du II° siècle.
Il y avait déjà du métissage entre les cultures à cette époque, en faire aujourd'hui n'est pas plus mal qu'il y a 2000 ans.
Je ne sais pas si ce Philippe Maxence est historien ou archéologue, mais son argumentation montre qu'il veut (ou pas, mais il le fait quand même) méconnaître les recherche qui sont faites sur le sujet. Il y a abondance de gens qui se sont penchés sur la question des mythes celtiques, et tous sont bien clairs sur le fait qu'un mythe est forcément quelque chose de mélangé, d'altéré et de reformulé.

