16-02-2006, 15:38
La critique de Vinyamar sur les affirmations qu'il cite est très pertinente.
Le folklore, notamment le conte traditionnel, est riche en thèmes empruntés puis retransmis - au point qu'on peut les voir dénommés "motifs internationaux". Pourquoi en serait-il autrement des mythologies ? Est-ce qu'il peut même en exister de "non mélangées", qui n'aient pas subi d'influences externes ? L'idée me laisse au moins perplexe - sinon hostile en songeant à ce qui peut en être fait, que nous savons. Et dire que les mythologies ne se mélangent pas est oublier l'existence de traditions syncrétiques.
Il y a deux choses ici. Dans le premier paragraphe, on parle d'éléments de mythe comme l'on parle de motifs de conte. Là effectivement, je doute qu'il y ait quelque chose à inventer ou que quiconque même le puisse ; les motifs de mythes se basent sur des expériences de la condition humaine, ce sont des réponses poétiques à des questionnements métaphysiques qui sont le lot commun de l'humanité entière. On ne peut leur assigner un "inventeur", elle vivent en nous tous - quoique pas au même niveau de conscience chez chacun.
Je trouve là qu'il y a une exagération de chrétiens angoissés sur la profondeur et la nature de la déchristianisation - excusez-moi si je choque, mais ce ne sera pas la première fois qu'on l'observe. Il semblerait que d'aucuns ressentent si mal de la perte de puissance de l'Eglise qu'il ne reconnaissent même plus ses traces là où elles sont pourtant. C'est dommage, triste et curieux : personnellement je vois mal comment pourraient vraiment s'effacer aussi vite une dizaine à une quinzaine de siècles. Il est certain que l'Eglise a grandement perdu en pouvoir et prise sociale au cours du siècle dernier - mais, qu'on le veuille même ou non, de nombreuses valeurs qui ont été et sont chrétiennes vivent dans nos sociétés d'Europe. Regardez ce que signifie encore aujourd'hui le pardon demandé et donné, par exemple. Pourtant ces valeurs qui se transmettent ne le font plus tant par l'apologétique chrétienne directe, ce me semble ? Et sont-elles vaines alors ?
De toutes façon, ce que je cite ci-dessus manque entièrement sa cible, vu que nous savons que Tolkien, s'il a infusé sa création de christianisme, ne l'a pas destinée directement à l'apologétique.
Même du strict point de vue de l'efficacité évangélique (je ne sais pas si l'on peut s'exprimer ainsi, corrigez au besoin), négliger la transmission indirecte est ne s'adresser qu'à une composante de l'homme en oubliant qu'il n'est pas pure raison. C'est ne pas songer, comme le disait Vinyamar en citant Philippe Maxence, que [emphase]« la vérité peut s'acheminer en l'homme non seulement par un mode discursif, mais aussi par le mode poétique »[/emphase]. Je crois que J. R. R. Tolkien aurait été ravi de cette phrase.
B.
Le folklore, notamment le conte traditionnel, est riche en thèmes empruntés puis retransmis - au point qu'on peut les voir dénommés "motifs internationaux". Pourquoi en serait-il autrement des mythologies ? Est-ce qu'il peut même en exister de "non mélangées", qui n'aient pas subi d'influences externes ? L'idée me laisse au moins perplexe - sinon hostile en songeant à ce qui peut en être fait, que nous savons. Et dire que les mythologies ne se mélangent pas est oublier l'existence de traditions syncrétiques.
Quote:[citation]Faire de Tolkien un « créateur de mythe » est une imposture. On ne crée pas de mythe. Les mythes viennent du fond des âges, ils se transforment selon des lois qui sont celles de toute tradition. On doit les traiter avec le plus grand respect, car ils correspondent, chacun d’entre eux, dans leur spécificité propre et inaliénable, à des structures permanentes de l’esprit humain, agissant comme des sortes de sacramentaux.
Il en résulte qu’ils ne peuvent être utilisés comme des magasins de pièce détachées, ou chacun peut se servir pour construire on ne sait quelle « fantaisie ». Chaque mythe est un monde particulier. On peut lui donner un sens chrétien, à condition de respecter sa structure (la quête du Graal étant l’exemple indépassable). Mélanger les mythes, c’est les détruire ipso facto, c’est les rendre au sens propre insensés. Utiliser des éléments chrétiens dans un puzzle « mythique », c’est dans le meilleur des cas une aberration, dans le pire des cas un blasphème.[/citation]
Il y a deux choses ici. Dans le premier paragraphe, on parle d'éléments de mythe comme l'on parle de motifs de conte. Là effectivement, je doute qu'il y ait quelque chose à inventer ou que quiconque même le puisse ; les motifs de mythes se basent sur des expériences de la condition humaine, ce sont des réponses poétiques à des questionnements métaphysiques qui sont le lot commun de l'humanité entière. On ne peut leur assigner un "inventeur", elle vivent en nous tous - quoique pas au même niveau de conscience chez chacun.
Dans le second, on parle de mythes comme d'actualisations de ces motifs dans le cadre de cultures spécifiques - pour reprendre mon parallèle plus haut, ce qu'est le conte par rapport aux motifs dont il se compose. Là ils évoluent comme les cultures évoluent, et peuvent même être créés : voir des personnages devenus mythes littéraires comme Faust, Dom Juan ou Frankenstein (et sa créature) - datables et avec des auteurs.
Et puisque nous parlons de Tolkien, je trouve qu'il fait au contraire la démonstration que l'on peut mélanger des éléments tirés de mythologies différentes pour aboutir à un tout cohérent et original. On peut ne pas aimer la création de Tolkien, mais il me semble difficile d’arguer qu'elle soit insensée ou incohérente.
Quote:[citation]Il en va de même du Seigneur des Anneaux. Une teinture chrétienne invisible à l'oeil nu ou presque, en nos temps d'ignorance religieuse et culturelle, est aussi inutile qu'une prédication dégriffée. La transmission implicite des valeurs chrétiennes, aujourd'hui, me paraît aussi vaine que l'exemple donné sans une parole qui l'éclaire. Le message est soi-disant lancé mais il est impossible à décrypter. L'apologétique indirecte risque de perdre son temps, comme souvent"[/citation]
Je trouve là qu'il y a une exagération de chrétiens angoissés sur la profondeur et la nature de la déchristianisation - excusez-moi si je choque, mais ce ne sera pas la première fois qu'on l'observe. Il semblerait que d'aucuns ressentent si mal de la perte de puissance de l'Eglise qu'il ne reconnaissent même plus ses traces là où elles sont pourtant. C'est dommage, triste et curieux : personnellement je vois mal comment pourraient vraiment s'effacer aussi vite une dizaine à une quinzaine de siècles. Il est certain que l'Eglise a grandement perdu en pouvoir et prise sociale au cours du siècle dernier - mais, qu'on le veuille même ou non, de nombreuses valeurs qui ont été et sont chrétiennes vivent dans nos sociétés d'Europe. Regardez ce que signifie encore aujourd'hui le pardon demandé et donné, par exemple. Pourtant ces valeurs qui se transmettent ne le font plus tant par l'apologétique chrétienne directe, ce me semble ? Et sont-elles vaines alors ?
De toutes façon, ce que je cite ci-dessus manque entièrement sa cible, vu que nous savons que Tolkien, s'il a infusé sa création de christianisme, ne l'a pas destinée directement à l'apologétique.
Même du strict point de vue de l'efficacité évangélique (je ne sais pas si l'on peut s'exprimer ainsi, corrigez au besoin), négliger la transmission indirecte est ne s'adresser qu'à une composante de l'homme en oubliant qu'il n'est pas pure raison. C'est ne pas songer, comme le disait Vinyamar en citant Philippe Maxence, que [emphase]« la vérité peut s'acheminer en l'homme non seulement par un mode discursif, mais aussi par le mode poétique »[/emphase]. Je crois que J. R. R. Tolkien aurait été ravi de cette phrase.
B.

