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Critique chrétienne sur Tolkien
#30
Dans la même veine de la critique chrétienne du Sda je mets ci-dessous in extenso une interview du père Michael Dor prêtre et lui même auteur de Fantasy parue dans Famille Chrétienne. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un hebdomadaire chrétien destiné aux familles et dont la ligne éditoriale est proche du Vatican

La dernière phrase me fait penser à celle de Lewis "the Gospel is a myth comes true"


EVANGELISER PAR LE MERVEILLEUX

Pourquoi vous êtes vous lancé dans l’écriture?

La littérature de jeunesse est un domaine délaissé par l’Eglise. Or un livre peut contribuer à construire la pensée, la sensibilité l’intelligence d’un être humain, autrement plus qu’un film ou qu’un jeu vidéo. Depuis la phénomène Harry Potter, nous assistons à une déferlante de livres de fantasy ou fantastiques sur le marché. Ce genre d’ouvrage touche le lecteur à l’intime, jusqu’à l’identification, avec tout ce que cela peu comporter d’ambiguïté, surtout pour des jeunes fragiles.

Les parents achètent, les yeux fermés, les livres dont leurs enfants raffolent, trop heureux de les voir lire…Or les valeurs véhiculées ne sont pas toujours à la hauteur d’un Narnia ou d’un Seigneur des Anneaux - écrits par des auteurs chrétiens. Certaines œuvres sont même franchement louches, si ce n’est franchement antichrétiennes, comme la populaire trilogie A la croisée des mondes de Philip Pullman, dont l’adaptation cinématographique sort le 5 décembre : il inverse volontairement les références chrétiennes, accuse le tyran-Dieu d’être à l’origine de tous nos maux, et l’Eglise de voler leur âme aux enfants…

Vous évoquez Lewis et Tolkien. Où sont leurs successeurs?

Je n’en vois pas hélas…Or l’évangélisation de l’imaginaire des jeunes doit être une priorité. Il est urgent de redécouvrir l’efficacité catéchétique du merveilleux. Evangéliser, ce n’est pas rester dans sa tour d’ivoire, c’est se faire « grec avec les grecs » et rejoindre les païens où ils en sont pour leur proposer la radicale nouveauté de l’Evangile. Or l’Eglise est en train de se marginaliser de la culture actuelle.

Comment expliquez vous cet attrait pour le fantastique?

Aujourd’hui le risque n’est plus de ne plus croire en Dieu, il est de croire en tout. La frontière devenant très floue, très ambiguë, entre l’imaginaire et le réel, on assiste à une recrudescence parmi les jeunes d’appels à des forces occultes.

D’autre part la tentation de fuir un quotidien terne pour rejoindre un monde meilleur, fut-il imaginaire, n’a jamais été aussi forte. Notre société suinte l’ennui; on se gave de distractions, mais on est tristes. On est prêt à suivre n’importe quoi qui nous promet des pouvoirs cachés.

De plus la science a désenchanté le monde, par sa prétention à tout expliquer, elle a enlevé sa part de mystère à l’univers. Que reste-t-il à découvrir? Enfin la religion chrétienne, en chaussant les bottes du rationalisme, a perdu ce qui faisait son pouvoir d’attraction. Or la foule réclame son besoin de mystère, tout en exigeant le droit de tout savoir.

Serait-ce le retour de la gnose?

Cette tentation d’accéder à la connaissance qui nous rendrait maîtres de notre destin est très prégnante aujourd’hui. Il n’y a qu’à voire le succès du Da Vinci code pour se rendre compte que le goût du secret, jusque là réservé aux seuls initiés, devient, la « vérité vraie » des foules. Les voilà enfin délivrés des mensonges séculaires de l’Eglise, de l’Etat, de toutes les institutions, quelles qu’elles soient. Déjà la série culte X files martelait que « la vérité est ailleurs ». Règne une sorte de paranoïa ambiante qui nous persuade qu’on nous cache des choses intéressantes qui méritent d’être connues.

Vous êtes explicitement chrétien dans la porte des Anges. Est ce que cela n’éloigne pas certains lecteurs?

Peut-être, mais cela en attire d’autres. Via internet, certains lecteurs non croyants m’ont suggéré de parler encore plus explicitement de Dieu!


Lewis et Tolkien écrivaient à une époque où la culture religieuse était telle que leurs lecteurs décryptaient d’eux même le message chrétien en filigrane de leurs œuvres. Cette époque est révolue. Il faut être plus explicite. Alors le message chrétien peut apparaître comme le plus beau des merveilleux…car il est vrai!


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