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Tolkien, les jeux de rôle, Communio
#16
Lo tous.

Tiens, on parle de jeux de rôle. J'ai une sacrée pile de magazines. JRTM en français et quelques uns en anglais. J'ai dû pratiquer le jeu de rôle avec les élèves pendant une dizaine d'années.

Quant à Todorov, c'est la foire d'empoigne. On enseigne par exemple une définition du fantastique au collège et au lycée qui n'est plus valide en fac. Mes élèves répètent à l'envi que "le fantastique", c'est quand il y a une hésitation entre l'explication surnaturelle et rationnelle. Or, en 4ème, on étudie "La Morte amoureuse" de Gautier, allez expliquer aux élèves que c'est une oeuvre "fantastique" alors qu'il n'y a pas d'explication rationnelle dans cette nouvelle "fantastique" !!!!!!!

"L’intelligentsia adore ergoter et pinailler sur les distinctions entre les différents genres littéraires. « Le postulat d'une manifestation directe des structures produit un effet stérilisant dans plusieurs autres directions. Il faut d'abord remarquer que l'hypothèse de Frye ne peut aller plus loin qu'une taxinomie, une classification (suivant ses déclarations explicites). Mais, dire que les éléments d'un ensemble peuvent être classés, c'est formuler sur ces éléments l'hypothèse la plus faible qui soit. »
« Le livre de Frye fait sans cesse penser à un catalogue où seraient inventoriées d'innombrables images littéraires ; or, un catalogue n'est qu'un des outils de la science, non la science elle-même. On pourrait dire encore que celui qui ne fait que classer ne peut le faire bien : sa classification est arbitraire, faute de reposer sur une théorie explicite — un peu comme ces classifications du monde vivant, avant Linné, où l'on n'hésitait pas à constituer une catégorie de tous les animaux qui se grattent... »
Chronologiquement chacun s’entend sur l’apparition du merveilleux, puis du fantastique et enfin de la science-fiction. Il est cependant difficile de définir le merveilleux, le fantastique ou la science-fiction car il y a toujours des productions à la marge. « Il en résulte que la S.-F. qui devrait tirer la majeure partie de son prestige de sa précision, reste vague. L'histoire n'arrive pas véritablement à prendre forme. Et lorsque les savants se mêlent d'écrire, ils prouvent bien souvent leur ignorance des disciplines qui ne leur sont pas familières et leur difficulté à vulgariser leur spé¬cialité. »
« La S.-F. se distingue des autres genres du fan¬tastique par le genre spécial de plausibilité qu'elle introduit. Cette plausibilité est en proportion directe des éléments scientifiques solides que l'auteur introduit. S'ils manquent, la S.-F. devient une forme morte, un poncif. »
Et on continue à ajouter des répartitions : « De nos jours, la science-fiction s'est subdivisée en quatre sous-genres : deux sont fort éloignés du fantastique, la «Hard Science » (appuyée sur la science pure et dure) et la «Space Opera » (histoires de vaisseaux spatiaux intergalac-tiques) ; deux autres sont plus limitrophes : la « science-fiction mythologique » (née de Lovecraft) et l'« Heroic Fantasy » (à la manière de Tolkien). »
On peut même s’amuser à classer en sous-genres : sword and sorcery, science fantasy, medieval fantasy. Ainsi à chaque auteur son genre !

Qu’en est-il de Tolkien ? Comme le remarque le professeur de philologie lui-même dans Faërie, il est « heureux des relations étymologiques et sémantiques entre la fantasy et le fantastique »
La fantaisie vient du latin classique fantasia signifiant : image ou concept repris au grec phantasia désignant « apparition ». Fantaisie s'est employé au sens de « vision », puis « d’imagination » jusqu’à l'époque classique. En moyen français, par métonymie, le mot désigne « l’objet que forme l’imagination ».
Pour Tolkien, la fantaisie est la forme supérieure de l’art, la plus pure et la plus efficace. Vincent Ferré dans son étude « Sur les rivages de la Terre du Milieu » aborde cette question : « C’est justement comme un « conte » (« tale »), une « histoire » (« story »), que Tolkien désigne son récit, mais également, quoique moins fréquemment, comme une « épopée » ou un « romance », en employant le terme qui, par opposition à « novel », s’applique à des textes qui ne cherchent pas à décrire la société contemporaine ni à adopter une perspective réaliste, mais où l’amour et les faits d’armes (quêtes, combats) occupent une place centrale… »
Tolkien ajoute même : « J'ai prétendu que l'Evasion était l'une des principales fonctions des contes de fées et, puisque je ne désapprouve pas ceux-ci, il est clair que je n'accepte pas le ton de mépris ou de pitié sur lequel on parle si souvent aujourd'hui de « l'Evasion » : ton que ne justifient nullement les emplois de ce mot en dehors de la critique littéraire. Dans ce que ceux qui usent de façon abu¬sive de ce mot se plaisent à appeler la Vie Réelle, l'Evasion est évidemment une règle fort pratique, qui peut même être héroï¬que. Dans la vie réelle, il est difficile de la blâmer, sauf en cas d'échec; pour la critique, il semblerait qu'elle soit d'autant pire qu'elle réussit mieux. » "

Juste un extrait de La Quête du sens dans Bilbo le Hobbit!!

A +

Alain Tesnière.

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