Alain, je ne vois pas en quoi la définition enseignée dans le secondaire n'est plus valable en fac ! Cette définition canonique (Todorov) est un bon repère même si elle reste discutable et ne peut s'appliquer à tous les textes (d'ailleurs, pourquoi vouloir ranger cette nouvelle de Gautier dans le même fantastique que le Horla ? ce sont les instructions officielles ?).
Par ailleurs, le fait qu'il y ait des oeuvres "à la marge" n'empêche pas de proposer des classements, au contraire ; l'originalité de ces oeuvres n'apparaît que mieux.
Bon, je ne veux pas polémiquer, ni développer longuement sur cette question, dont on a déjà parlé ailleurs sur jrrvf. mais déclarer que "L’intelligentsia adore ergoter et pinailler sur les distinctions entre les différents genres littéraires" me semble très injuste et ne pas refléter la réalité : quelle intelligentsia ? les chercheurs qui travaillent sur la littérature parce qu'ils pensent qu'il faut essayer de distinguer les choses pour ne pas tout appeler "truc" ou "machin" ? :-). je me sens concerné, alors, mais je n'ai pas l'impression de couper les cheveux en quatre quand j'écris que la science fiction n'est pas la même chose que la fantasy, ou que plaquer sur tolkien la conception française du fantastique conduit à des contresens.
de même que tolkien n'est pas de l'heroic fantasy (cf. conan le barbare), si on tient absolument à faire des sous catégories (tu vois que tu en fais !) au sein de la fantasy. je préfère ce dernier terme, sans entrer dans les détails ; s'il le faut, les spécialistes définissent la high fantasy d'une manière qui correspond bien à tolkien.
Tout le monde a besoin de distinguer entre les objets, sans quoi on ne peut parler de rien : Tolkien le fait, dans la citation que tu rappelles (romance vs novel) ; et définir le sujet, tu le fais toi aussi dans ton livre, n'est-ce pas ? Tout est une question de degré, nous sommes bien d'accord. mais on ne peut rejeter toute classification, même s'il est sain de réfléchir à leurs défauts et leurs présupposés. de ce point de vue, en france, on tarde à prendre en compte les travaux de jm schaeffer, célèbres mais considérés comme difficiles ; alors qu'ils montrent bien, à un premier niveau, la relativité de ces catégories, prises dans l'Histoire.
> On pourrait dire encore que celui qui ne fait que classer ne peut le faire bien : sa classification est arbitraire, faute de reposer sur une théorie explicite
parce que personne ne justifie son classement par une théorie explicite ? voilà une généralisation bien hardie !
bien amicalement,
vincent

