De manière générale, je trouve que le débat, ici comme ailleurs, reflète bien un malaise des rôlistes sur la définition de leur activité.
Dans les années 1990, quand le jdr était stigmatisé comme criminogène, pousse au suicide, ferment de secte et que sais-je encore, est née la fédération française de jdr pour tenter de parer de coup.
Aujourd'hui que les rôlistes de naguère sont adultes, installés dans des postes à responsabilité (Jospin est un ancien rôliste pour ne citer que le plus célèbre), on commence à voir apparaître "amateur de jeux de rôle" sur les CV. Le jeu de rôle devient mieux vu et on peut comprendre l'agacement des vieux aventuriers qui n'ont pas pu jouer à WoW à quatorze ans.
Personnelement, entre la tarte aux fraises et le flan aux oeufs, je prends les deux ! Certes, rien de remplacera la présence physique des joueurs autour de la pizza, du coca et des curlys. L'imagination sans image, la puissance théâtrale des cacahuètes qui deviennent des orcs, etc.
De même, le bête plaisir de voir ses amis. Le coté grand messe entre guillemets. Retrouvailles en tout ça. D'autant plus difficiles à organiser que maintenant, les uns ont des gosses, les autres un boulot aux horaires difficiles. Hors de question de revenir sur tout ça.
Mais je ne crois pas pour autant que l'on soit dans une dynamique pessimiste du "ceci tuera cela." A preuve, et ça a été une de mes grosses surprises de mon article, les livres dont vous êtes le héros ne sont pas morts. Il se vend encore 200 000 exemplaires des 20 Loup Solitaire par an depuis la réimpression de 2006. Loup Solitaire a d'ailleurs généré un jeu de rôle classique et, attention scoop, un jeu d'action à la première personne est en préparation à Singapour.
Personellement, je trouve simplement qu'il a là une belle occasion de varier les plaisirs. D'accord, par exemple le théâtre à la télévision, ce n'est pas vraiment du théâtre, mais le cinéma à la télévision peut se permettre des budgets qui nous en mettent plein la vue, nous offre le plaisir de la passivité, quand le théatre nous ouvre les portes de l'activité créatrice.
Economiquement parlant, le jeu de rôle est un tout tout petit marché. Et c'est encore accentué par le coté "geek" : se passer les pdf par internet au mépris du droit d'auteur.
Pour autant, je crois à l'effet tourbillon. WoW la BD chez Soleil, c'est 45 000 exemplaires en PREMIERE IMPRESSION. A titre de comparaison, Les Forges de la fiction, excellent bouquin d'Olivier Caïra sur jdr à CNRS éditions, c'est 1500 et l'édition est épuisée. Maléfices la troisième édition, c'est 3000 ex, le tirage d'un premier roman Gallimard. Pour mémoire, il n'y a plus de magazine de jdr en France.
On se lasse de tout. Je viens de lire un magazine spécialisé qui dit que l'heure de gloire de Word of Warcraft est passée. De tous ces joueurs de MMORPG pourquoi ne sortirait-il pas une nouvelle génération de rôlistes ?
D'accord, on aura du mal à leur faire jouer du porte-monstre-trésor. Mais du Néphilim, du Vampire (avec le coté tragique, pas le grand-guignol), du Maléfices, rêvons un peu. Pourquoi pas ?
Voilà, quelques divagations diurnes. Je me fouette les sang et reviens vous parler d'invisible dès que possible.
Philippe

