En Iran, le cinéma et la diffusion des films sont des outils de la propagande du régime en place, un instrument idéologique destiné à formater les esprits.
Une vague d'ouverture à soufflé à la fin des années 90 sur le cinéma iranien, porté par la fondation en faveur du cinéma iranien (fondation farabi) et par de jeunes rélisateurs (souvent des réalisatrices)
Hélas, depuis le retour des radicaux au pouvoir en 2005, les choses ont changé.
Ahmadinejad et ses partisans s'appuient sur les gardiens de la révolution et sur les couches populaires déshéritées, promouvant le choix d'une vie simple, l'acceptation du sacrifice, la soif de piété et de justice islamique.
Et puis la haine de l'ennemi : l'Occident et Israël.
La quête des Hobbits selon Peter Jackson ne diverge pas tant de ces principes. Que l'on suive l'abnégation et la souffrance hypnotique de Frodon, la souffrance de Sam victime de l'injustice de son maître ou bien le retour à une vie simple dans une Comté bien propre, idéale pour ceux qui se sont sacrifiés et qui méritent le repos.
Dans un même ordre d'idée, le thème du sacrifice, si cher à l'Islam, se retrouve en écho dans la sinistre farce de la scène des elfes à Helm. Bien standardisés, bien dressés, marchant au pas de l'oie, cette scène sordide à faire fantasmer tous les apprentis-fascistes de la terre, prend toute sa force avec le sacrifice complet de la troupe des blondinets martyrs pour la cause.
Quand à la pathétique représentation du mal dans ce film - aux antipodes de la conception tolkienienne - qu'elle soit sous forme d'orques ou de Nazgul, elle ne peut que se glisser dans l'imaginaire collectif iranien - longtemps asservi par une propagande scolaire promouvant la haine de l'occidental et de l'israëlien, sources évidente de tous les maux - pour symboliser le soldat ennemi : l'américain qui s'apprète à soumettre le monde par la force brutale et bestiale (voir la gestuelle militaire américaine des Uruk-Hai dans les premières minutes des Deux Tours-TM)
N'oublions pas que l'Iran est cernée à l'ouest par l'Irak, et à l'est par l'Afghanistan, deux pays où la brutalité des interventions militaires occidentales a fait le terreau de toutes sortes de préjugés haineux.
L'orque est donc l'américain, le juif, ou bien l'occidental en général.
Le Nazgûl est la menace cachée. Le fameux agitateur de l'intérieur. L'agent infiltré qui tente de déstabiliser le régime en soutenant dans l'ombre les émeutes...
Toutes ses ficelles jacksoniennes sont un véritable bonheur pour le propagandiste fascisant, qu'il soit fondamentaliste islamique ou non.
Le manichéisme sans aucune subtilité du scénario et de la mise en scène, la mort des méchants (parfois massive), l'assassinat en toute impunité des sales gueules (de Denethor à la Bouche de Sauron, en passant par Grima), tous ces sabots pathétiques flattent les plus vils instincts des spectateurs maintenus dans l'ignorance par la propagande fondamentaliste (s'il sont iraniens) ou par la télé-réalité et la publicité (s'il sont occidentaux).
Sans un minimum d'esprit critique, on ne réfléchit pas en visionnant ce film. On le subit.
Et c'est parfait pour rendormir le peuple qui se réveille.
I.
PS : ce commentaire reprend des extraits d'un autre plus complet sur Tolkienfrance)

