A tout hasard, arrêtons-nous toutefois sur quelques exemples.
Chez Tyrannosaurus Rex, la tolkienmania, ce n'était pas une vue de l'esprit.
Les deux fondateurs du groupe s'appelaient Marc Bolan, le futur génial demi-dieu du glam-rock, et Steve Ross Porter, dit Steve Peregrin Took (un surnom qui permet de fixer le cadre, comme on dit). Les premières compositions du groupe datent du début de l'année 1968 et s'inscrivent dans un trip hippie-macrobio-fantasy qui ferait bien sourire aujourd'hui si on ne considérait pas les tragiques destins séparés des deux lutins psychédéliques avec respect.
The Wizard (1968) fait partie de ces premières compositions étranges, interminables, pleines de références mystérieuses, encore fort éloignées du style rock'n'roll pailleté et faussement androgyne qu'adoptera T-Rex pour le meilleur et le meilleur au début des années 70.
Est-ce le même errant qui, en 1970, avance le visage couvert par une capuche grise sous le tonnerre des guitares de Black Sabbath, dans une ambiance des plus sombres ? La légende dit que oui, et que l'affreux Ozzy, hurleur historique de ce célèbre groupe de Heavy Metal britannique était un lecteur du Seigneur des Anneaux... Les riffs sinistres d'harmonica semblent pourtant ouvrir la voie aux noirs cavaliers de Mordor... Alors The Wizard n'a plus qu'à trouver refuge chez le Multicolore...
Est-ce un hommage à Tolkien ? ou un hommage croisé à Marc Bolan et à Black Sabbath qui motiva Johnny Thunders, l'ange fragile des punks de New York, celui qui avait fait trembler le Londres des Sex Pistols un an auparavant ?... Les ta-di-da-da de Tyrannosaurus Rex et l'harmonica de Black Sabbath, magnifiés, sont réunis dans une composition fragile, décalée. Et Johnny Les Tonnerres, en 1978, se sentait déjà bien seul... The Wizard ne pouvait déjà plus rien pour lui. Il ne sera d'ailleurs publié en "bonus track" qu'après la mort de son hauteur (1991).
L'errant termine ce voyage dans les années 90, du côté du "power metal" en vogue chez nos voisins de Teutonie. Le groupe Blind Guardian, vétéran des années 80 et pourtant toujours en activité, se réclame de l'heroic-fantasy et n'hésite pas à se référer régulièrement à l'oeuvre de Tolkien.
Sorti d'un album appelé Forgotten Tales (1996), The Wizard ne s'est pas perdu et, sous son gris mantel et muni de son bâton, il retrouvera toujours son chemin...
Bon voyage musical à tous.
I.

