En fait, je me permets à présent d'évoquer ici une belle œuvre en particulier, que j'ai découverte en janvier dernier à titre personnel, avant de la faire écouter tout récemment au Dragon et à sa fée... ;-)
Il s'agit de la Symphonie N°1 "Le Seigneur des Anneaux" (Symphony No. 1 "The Lord of the Rings" ; Symfonie nr. 1, In de ban van de ring) du compositeur néerlandais Johannes Abraham de Meij, dit Johan de Meij (né en 1953).
Directement inspirée - comme son nom l'indique - du Seigneur des Anneaux de Tolkien, cette symphonie a été initialement composée pour orchestre à vents, ou plus exactement pour orchestre d'harmonie (compte tenu notamment de la présence de percussions aux côtés des bois et des cuivres), entre 1984 et 1987, avant d'être créé à Bruxelles en 1988, par le Grand Orchestre d'Harmonie de la Musique Royale des Guides belges. La symphonie a, par la suite, été arrangée pour orchestre symphonique par Henk de Vlieger, créé dans cette version en 2001 par l'Orchestre philharmonique de Rotterdam, puis notamment interprétée dans cet arrangement par le London Symphony Orchestra (LSO), si célèbre pour ses enregistrements de musiques de films de cinéma, en particulier celles du compositeur John Williams. C'est dans cette version symphonique par le LSO que j'ai découvert cette symphonie de Johan de Meij, et je dois avouer que je préfère nettement cette version-là, tant la présence des instruments à cordes aux côtés des cuivres, bois et percussions originaux, donnent une ampleur supplémentaire, fort bienvenue, à cette œuvre lumineuse et colorée.
Divisée en cinq mouvements, comportant chacun un titre correspondant à un ou des personnages, à un lieu, ou à une épisode important du roman de J.R.R. Tolkien, la Symphonie N°1 de Johan de Meij n'est pas sans rappeler, par sa structure de base, la très célèbre - et géniale - Symphonie fantastique op. 14 (1830) du compositeur français Hector Berlioz, elle aussi divisée en cinq mouvements désignés par des titres, lesquels correspondent à autant de scènes descriptives, caractéristiques de ce que l'on appelle la musique à programme.
Les cinq mouvements de cette Symphonie N°1 "Le Seigneur des Anneaux" (Symphony No. 1 "The Lord of the Rings") sont intitulés comme suit :
I - Gandalf (The Wizard)
II - Lothlórien (The Elvenwood)
III - Gollum (Sméagol)
IV - Journey in the Dark :
- a. The Mines of Moria
- b. The Bridge of Khazad-Dûm
V - Hobbits
Le premier mouvement est un portrait musical de Gandalf, dont la puissance, la noblesse et la sagesses sont exprimées par un thème majestueux, pour lequel tout l'orchestre - ponctuellement accompagné de cloches - est mis à contribution. On retrouve ce thème par la suite dans les quatrièmes et cinquièmes mouvements de la symphonie. Dès l'ouverture, Allegro vivace, le magicien semble surgir avec une imprévisibilité pouvant le caractériser, avant de se mettre à galoper à cheval sur Gripoil/Shadowfax... La forte présence des cuivres, soutenus notamment par les cordes, fait penser d'emblée à John Williams...
Le deuxième mouvement est une évocation de la Lothlórien, de la flore et des volatiles qui la peuplent, tout cela étant notamment exprimé par les bois de l'orchestre. La rencontre de Frodo avec Galadriel est ensuite plaisamment abordée, Allegretto. Puis, sont évoqués les visions de Frodo dans le Miroir de Galadriel, l'une de ces visions, celle de l'Œil de Sauron, bouleversant le Hobbit...
Le troisième mouvement est un portrait de Gollum, créature visqueuse et timide représentée par le saxophone soprano. C'est un passage particulière évocateur de la symphonie, car on croit entendre les conversations que Gollum a avec lui-même, ses gémissements, ses sifflements et exclamations diverses. Le caractère fuyant, insaisissable du personnage, obsédé par l'Anneau Unique, est également très présent dans l'expression du saxophone accompagné des autres instruments de l'orchestre.
Le quatrième mouvement décrit la partie du voyage de la Communauté de l'Anneau à travers les ténébreuses mines de la Moria. À une lente marche notamment marquée par le rythme monotone des cuivres, des cordes et des percussions, succède une ambiance tendue de poursuite de la Communauté par les Orques, bientôt suivie d'une énergique évocation du combat titanesque entre Gandalf et le Balrog sur le pont de Khazad-Dûm et de la chute dans le vide des deux combattants qui s'en suit, de funestes cloches se faisant alors entendre. Le mouvement se poursuit avec une marche funèbre évoquant la Communauté poursuivant péniblement son chemin, sans le regretté Gandalf, jusqu'à la sortie des mines de la Moria...
Le cinquième mouvement, qui voit notamment le retour du motif du premier mouvement représentant Gandalf - interprété d'abord par les cordes -, est une évocation générale des Hobbits, dans une ambiance insouciante et heureuse, à laquelle participe tout l'orchestre, au sein duquel les cuivres ont régulièrement la place d'honneur. L'atmosphère n'est pas sans rappeler la conclusion musicale joyeuse de l'épisode IV de Star Wars, mais peut-être le son si caractéristique du London Symphony Orchestra, interprète - rappelons-le - des partitions de John Williams, est-il pour quelque-chose dans cette impression... ;-) La symphonie de Johan de Meij a la particularité de se terminer non pas par un feu d'artifice musical exubérant, mais par une fin douce et calme, évocatrice de l'atmosphère apaisée du dernier chapitre de l'histoire, celui des Havres Gris, avec Frodo et Gandalf embarqués sur un navire blanc pour un dernier voyage vers l'Ouest et disparaissant ainsi lentement à l'horizon...
S'il m'est permis de faire une comparaison picturale, autant la musique d'Howard Shore (que j'aime bien) composée pour les films de Peter Jackson me parait désormais indissociablement liée aux œuvres dessinées et peintes de John Howe et d'Alan Lee (œuvres que j'aime beaucoup), autant la Symphonie N°1 de J. de Meij m'a paru correspondre à une tout autre vision de l'univers de Tolkien, celle, très lumineuse, et même flamboyante, des frères Tim et Greg Hildebrandt. Ici, l'épopée se fait plutôt aventure avant tout, le roman servant de source d'inspiration et d'évasion à travers la musique...
Pour conclure, outre les musiques de films de John Williams, plusieurs œuvres pour orchestre de grands compositeurs du répertoire dit classique me sont revenus en mémoire au cours de mes écoutes de la Symphonie N°1 de Johan de Meij. Certains aspects de cette belle symphonie, dans sa version réorchestrée pour orchestre symphonique, font penser - dans le désordre - à la musique d'Edvard Grieg, de Piotr Ilitch Tchaïkovski, de Modeste Moussorgski, de Maurice Ravel, d'Igor Stravinsky, de Jean Sibelius, et d'autres... Tchaïkovski, Stravinsky et Sibelius étant sans doute les références qui me sont le plus souvent venues à l'esprit...
À propos, précisément, du compositeur finlandais Jean Sibelius, je me permets de signaler que j'ai apporté ce matin un petit complément musical à la présentation, que j'ai faite récemment sur un autre fuseau du présent forum, de l'exposition du musée d'Orsay actuellement consacrée à l'œuvre du grand peintre finlandais Axel Waldemar Gallén, dit Akseli Gallen-Kallela : Akseli Gallen-Kallela (1865-1931). Une passion finlandaise.
Bonne journée ! :-)
Cordialement,
Hyarion.

