Il y a des Galadriel et des Eowyn chez Tolkien, mais il y a eu dans "la vraie vie" des Élisabeth 1ère et des Jeanne d'Arc. Ce qui n'a pas empêché l'Angleterre et la France d'être des nations patrilinéaires et patriarcales. Quant à Aredhel, je la trouve plutôt contre-exemplaire : la femme qui part visiter le vaste monde tombe vite sous la coupe d'un tyran domestique, pour terminer en mère donnant sa vie pour sauver son fils une fois rentrée chez ses frères, "la queue entre les jambes", si j'ose dire. Je n'ai jamais trouvé Tolkien machiste, mais traditionnel, si, quels que soient les us et coutumes théoriques des Elfes, qu'on ne retrouve pas dans les romans. Or ce sont ces romans, et surtout le Seigneur des Anneaux, qui ont fortement marqué la fiction populaire, pas les HoME. Et pourtant, je trouve assez bizarre de l'opposer à la fantasy pro-Grande Déesse et à la Wicca, parce qu'au point de vue religieux, c'est d'abord le féminin qui apparaît.
Melilot,
Dans les Dames du lac, Morgane est certes cantonnée aux tâches "traditionnelles" (et au mariage forcé. Mais Arthur et Lancelot y sont condamnés aussi, au mariage forcé. Guenièvre et Elaine sont peut-être plus jolies qu'Uriens, ils ne les ont pas pour autant épousées par choix personnel) et échoue globalement dans sa résistance religieuse, mais le personnage le plus puissant, politiquement et religieusement, du cycle, c'est une femme, Viviane. Et la religion qui imprègne le cycle complet, c'est celle de la Déesse, résistant désespérément face au christianisme de plus en plus triomphant. Ca ne donne pas pour autant aux femmes des rôles "sympa" en reconstitution. Elles y sont religieusement puissantes, elles ne se baladent pas l'épée à la main (mis à part Viviane, brièvement).
Maintenant, je crois que l'étude d'Anne larue peut être très intéressante, parce que le féminisme "religieux" façon Bradley imprègne bel et bien tout un pan de la littérature "populaire" contemporaine (eh oui, Hyarion, dont le Da Vnci Code) mais souvent en tant que littérature "de combat". J'ai rarement vu une oeuvre présentant un monde régi par cette religion matriarcale de façon "sereine", et non pas en opposition ouverte avec une religion patriarcale. Je crois à peine exagérer en disant que ces romans sont inspirés par un féminisme "de combat".

