Je ne sais pas si le terme « patriarcal » peut s'appliquer à une société où le poids des sexes est aussi différentié que chez les Nains, donc je n'aborderai pas la question.
Par contre, chez les Elfes, je ne vois pas le moindre exemple qui pointe vers une société patriarcale. Tolkien reste certes relativement traditionnel en affirmant que les deux sexes avaient des prédispositions physiques et psychologiques vers certains types d'activités (Laws and Customs, toujours), mais il prend soin de préciser l'existence de contre-exemples et ne fait pas la moindre allusion à une quelconque hiérarchie des sexes.
Je dois dire que la question de la réception de l'œuvre ne m'intéresse pas le moins du monde, donc le fait que le SdA ait plus frappé l'imaginaire populaire que les HoMe ne me fait ni chaud ni froid. Pourtant, si l'on devait passer par là, on pourrait arguer en fonction d'une vision presque inversée des rôles des deux sexes chez les Elfes, en dépit de la question Arwen : parmi les personnages les plus importants, c'est Elrond qui joue le rôle (fréquemment vu comme féminin) du guérisseur ne quittant pas sa demeure et Galadriel qui fait office de chef d'état.
Et si je peux se permettre une petite parenthèse sur les films, Maureen Thum va jusqu'à prétendre dans son article « The “Sub-Subcreation” of Galadriel, Arwen, and Éowyn: Tolkien’s Women and The Lord of the Rings », publié dans Tolkien on Film (Mythopoeic Press, 2005), que PJ aurait justement saisi ce caractère égalitaire des sexes chez Tolkien et aurait notamment cherché à le rendre au travers de la représentation d'Arwen guerrière (personnellement, je n'irais pas jusque là). On notera d'ailleurs que l'ouvrage sus-cité est une très bonne introduction à la question féministe chez Tolkien, puisque deux autres articles y sont consacrés. Celui de Victoria Gaydosik reconnaît un certain équilibre entre les sexes chez les Elfes, à condition de prendre en compte les écrits non publiés du vivant de Tolkien. Celui de Jane Chance se rapprocherait plutôt de tes idées, puisqu'il voit chez Tolkien une conception traditionnelle de la femme, que le film aurait cherché à moderniser pour s'adapter à l'audience contemporaine.
PS : On continue la discussion à ce sujet le 26-27 ?

