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Censure ?
#34
Lambertine >>> "Il n'empêche qu'on est, il me semble, en plein dans le sujet : la religion chrétienne aurait, depuis l'origine, tout fait pour étouffer le principe religieux féminin, et ses servantes (et bien entendu la sexualité)."

Oui, en effet, on est en plein de le sujet... et il est évident, de toute façon, que le christianisme a toujours eu un léger problème avec les femmes et tout ce qui touche au religieux féminin (j'ironise, en disant que le problème est "léger")... mais il est simplement dommage que le Da Vinci Code soit passé à l'époque pour une sorte de livre de "révélations", alors qu'il a essentiellement été une immense opération commerciale sur le plan éditorial, sachant que le bouquin en lui-même, tout divertissant qu'il ait pu paraitre - y compris à certains lecteurs pourtant éclairés -, ne méritait pas qu'on lui donne l'importance médiatique qu'il a eu, même si, sur le fond, effectivement, ce roman s'incrit, sur un plan strictement littéraire, dans le champ d'étude de Anne Larue.

Lambertine >>> "Je suis la première à défendre Tolkien quand on l'accuse de machisme. Il n'empêche : dans ses fictions, les femmes "non traditionnelles" sont l'exception, même dans les sociétés elfiques."

En tout cas, parler d'"univers surmâle" pour désigner l'univers de Tolkien, comme le fait Anne Larue, me parait quelque peu excessif, dans la mesure où la masculinité n'est jamais particulièrement exacerbée, ou présenté sous un angle se voulant particulièrement "positif", dans les récits de fiction de l'auteur, à la différence de ce qui a pu figurer dans les écrits de bien des romanciers spécialisés dans une heroic fantasy souvent tombée, dans les années 1960-1970-1980, dans une caricature du genre. Chez Tolkien, les sociétés qu'il imagine sont des sociétés dominés par les hommes, mais sans qu'il y ait derrière, me semble-t-il, un quelconque positionnement idéologique par rapport à une "guerre des sexes". Comme Jean l'a rappelé plus haut, Tolkien n'était pas particulièrement misogyne, mais il était simplement un homme de son temps, forcément marqué du sceau d'une éducation traditionelle propre à l'époque victorienne où il est né. Un fait qui me parait essentiel est que J.R.R. Tolkien n'a pas forcément eu l'occasion d'évoluer dans un milieu féminin, ou en tout cas dans un milieu particulièrement marqué par une présence très influente de femmes, que ce soit durant son enfance (sa mère étant morte quand il était encore un jeune garçon), durant sa scolarité, ou durant sa carrière universitaire. Bien entendu, il a eu une grande histoire d'amour avec celle qui est devenue son épouse, et qui a été une source d'inspiration littéraire pour lui, mais en dehors de ces quelques repères "de base" pour un homme tel que lui, né en 1892, à savoir une mère qu'il a tout de même connu mais seulement jusqu'à l'âge de douze ans, et une épouse à laquelle il a été, semble-t-il, fidèle toute sa vie, on serait bien en peine de trouver d'autres sources d'influences féminines dans la vie de Tolkien. Et, bien entendu, cela se sent lorsqu'on lit ses écrits. Dans The Hobbit, dont j'ai parlé dans mes messages précédents, j'ai justement noté que la seule présence féminine un peu significative, c'est finalement le souvenir d'une mère disparue - celle de Bilbo -, et bien sûr, on sait combien, par ailleurs, l'épouse de Tolkien a pu l'inspirer pour imaginer l'histoire de Lúthien et Beren... Mais il ne faut pas s'étonner de ne pas trouver, dans l'ensemble de son oeuvre, d'exemples autres qu'exceptionnels - comme c'est le cas avec Galadriel et Eowyn - pour ce qui est de femmes jouant un rôle important sortant du rôle "traditionnel" généralement réservé aux femmes, au moins pour ce qui est des domaines social et politique : Tolkien a construit son oeuvre à partir de ce qu'il était et de ce qu'il pensait, et de facto en fonction de l'éducation et de l'existence qui furent les siennes... Ni plus, ni moins.
Cela dit, il faut évidemment faire la distinction entre ce que l'auteur a exprimé en écrivant, et la perception que tel ou tel lecteur peut avoir de l'oeuvre de l'auteur. Là aussi, tout est une question de point de vue. Anne Larue a écrit ceci, dans l'article dont Melilot a cité un passage : "On dit que la fantasy se construit à partir de Tolkien ; je me demande si elle ne se constitue pas, plus souvent qu’on le croit, contre Tolkien." Anne Larue parle ensuite de "modèle med fan tolkienesque" ayant suscité un contre-modèle plus ou moins "féministe"... Mais qu'est-ce à dire ? Tolkien doit-il être donc considéré comme l'inventeur de la fantasy ? Comme un modèle indépassable dans ce domaine ? C'est accorder, à mon sens, trop d'importance, dans ce domaine précis, à l'oeuvre de cet écrivain - fut-elle immense en tant que telle -, d'abord parce que Tolkien n'a pas inventé à lui tout seul la fantasy - n'en déplaise à certains -, et ensuite parce que l'influence de son univers n'a pas toujours été aussi importante qu'on l'a dit (pour prendre un exemple dans un domaine que je connais très mal, celui des jeux de rôle, il est à noter qu'un jeu de rôle médiéval-fantastique tel que le célèbre Donjons et Dragons [Dungeons & Dragons], à en croire son co-créateur Gary Gygax, n'a pas été particulièrement influencé par Tolkien, et en tout cas pas plus que par les mythologies et légendes anciennes européennes et pas plus que par d'autres écrivains tels que Robert E. Howard, Abraham Merritt, Fritz Leiber, Poul Anderson, ou H.P. Lovecraft, pour ne citer qu'eux). C'est donner là, à mon avis, beaucoup (trop ?) d'importance à Tolkien que de le considérer comme étant à l'origine, au sein de la fantasy, d'un modèle "patriarcal" à abattre pour toute activiste féministe (ou misandre) qui se respecte...

Lambertine >>> "Alors peut-être peut-on envisager des Elfes féminines forgeronnes ou charpentières de marine, selon les textes annexes, mais elles n'apparaissent pas dans les fictions"

Dommage, car, pour le coup, cela eut été très original, surtout sous la plume d'un écrivain comme Tolkien, lequel, encore une fois, était un homme de son temps, né en 1892, vers la fin du long règne de la reine Victoria...

Lambertine >>> "Quant à Numenor, on ne peut pas dire que ses - très rares - souveraines lui aient porté chance.
Par contre, au point de vue religieux, "

Là, j'ai l'impression que nous avons été "coupés", Lambertine, "téléphoniquement" parlant, si j'ose dire... ;-) A moins que la virgule finale n'ai fait office de points de suspension... :-)

Cordialement, :-)

Hyarion.

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