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Recherche admirateurs de JRR Tolkien pour reportage
#39
Je réponds ici, à mon tour, en caractères de petite taille, car la conversation part dans une tout autre direction que le sujet original... mais certains éléments de ma réponse complètent cependant mes messages précédents à l'attention de Vincent (F.)... ;-)

ALDARIL a dit :
Un débat intéressant mais vous oubliez de dire que Jrr Tolkien, Robert.Howard, Lovecraft, tous les auteurs de SF, de Fantastique ou Fantasy, appartiennent à la catégorie qu'on nomme ' paralittérature '. Ce n'est pas moi qui les mets dans cette catégorie désobligeante, mais les critiques littéraires.

Tu oublies le genre policier, qui est aussi censé en faire partie, et que tu sembles ranger pourtant a priori, à la fin de ton message, dans "l'autre" littérature, la littérature dite "blanche", peut-être parce que ce genre te parait mieux considéré aujourd'hui que par le passé ? Ce n'est pas faux...

À en croire Daniel Fondanèche, le nom "paralittérature" a été adopté lors d'un colloque qui s'est tenu en 1967, portant sur les littératures qu'auparavant on appelait "littératures marginales", "infra littératures", "sous littératures", "mauvais genres"... Le lieu de ce colloque de 1967 ? Cerisy-la-Salle. Je suppose qu'il n'y a pas de hasard... ;-)

Toujours selon Fondanèche, les paralittératures sont nées au XIXe siècle et peuvent être classés dans les grands groupes suivants :

- groupe spéculatif : le roman policier, le fantastique, la science-fiction, l'utopie et la dystopie ;
- groupe de l'aventure : le roman d'espionnage et le roman de western ;
- groupe à tendance psychologique : le roman sentimental, le roman rose, le roman érotique, le roman pornographique ;
- groupe iconique : le roman photos, le roman film, le roman illustré, la bande dessinée ;
- groupe du roman documenté : le roman historique et le roman rural.

Par tous les dieux de l'Olympe, cela fait tout de même beaucoup de genres littéraires ! ;-)

Apparemment, Fondanèche classe la fantasy dans le fantastique... mais il y a d'autres façons de classer, y compris sans doute en ce qui concerne les grands groupes évoqués plus hauts.

Je ne sais pas trop quoi penser de tout cela... De mon point de vue (de Béotien), le fantastique, la fantasy et la science-fiction sont trois genres que l'on peut considérer comme des littératures de l'imaginaire, celles mettant en scène des univers de fiction partiellement ou totalement imaginés, dans leur construction, par leurs auteurs. Après, personnellement, j'essaie d'éviter les classifications trop détaillées, notamment en ce qui concerne la fantasy, genre particulièrement protéiforme.

ALDARIL a dit :
Comme dans l' Art, la Littérature est parcourue par la dualité des deux forces antagonistes : les Modernes face aux Académiciens. Rappelez-vous qu'en peinture, tous les artistes ayant franchi les codes académiques se sont vus décriés (Picasso, Courbet, Matisse..)

Mais la littérature ne fait-elle pas partie de l'art ? ;-) Je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi la littérature était généralement exclue de l'histoire de l'art en tant que discipline de recherche et d'enseignement... Un grand mystère...
Pour ce qui est de la "dualité Modernes/Académiques", les choses me paraissent plus compliquées, notamment précisément en ce qui concerne la peinture.
Une intéressante exposition consacrée récemment à Édouard Manet à Orsay n'a pas caché le paradoxe de ce peintre, considéré comme inventeur du Moderne (Manet, inventeur du Moderne), et qui considérait, lui, l'exposition de ses œuvres au Salon officiel de peinture de Paris, au triomphait l'art "académique", comme l'aboutissement de sa carrière.
L'art décrié d'hier peut, par ailleurs, devenir l'art officiel "académique" d'aujourd'hui : l'exemple de la peinture impressionniste est à cet égard des plus éclairants.
Certains considèrent comme "académiques" des peintres comme Jean-Léon Gérôme ou Alexandre Cabanel, par exemple, au point de les avoir même qualifiés péjorativement de "pompiers", terme qui n'a pourtant pas beaucoup de sens, sachant que leur œuvre est bien moins "académique" qu'ils ne l'imaginent, ainsi que l'a d'ailleurs montré deux belles expositions récemment consacrées à ces deux peintres, l'une au musée Fabre de Montpellier pour Cabanel (Alexandre Cabanel (1823-1889). La tradition du beau), l'autre au Musée d'Orsay pour Gérôme (Jean-Léon Gérôme (1824-1904). L'Histoire en spectacle)
Bref, tout cela me parait plus complexe qu'une simple dichotomie Anciens/Modernes, même si cette grille de lecture peut être pertinente pour appréhender certains sujets... mais pas tous, me semble-t-il.

ALDARIL a dit :
J'aimerais avoir votre avis sur cette dénomination ' paralittérature', que l'on trouve d'ailleurs dans le dictionnaire. Ne pensez-vous pas qu'elle traduit un certain esprit frileux et conformiste ?

Je pense qu'elle traduit surtout cet irrépressible besoin qu'a l'homme d'enfermer toutes choses dans des catégories et des sous-catégories... ;-) On pourrait s'amuser, tel Conseil dans Vingt mille lieues sous les mers, à énoncer des classifications précises et détaillées pour chaque espèce - ici de livre de fiction - que l'on peut rencontrer sur sa route, mais je crois, à vrai dire, que les classifications ont trop souvent tendance à nuire à la visibilité d'un ensemble, spécialement en matière de création artistique. Voila pourquoi, par souci de ne pas m'enfermer intellectuellement dans un carcan, lorsque je parle de fantasy, j'entends le terme dans un "sens large" : cela ne veut pas dire, à mon avis, que cela "repose sur rien", ou qu'il s'agirait là, dès lors, d'un genre sans histoire... au contraire, cela peut faire sens dès lors qu'il s'agit de prendre simplement les choses avec du recul, sans a priori quelconque, et en tenant notamment compte d'un temps long, dépassant les horizons de l'étude littéraire "classifiante" du XXe siècle. Il ne s'agit pas de remonter forcément à Homère, mais simplement de considérer des œuvres de l'imaginaire à la fois à la lumière des textes eux-mêmes - source primordiale -, à la lumière du contexte dans lequel elles sont nées, et à la lumière aussi de la postérité qu'elles ont générées, pour le meilleur et pour le pire, et même si ladite postérité peut être jugée encombrante. Tout cela me parait constituer un tout, à étudier comme tel, selon des angles d'approche qui, eux, peuvent être très variés.

ALDARIL a dit :
Je considère qu'il n'y a pas de mauvaise littérature ou de para-littérature. Il existe l'art de l' écrit et ses courants d'expression. [...] il faudrait plus d'analyses universitaires sur les oeuvres de la ' paralittérature' et tout faire pour casser le mépris qu'il peut y avoir sur Tolkien et tout les autres écrivains, qui n'écrivent pas des romans sociaux, policiers, d'amour, de tragédie.

Parler de "bonne" littérature et de "mauvaise" littérature suppose des jugements si subjectifs que cela me parait quelque peu incompatible avec la recherche. Je suppose que le terme de paralittérature peut être utile dans certaines approches de recherche, mais je considère, pour ma part, comme je l'ai dit dans un précédent message, que séparer le high du low, soit "l'Art majuscule" du "reste de l'art", comme on peut le faire encore en histoire de l'art, ne me parait pas avoir beaucoup de sens, surtout aujourd'hui, où on mesure bien à quel point les frontières définies artificiellement par le passé sont forcément à relativiser. Le chercheur a besoin de repères, mais aussi de libertés. Et parce que tout peut être objet de recherche, pourvu que cela soit fait avec méthode, il n'y a pas de raison que les œuvres de la littérature de l'imaginaire soient exclues du champ de la recherche. En vérité, je crois d'ailleurs que ce n'est pas du tout le cas, mais sur cette question, Vincent est sans doute bien mieux placé que moi pour répondre ! ;-)

Cordialement,

Hyarion.

[EDIT 2 (24/04/2023): mise à jour des liens hypertexte, pour accéder, via la Wayback Machine, aux comptes-rendus de La Tribune de l'Art concernant les expositions mentionnées]

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