J'avoue ne pas vraiment saisir en quoi il serait binaire de penser que l'appropriation d'un auteur par une culture éclaire — sinon uniquement du moins essentiellement — la perception qu'on a de cette culture plutôt que l'image qu'on se fait de l'auteur en question. Pour citer un domaine connexe, de nombreux admirateurs de Tolkien, sans oublier bon nombreux d'opposants, ont cru discerner certaines significations dans les noms propres figurant dans le SdA, significations qu'ils tiraient de leurs connaissances respectives. On sait précisément ce que Tolkien pensait de ce genre de raisonnements, lesquels cherchaient à faire correspondre l'œuvre de Tolkien à ce qu'en comprenaient les gens qui les élaboraient. Les recherches plus récentes, qui se fondent sur une meilleures connaissance de l'œuvre du Professeur, tendent à confirmer les réactions de Tolkien. Devrait-on alors croire que ces interprétations, dont certaines ont encore crédit chez des gens relativement mal informés, éclairent l'œuvre de Tolkien ? Permets-moi d'en douter assez sérieusement.
Quant à la question du christianisme au Moyen-âge, loin de moi l'idée de vouloir en faire un cours. Il faudrait être considérablement mieux informé que moi pour se lancer dans une entreprise aussi vaste. D'ailleurs, et sans vouloir jouer sur les mots, un cours en trois lignes, ce serait un peu court. Le but de cet aparte était uniquement de réagir vis-à-vis de ton commentaire, qui évacuait un peu vite, je trouve, la question du christianisme dans le SdA. Car enfin, si l'on est en droit de remettre en question les commentaires d'un auteur sur son œuvre (et les exemples abondent où une telle remise en question est nécessaire), il me semble qu'à partir du moment où l'auteur affirme que tel élément s'y trouve, il faudrait plutôt instruire à décharge et prouver qu'il en est absent ou n'est pas central dans l'œuvre, plutôt que l'inverse.
Amicalement,
Damien — qui est vraiment en retard, maintenant

