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Le manichéisme du Sda et du Silmarillion
#5
Avis aux contreversés :

Voici ma réfléxion sur le manichéisme du SdA (j'emploie ici le terme ds son acception moderne et non en tant que doctrine):

Le monde du SdA est nettement diversifié : il contient en son sein une foule de races et de microcosmes différents. Mais il est, selon moi, nettement divisé : cette division est d'ailleurs à l'origine du conflit titanesque qui s'enclenche ds le roman de Tolkien. Le SdA apparaît ainsi comme un récit élémentaire, car [emphase]« il comporte 2 types d'épisodes : ceux qui décrivent un état d'équilibre ou de déséquilibre, et ceux qui décrivent le passage de l'un vers l'autre »[/emphase] (je cite ici Tzvetan Todorov, "Intro à litt. fantastique"). Partant de ce constat (simpliste mais qui a le mérite d'être clair), ce schéma fondamental suppose, ds le cas du SdA, une scission entre 2 adversaires, illustrée ds le roman par la lutte ancestrale du Bien et du Mal. La Tdm est dc 1 vaste échiquier, sur lequel s'affrontent des pions blancs et noirs. Gandalf ne dit-il pas : [emphase]« Le tablier est disposé, et les pièces bougent »[/emphase] ? (SdA, p. 814 du bouquin illustré par Alan Lee).

L'évolution du conflit ne peut alors se réaliser que par une anithèse archétypale, une lutte entre deux civilisations, fortement opposées ds toutes leurs représentations : la narration du SdA est dc codifiée par un manichéisme flagrant. Elle constitue l'une de ses structures mentales, mais pas l'unique, bien entendu !

D'un pt de vue symbolique, l'opposition manichéenne entre Forces du Bien et Forces du Mal est illustrée par l'antithèse entre la lumière et les ténèbres.
La lumière, associée aux forces du bien (Eddings le montre si bien !), revêt un aspect protecteur et sécurisant, allant du simple foyer de cheminée de Cul-de-Sac au bâton enflammé de Gandalf perçant l'obscurité des couloirs des mines de la Moria, en passant par la lumière diurne, qui instaure des moments de calme et de bonheur :

[citation=SdA, p. 266][Frodo]sortit sur les terrasses qui dominaient le flot sonore du Bruinene pour regarder le frais soleil se lever au-dessus des montagnes lointaines et projeter ses rayons obliques au travers de la brume argentée; la rosée luisait sur les feuilles jaunes, et le réseau des filandres scintillait sur tous les buissons.[/citation]

A cette lumière bénéfique, argentée ou dorée, qui scintille (témoin du merveilleux) vient s'ajouter des couleurs bénéfiques et reposantes (jaune et vert en particulier).

Les Elfes sont des êtres "illuminés" au sens propre comme au figuré. Ils sont en effet lumineux tant par leur apparence que par leur mode de vie et de pensée. L'argent et l'or prédominent ds leur description, ils st littéralement imprégnés de la lumière des étoiles qu'ils vénèrent et du soleil : les cheveux de Glorfindel et de Galadriel sont dorés, ceux de Celeborn argentés, les yeux d'Elrond ont "en eux une lumière semblable à celle des étoiles", etc. Les Elfes s'opposent de ce fait aux orques (leur contrefaçon), dont la peau est noire et sombre.

Les ténèbres, le noir impénétrable ou encore les ombres sont l'apanage des forces du mal. Les noms propres qui leur sont attribués parlent d'eux-mêmes : le titre de "Seigneur Ténébreux" revient à Sauron; son pays, le Mordor, se fait appeler Terre Noire. Les noms maudits et associés au mal, lorsqu'ils sont prononcés tout haut, laissent planer une ombre angoissante, rongeant l'âme; comme c'est le cas lorsque Gandalf prononce le poème de l'Anneau en Noir-parler.

Les ténèbres favorisent d'autre part la propagation de la mort. La nuit et le crépuscule apparaissent tjrs comme des moments de troubles où le mal tend à faire son apparition, ainsi que le rappelle Gandalf : [emphase]« Le péril vient la nuit au moment où l'on s'y attend le moins »[/emphase] (SdA, p. 639)
Ainsi les orcs ont pour habitude de sortir et d'évoluer la nuit, comme les Nazgûl qui, lorsqu'ils poursuivent les hobbits ds la Comté au Livre I, apparaissent la nuit tombée. Toute lumière à cet instant s'affaiblit :

[citation=SdA, Livre I, ch. III, p. 97]Au dessus, les étoiles étaient serrées ds le ciel obscur, mais il n'y avait pas de lune.[/citation]

L'obscurité permet en effet aux Nazgûl d'affirmer leur puissance mortelle et d'augmenter la perception de leurs chevaux noirs, psychopompes, auxquels ils sont liés :

[citation=SdA, p. 215][...] dans l'obscurité [dit Aragorn], ils perçoivent maints signes et formes qui ns échappent : c'est alors qu'ils sont les plus à craindre.[/citation]

Si les forces sauroniques agissent svt qd l'astre lumineux est à son déclin, elle peuvent aussi masquer le soleil en plein jour. Néanmoins, lorsque l'aube annonce le retour du soleil, l'éclat de la lumière qui s'impose marque la victoire sur le monde ténébreux :

[citation=SdA, p. 886-887]Et, au même moment, loin derrière ds quelque cour de la cité, un coq chanta. Son chant [...] saluant seulement le matin qui était ds le ciel, bien au-dessus des ombres de la mort, venait avec l'aurore.[/citation]

Ici, le chant du coq magnifie [emphase]« la puissance bienfaisante du soleil levant, du soleil victorieux de la nuit »[/emphase] (Gilbert Durand, Les Structures Anthropologiques de l'Imaginaire, p. 168). La venue de l'aurore repousse alors le Roi-Sorcier de Morgul et son armée qui s'apprêtaient à envahir la capitale gondorienne.
Cette lutte entre lumière et obscurité est constante ds l'oeuvre et trouve sa pleine concrétisation lors de l'épisode où Sam utilise la fiole du cristal d'étoile de Galadriel pour repousser Shelob, vomissant des ténèbres (cf. Livre IV, ch. 10, p.782). La source lumineuse du cristal agit littéralement comme une arme absolue contre la puissance obscure du monstre fouisseur. Cette opposition élémentaire entre la lumière et les ténèbres devient un affrontement symbolique entre les forces célestes et divines incarnées ds le cristal (Tolkien emploie en effet le mot "heaven") et des forces chthoniennes symbolisées par l’Araignée fouisseuse Shelob.

[small]N.B. : J'ai réfléchi à cette scène. Ne trouvez-vs pas que cette lutte pourrait apparaitre comme la revanche d'un combat perdu à l'aube des temps ? Je fais référence au Silmarillion bien sûr : ds cette œuvre, l'Araignée géante Ungoliant détruit les arbres de Valinor en aspirant leur lumière divine. De même, ce monstre absorbera la lumière des Silmarils de Feanor issue de ces arbres.(Cf; "Le crépuscule de Valinor") Or le cristal de Galadriel ne renferme-t-il pas ici cette lumière ? Sam venge, ss le savoir, les elfes du premier Age, non ?[/small]

Un autre exemple de manichéisme ?
Lorsque s'engage le conflit sur un chp de bataille, les deux Forces sont représentées par 1 emblème symbolique. Lors de la bataille du chp de Pellenor, les Forces du Bien sont assemblés autour de l'étendard des Rohirrim (un cheval blanc sur fond vert, symbole céleste et ouranien figurant l'Ordre associée à la couleur de l'espérance) tdis que les Forces du Mal st regroupées autour du drapeau des haradrim (serpent noir sur fond écarlate, symbole chthonien renvoyant au Chaos associé à la couleur de la violence).

Tout ça pour dire que les pays libres rassemblent autour d'eux des valeurs d'équilibre. Chacun des peuples lutte au nom de grds principes moraux : paix, liberté, harmonie, justice, ordre. L'ordre sera représenté symboliquement d'ailleurs par le nouvel arbre blanc de Minas Tirith à la fin du conflit.

Au contraire, les forces maléfiques du Mordor, sous l'égide d'un Seigneur des Anneaux totalitaire, sont régies par le désordre, l'anarchie, l'esclavage, la destruction et la violence. Cf. l'attitude des orcs entre eux et les snagas.

Les Forces du Bien sont associées à la Vie : ceci est visible ds la beauté et la fertilité des paysages colorés et florissants des pays libres, évoquant un éternel printemps. (Cf. Lothlorien, Comté ou Fondcombe). La joie de vivre au présent caractérise le comportement hobbit, l'immortalité des elfes est associée à une jeunesse et une beauté impérissables. Ne sont-elles pas appelées "Belles Gens" ?

Du côté de Sauron et de ses sbires, tout est mort et affaiblissement. Les orcs et Spectres de l'Anneau sont laids, les monstres violents ou gigantesques. Les paysages du mal ne sont que pure désolation, comme le plateau de Gorgoroth qui n'est rien d'autre qu'un désert glacial, stérile et poussiéreux. De même, les eaux des rivières qui coulent en Mordor sont souillées et imbuvables et l'air y est asphyxiant. La mort égale pollution et dégradation.

J'ai dc pu constater, au travers de ces exemples et bien d'autres, que s'engendrait une symétrie manichéenne, que j'ai tenté de retracer :

[citation][normal]Elfes / Orcs
Ents / Trolls
Aigles / Montures ailées des Nazgûl
Gandalf / Sauron
Mithrandir / Le Roi-Sorcier
9 membres de la Communauté de l'Anneau / 9 Spectres servants de l'Anneau
Frodo / Gollum
Forêt de Lothlorien / Forêt de Mirkwood
Gondor / Mordor
Minas Tirith / Minas Morgul
Cheval blancs sur fond vert / Serpent noir sur fond rouge
9 cavaliers noirs franchissant le gué de la Bruinen / cavaliers blanc écumant la rivière Bruinen (vf. peinture de Ted Nasmith)[/normal][/citation]

Et j'en passe...

Voilà. Tout ceci pour vs dire que je ne reproche pas à Tolkien cette structure mentale du SdA, mais qu'il ne faut pas nier l'évidence. Certes, Gollum ou Boromir sont ambivalents, mais on ne peut pas nier ces oppositions qui sont, à mes yeux, flagrantes.
Le manichéisme de l'oeuvre tolkiénienne n'est pas une tare, ni un défaut. Il existe. Il tend à rendre universelle la réalité imaginaire de la TdM, une réalité qui parle au nom de chaque homme.

Bon, je vais au cinéma.

@ plus les amis !

Curufinwe

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