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Le manichéisme du Sda et du Silmarillion
#14
Je reviens sur cette question du manichéisme. Tolkien refuse une conception manichéenne, même au sens faible. Je traduis un passage de la lettre n°154 du 25 septembre 1954 à Naomi Mitchison :

[citation=The Letters, p. 197]Quelques critiques ont qualifié l'ensemble [i.e. le Seigneur des Anneaux] de simpliste, réduit à un simple combat entre le Bien et le Mal, où tous les bons sont seulement bons et tous les mauvais seulement mauvais. C'est excusable, peut-être (bien qu'ils aient négligé en définitive Boromir), pour des gens pressés, et qui n'ont qu'un fragment à lire, sans disposer bien sûr des précédentes histoires des Elfes, qui ont été écrites mais non publiées. Mais les Elfes ne sont pas entièrement bons et ils n'ont pas entièrement raison (...)[/citation]

Ce n'est pas parce qu'il y a un antagonisme qu'il faut immédiatement l'interpréter en termes manichéens.
Le Seigneur des Anneaux présente une palette de personnages ambigus qui, en enrichissant l'éventail de comportements, empêchent de réduire le Légendaire à une simple opposition figée entre le Bien et le Mal.

Lobelia Sacquet en est un exemple représentatif (même si on n'en parle pas très souvent). Mauvaise à force de rancœurs et d'envie, elle est saluée en héroïne lors du Nettoyage de la Comté pour s'être rebellée contre Saruman. Elle meurt d'ailleurs en léguant ses biens à une "œuvre humanitaire".

Si le Seigneur des Anneaux avait été manichéen, Saruman serait resté le chef du Conseil Blanc, Denethor n'aurait jamais désespéré, Boromir n'aurait pas trahi (et ne se serait pas repenti non plus). Gollum n'aurait jamais été un personnage si complexe.
Bref, les forces en présence seraient restées figées, se contentant de s'affronter.

Ajoutons à cela qu'un certain nombre de créatures sont plus neutres que véritablement engagées dans la Guerre de l'Anneau. Les Ents, par exemple, ne se décident à intervenir que dans l'intérêt des forêts. Voir, sur ce point, dans la section "Terre du Milieu", le sujet intitulé Créatures neutres.

Ne parlons même pas du reste du Légendaire. Le Silmarillion met en relief les luttes intestines entre les Elfes, le repentir (même provisoire) de Sauron, la corruption de Thingol, etc.

Bien loin d'être manichéenne, l'œuvre de Tolkien est une leçon d'espoir : tout être mauvais est susceptible de se racheter. Et, inversement, agir droitement est un combat de chaque instant, la justice n'est pas un acquis définitif.

Sébastien
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