11-03-2002, 10:13
Dans Tolkien, Author of the Century (quel horrible titre! il ne fait pas honneur au contenu), chez Harper Collins, Tom Shippey consacre une partie au problème du mal dans le SdA. Il y montre que Tolkien a utilisé deux conceptions différentes de la dichotomie bien / mal :
Voilà, j'ai pris deux fois l'exemple de l'anneau pour montrer la complexité de la chose, je n'ai pas le temps de vous traduire tout le chapitre mais j'ai essayé de vous en donner grossièrement les grandes lignes: Tolkien n'est pas manichéen en ce qu'il ne se contente pas d'une vue manichéene, et pour une situation donnée le lecteur n'est pas forcément sûr de l'origine du mal, par exemple lorsque Frodo met l'anneau à l'auberge de Bree: est-ce l'anneau qui se glisse de lui-même à son doigt ou Frodo qui le met pour échapper au ridicule? Shippey parle aussi du bien et du mal chez les orcs, si si, ce sont des êtres moraux qui personnifient la vision de Boèce: "le mal n'est que l'absence, l'ombre du bien". Evidemment il ne parle pas que de l'anneau, mais c'est un bon exemple. Et dans plusieurs exemples, y compris ceux cités plus haut, on peut y voir aussi bien l'une que l'autre conception selon le point de vue.
Bref, je ne peux que vous conseiller ce livre, ISBN 0-261-10401-2 si vous souhaitez le commander (j'étais tombée dessus chez Gibert à Paris, coup de chance), £7.99 ou 12 € 81. Une première partie est consacrée à Bilbo: vous vous doutiez que Tolkien ne choisissait pas ses mots et les noms au hasard? vous allez voir à quel point! puis trois parties sur le SdA: une montre à quel point la structure est complexe, une sur le mal, une sur la dimension mythique, une partie sur le Silmarillion et une sur les autres aspects de son oeuvres (contes).
TRES TRES TRES intéressant...
cécile, qui vous laisse baver, nyark nyark
- une conception manichéenne, que Shippey prend ici sous l'acception de deux forces égales luttant dans le monde. Le mal est exerne à l'homme (et au hobbit). On la retrouve par exemple lorsque Frodo met l'anneau sur Weathertop: quelque chose d'extérieur à lui l'y pousse, une volonté qui prend contrôle de la sienne. Plus on se rappoche du Mordor, plus l'anneau semble animé d'une volonté propre (vision manichéenne). Shippey parle d'une certaine tolérance des Inklings à l'égard du manichéisme, bien qu'il soit considéré come une hérésie.
- une conception plus canonique aux yeux de l'Eglise, celle de Boèce, où il n'y a pas de mal en soi: soit nous ne comprenons pas que telle chose est bonne en soi, ou à plus long terme que le bout de notre nez, soit il vient de nous-mêmes (plus responsabilisant que le manichéisme) - je ne sais pas si c'est l'avis de Boèce, mais Shippey l'y rattache. Le mal est interne. Si Frodo répugne à montrer l'anneau à Gandalf au début, c'est peut-être bien parce que lui Frodo, déjà 'accro', est inconsciemment incapable de s'en séparer.
Voilà, j'ai pris deux fois l'exemple de l'anneau pour montrer la complexité de la chose, je n'ai pas le temps de vous traduire tout le chapitre mais j'ai essayé de vous en donner grossièrement les grandes lignes: Tolkien n'est pas manichéen en ce qu'il ne se contente pas d'une vue manichéene, et pour une situation donnée le lecteur n'est pas forcément sûr de l'origine du mal, par exemple lorsque Frodo met l'anneau à l'auberge de Bree: est-ce l'anneau qui se glisse de lui-même à son doigt ou Frodo qui le met pour échapper au ridicule? Shippey parle aussi du bien et du mal chez les orcs, si si, ce sont des êtres moraux qui personnifient la vision de Boèce: "le mal n'est que l'absence, l'ombre du bien". Evidemment il ne parle pas que de l'anneau, mais c'est un bon exemple. Et dans plusieurs exemples, y compris ceux cités plus haut, on peut y voir aussi bien l'une que l'autre conception selon le point de vue.
Bref, je ne peux que vous conseiller ce livre, ISBN 0-261-10401-2 si vous souhaitez le commander (j'étais tombée dessus chez Gibert à Paris, coup de chance), £7.99 ou 12 € 81. Une première partie est consacrée à Bilbo: vous vous doutiez que Tolkien ne choisissait pas ses mots et les noms au hasard? vous allez voir à quel point! puis trois parties sur le SdA: une montre à quel point la structure est complexe, une sur le mal, une sur la dimension mythique, une partie sur le Silmarillion et une sur les autres aspects de son oeuvres (contes).
TRES TRES TRES intéressant...
cécile, qui vous laisse baver, nyark nyark

