Donc je ne sais pas trop qu'en penser.
De même que le Berger final...
Par contre, je voudrais réagir sur l'idée que ce conte est autobiographique. Je ne remet pas ceci en cause, mais il se trouve que je me suis senti complètement et directement concerné par ce Niggle, et je me demande si c'est une impression personnelle ou si chaque homme se retrouve en lui, ce que je crois.
Mon idée est que Tolkien a touché là à un point universel chez l'homme, la déception de ne jamais avoir le temps d'achever ce qui pour les autres homme n'est que futilité mais dans lequel on aimerait investir tout son pouvoir... Et qui tout en même temps nous éloigne peut-être des réalités du monde dont nous faisons partie et pour lequel nous avons à oeuvrer, davantage que pour un travail créatif privé.
C'est pourquoi je suis troublé devant le fait que le tableau de Niggle est à la fois le motif de sa condamnation et le chemin vers le salut ou la guérison, ou le paradis. Motif de condamnation, car les voix disent bien que c'est à cause de ce tableau qu'il a négligé les tâches bonnes qu'il aurait dû accomplir, chemin de guérison car c'est bien entendu en achevant son tableau dans un monde où il devient réalité qu'il s'apprête au mieux à gravir les montagnes qui sont dans le lointain, en apprenant au passage l'Amour envers le pauvre Parish (et réciproquement, on peut même constater que le tableau sera le chemin de salut de Parish tout autant).
suis-je le seul, ou bien ne vous sentez-vous pas concerné par Niggle ?
Evidemment, cela peut venir du fait qu'en suivant un peu le maître, je peux me retrouver dans les mêmes embarras. Je tâche moi aussi d'écrire un roman, et je suis tout comme Niggle en train de créer quelque chose de plus grand que je ne le voyais au début, fignolant sur des détails qui enrichissent pourtant considérabement le tableau, me perdant souvent dans les lointains décors d'arrière plan qui ne seront pourtant guère visibles pour le lecteur, refaisant sans cesse la même feuille parce qu'elle n'est pas convenable, etc...
Je suis sûr que ce sentiment, un passioné de maquette peut le ressentir aussi, ou d'autres passionnés. Est-ce que nous n'avons pas tous de ces passions qui nous "bouffent" du temps et nous font gromeler quand on nous dérange, pourtant bien souvent pour une juste cause ??
Voilà pourquoi je pense que ce conte est à part. Il n'st pas seulement une allégorie de Tolkien, il est une allégorie de l'Homme, il atteint un point universel encore jamais abordé d'ailleurs dans les mythes ou légendes à caractère mythique, c'est à dire portant sur les questions fondamentales de l'homme ou sur la nature profonde du monde.
Je suis étonné d'apprendre que Tolkien n'a pas peiné pour un conte (que je crois) aussi génial. N'a-t-il pas comme pour le SdA pesé chaque mots, chaque image ? Ou alors avait-il reçu une telle compréhension de la chose qu'il ne s'égarait pas dans un monde trop compliqué pour un seul homme ? (d'aileurs, plus on modifie un univers, plus il est facile de s'y perdre, de commettre donc d'autres erreur qu'il faut modifier ensuite, sources de nouveaux égarements, cercle vicieux - je parle en connaissance de cause)
Voilà, ce conte est riche et profond, c'est un trésor, pourvu qu'il reste inconnu, moins les grands savants en parleront, moins ils lui feront de mal...

