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Smith de Grand Wootton
#5
Le titre du fuseau convient très bien... Encore que Ferrant de Bourg-au-bois plairait peut-être mieux à Yyr ;o)

En réponse à quelques " exercices " de Yyr dans le fuseau " francophobie " (Légendaire), " exercices " dont la réponse est parfois dans l'argumentation qui les précèdent ;o), je poste ici, car on s'évade du sujet initial (l'édition de référence est celle que l'on doit à Vincent, Faërie et autres textes, éd. Christian Bourgois, 2003)

Quote:Post de Yyr du 27/01/2004 :
> Laegalad : [...] L'important n'est pas, je pense, la réalité "objective" du SdA - dans le sens où l'on peut la prouver par A+B -, mais sa réalité "subjective" - ce qu'il nous révèle de nous même, des notions philosophiques, psychologiques, théologiques en même temps que la simple envie de se promener dans un monde immense et prometteur, avec pour seul guide - et quel guide ! - une étoile sur le front.
> Yyr : [...] Mais j'irai encore plus loin : même et surtout pour comprendre le sens de Faërie il faut apprendre à connaître cette réalité subjective, que l'Enchantement éveille et fait naître en nous, et, sans les renier, se détacher suffisamment de ses références externes pour pouvoir percevoir celles de Faërie (même si ces références externes sont essentielles et ont leur rôle : voir plus loin) ... Aller, un petit exercice : Qu'emporte Ferrant dans ses voyages en Faërie ? Qu'est-ce qui lui sert de notre monde en Faërie ? :)

Au passage, c'est bien ce qu'il me semblait, Smith est laissé tel quel dans la vf... Tu m'as fais douter de ma mémoire un moment :-) Mais j'aime bien Ferrant, je garde ;o)

Qu'emporte Ferrant dans ses voyages en Faërie ? Rien, au contraire de son grand-père, le Maître Queux Rider (rajoutez " St " devant... non, c'est un hasard ;o) ?), qui partira pour un dernier voyage avec un solide bâton de frêne et un balluchon (mais est-ce pour Faërie ? Les Fronts Etoilés sont-ils autorisés à rejoindre en fin de vie le Royaume Périlleux ? Pourtant ce dernier voyage semble être compromis pour Ferrant " il sut à présent que ce chemin le ramenait à présent à la privation ", 282, " nous allons bientôt sortir de Faërie, et je ne pense pas y revenir jamais ", 283, " je ne partirai plus en voyage, Ned : pas pour de longs voyages, si tu me comprends ", 291.). Armes inoffensives, puisque les armes de guerre humaines " en Faërie n'aurai[en]t guère compté[es] ", 274.

Qu'est-ce qui lui sert de notre monde en Faërie ? Son étoile, mais si elle est présente dans notre monde, elle vient de Faërie ; ce n'est donc pas ça. En fait, la réponse doit-être " lui-même ", non ? Ce qui lui sert, ce qui le sauve, c'est sa capacité de contemplation, sa volonté de ne pas s'imposer par les armes (contrairement au narrateur de la Cloche Marine, qui par ses affirmations " Here now I stand, king of this land " finira par perdre son droit de séjour et se trouver rejeté de Faërie) mais au contraire de se poser en simple observateur. Il emporte avec lui sa générosité (il donna sa piécette d'argent du Grand Gâteau à Nell qui n'avait rien dans sa part, et aussi " le forgeron fut alors troublé, car c'était un homme généreux et il se souvenait avec gratitude de tout ce que l'étoile lui avait apporté ", 285) et ses valeurs morales (respect et reconnaissance). La seule chose du monde humain qui peut servir à l'Etoilé, c'est son âme qu'il s'est forgé lui-même.

Quote:>Yyr : Nouvel exercice : Que ramène Ferrant de ses voyages en Faërie ? :)

Ah, là, je vais pouvoir faire plus substantiel ;o)

• Visiblement, un certain pouvoir de faire des choses plus belles que les autres : Ferrant dépasse son père dans la maîtrise de la forge [petite digression : dans Mythe, Rêves et Mystère, Mircea Eliade définit une des caractéristiques des chamans : la maîtrise du feu. Quelle est la fonction des chamans ? Principalement voyager entre le monde des Hommes et celui des Esprits et des Dieux. Ferrant est un fabre, un forgeron, et il maîtrise très bien le feu, puisqu'il parvient à créer [emphase]" des formes merveilleuses, qui avaient la légèreté et la délicatesse d'un rameau feuillu et fleuri, tout en conservant la force rigide du fer, ou paraissant même plus solide "[/emphase], p.273. Et Ferrant est aussi un arpenteur de Faërie, qui voyage entre le monde des Hommes et celui des Elfes... Bon, on ne peut guère aller plus loin dans l'analogie : son grand-père n'était que Maître Queux... encore que les fourneaux... ;o)]. Les gens 'normaux', s'ils ne comprennent pas pourquoi les objets de Ferrant sont plus agréable à manier (ils ne (re)connaissent pas l'existence de Faërie : [emphase]" Car [Ferrant] avait fait connaissance avec Faërie, [...] bien que, trop de gens étant [d]evenus comme Nokes, il en parla à peu de personne, en dehors de sa femme et de ses enfants "[/emphase], 273), ne les en apprécient pas moins ([emphase]" ils avaient un galbe à eux, et ils étaient bons tant à regarder qu'à manier "[/emphase], 272) : ainsi le Royaume de Faërie peut-il influencer, petitement peut-être, et indirectement sûrement, la vie quotidienne de ceux qui y sont aveugles.

• Un pouvoir de chant aussi : c'est avec le chant qu'est sortie l'étoile (et le petit Tim, sitôt l'étoile avalée, [emphase]" se mit à chanter doucement pour lui-même "[/emphase], 299), c'est en chantant qu'il forge ses plus belles créations, et ce faisant, tout le monde s'arrête de travailler pour l'écouter ([emphase]" et quand il se mettait à chanter, les voisins interrompaient leur propre travail pour venir l'écouter à la forge "[/emphase], 273). Le chant est intrinsèquement lié à Faërie ([emphase]" mais en Faërie, les gens chantent aussi "[/emphase], 271, les premiers Elfes qu'il voit élèvent la voix en [emphase]" un chant de triomphe "[/emphase] terrible, 275, puis dans la Vallée du Perpétuel Matin, [emphase]" il entendit chanter des voix d'elfes "[/emphase], 278), il est donc normal qu'il acquiert une certaine habileté dans cet art (" sa voix, qui avait commencé à embellir dès que l'étoile lui était échue ", 272). Est-ce un chant magique, un chant 'chantourneur' (ça fera plaisir à Sosryko, le mot m'évoque de moins en moins ma scie :) comme quoi, les lectures...), qu'il pratique pour protéger ses créations et leur donner pouvoir ([emphase]" personne ne pouvait franchir [une de ses grilles] une fois fermée "[/emphase], 273) ? Ou un simple chant pour le plaisir de chanter ? Je suis tentée de dire les deux...

• Une fleur blanche que lui offrit la Reine. Cette fleur mérite qu'on s'y arrête :

[citation=(279)]" cela paraissait un objet vu d'une grande distance, et pourtant il était là, et il en sortait une lueur qui projetait des ombres sur les murs de la pièce, déjà assombrie par le soir. 'Tu as l'air d'un géant, Papa', dit son fils qui était resté silencieux jusqu'alors.
La fleur ne se fana pas, ni ne se ternit. "[/citation]

Transmise de génération en génération, elle est conservé dans un coffret, dont la fermeture ne dépend pas de ses détenteurs.

C'est un souvenir, [emphase]" un don spontané "[/emphase] (285), au contraire de l'étoile que Ferrant ne peut conserver. Elle me rappelle étrangement la branche trouvé par Bran, fils de Fébal dans la légende irlandaise. Tombé endormi par un chant magique auprès de son domaine, il trouve à son réveil une branche d'argent avec des fleurs blanches. Une femme d'étrange vêture lui révéla que c'est une branche du pommier d'Emain, qu'elle lui apporte d'une île lointaine et enchantée (tiens donc...). Après l'avoir invité à la suivre, la jeune femme s'en va avec la branche.

Même si l'histoire est différente, la branche de pommier et la fleur de la Reine partagent quelques points communs : ce que je qualifierai de 'caractère indépendant' et leur fonction. Dans les deux histoires, la fonction de la fleur est bien de servir de preuve. De preuve que l'île existe pour Bran, de preuve que Faërie n'est pas une fable pour la famille de Ferrant. Elle n'a pas de [emphase]" pouvoir magique "[/emphase] autre que sa beauté et son immortalité, et son aspect hors du monde (la branche de Bran aussi trouble la vision : d'après mes souvenirs, Bran n'arrive que difficilement à discerner les fleurs). Quant au caractère indépendant : les héritiers de la Fleur Vivante, s'ils peuvent ouvrir quand ils le veulent le coffret qui la contient, n'ont aucun pouvoir de décider quand le refermer ([emphase]" le moment de la fermeture ne dépendait pas d'eux "[/emphase], 280) ; de même, Bran ne peut retenir la branche de pommier quand l'étrange jeune femme s'en va : elle lui saute des mains sans qu'il ne puisse rien faire.

On a aussi une autre fleur dans l'histoire... une fleur qui n'en est pas une : la [emphase]" babiole "[/emphase] que Ferrant offre au petit Tim :

[citation=(290-1)]"Il tira du portefeuille un objet d'argent. Cela ressemblait à la tige luisante d'un minuscule lis de l'extrémité de laquelle sortaient trois fleurs délicates, retombant comme de belles clochettes. Et c'était bien des clochettes, car, lorsqu'il les agita doucement, chaque fleur tinta d'une petite note claire. A ce doux son, la lumière des chandelles tremblota, puis brilla un moment d'une clarté blanche. [...]

'Et il y a un parfum dans les clochettes, Papa, un parfum qui me rappelle... qui me rappelle... enfin, quelque chose que j'ai oublié.

- Oui, le parfum vient un peu après que les clochettes ont tinté. Mais n'ai pas peur de le manipuler, Ned. Ça été fait comme jouet pour un enfant. Il ne pourra lui faire aucun mal, et n'en retirera pas d'avantage. "[/citation]

Ici non plus, la fleur n'a pas de pouvoir " utile " (et encore moins pour faire le mal : [emphase]" Il [l'enfant] ne pourra lui faire aucun mal, et n'en retirera pas d'avantage "[/emphase]). Elle est blanche, elle tintinnabule, elle sent bon. Et elle change la lumière. Tout comme la Fleur Vivante, tout comme l'Etoile. Et c'est peut-être là que réside la réponse : ce que Ferrant ramène de Faërie, c'est une façon plus claire de voir les choses. Un autre point de vue. Une vision du monde différente. [emphase]" Te rappelles-tu, Papa, le jour où tu es rentré avec la Fleur ? Je t'ai dis alors que, d'après ton ombre, tu avais l'air d'un géant. L'ombre était la vérité. "[/emphase] (292) — c'est justement ce que tu as cité, Yyr :

[citation=Faërie/121]Le recouvrement (qui implique le retour et le renouvellement de la santé) est un re-gain - celui d'une vue claire. Je ne dis pas le fait de « voir les choses telles qu'elles sont » pour me trouver en butte aux philosophes, bien que je puisse me risquer à dire - « voir les choses comme nous sommes (ou étions) censés les voir » - comme des choses séparées de nous-mêmes.[/citation]

Mais j'avance un peu dans mon raisonnement : cette façon de regarder peut être transmise, elle n'est pas échue à un seul individu. L'étoile se transmet, la Fleur Vivante aussi, et toutes les valeurs qui y sont rattachées. Voir les choses comme [emphase]" séparées de nous-mêmes "[/emphase] : Ferrant est le premier à parvenir à le faire (lors de ses adieux à la Reine, [emphase]" elle lui posa la main sur la tête, et un grand calme l'envahit ; il lui paru être en même temps dans le Monde et en Faërie, et aussi en dehors des deux "[/emphase], 282), mais Nell, Nan et Ned aussi y parviennent, même s'ils n'ont pas l'Etoile (voir ci-dessus, avec l'ombre du géant).

Au passage, une chose m'intrigue : le parfum du petit lis. Ned dit qu'il lui rappelle quelque chose qu'il a oublié ; quoi ? L'odeur de la Fleur Vivante ? Il ne l'aurait pas oublié, ils ont gardé le coffret et peuvent l'ouvrir quand ils veulent. L'air de Faërie ? Mais il n'y est jamais allé... à moins que son père n'en ai ramené sur ses vêtements, mais là, pareil, le souvenir ne devrait pas être si lointain : son père est en face de lui. Avez-vous une réponse, Maître Yyr :) ?
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