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La foi de Tolkien
#13
Sosryko : Ton travail ne m’est sans doute pas destiné mais puisque tu m’as citée en tête de chapitre où j’apparais comme le symbole de l’hérésie à combattre et à mener au bûcher, je vais tenter de te livrer quelques unes de mes impressions sur ces quelques lettres.

Tout d’abord quelques réflexions personnelles :
J’apprécie ton travail et l’effort de communiquer ces extraits en bilingue, j’apprécie aussi ce souci de clarté et la simplicité de ton discours qui met en valeur tes immenses connaissances aussi bien théologiques que « tolkenniennes » . Je rends également hommage à ta patience .
J’aurais aimé que tu préfères pour ton introduction mon second message : « pour reprendre plus sereinement. …. »mais peu importe l’esprit est le même.
J’aurais aussi aimé que tu t’attardes sur ma définition, peut être pas très juste ou encyclopédique, de l’athée et de l’agnostique, car mon propos n’est pas ici de m’élever contre une foi que je ne partage pas; j’ai trop de respect pour les convictions des autres ! Mais en contre partie j’attends qu’on me permette d’exprimer ma propre opinion sans me faire claquer la porte au nez !
Passons maintenant aux lettres que tu as eu la gentillesse de nous soumettre (le »nous » est peut-être de trop ?) :
E n premier lieu , je reprendrai l’idée de Moraldandil, tout au moins mon interprétation, à savoir qu’une lettre n’est jamais totalement sincère car son auteur y projette le au reflet qu’il entend retrouver chez son destinataire . Elle s’inscrit également toujours dans un contexte particulier :
La première : C’est un père qui écrit à son fils à propos du mariage.
Quel message veut-il lui transmettre en cette occasion ? si ce n’est des recommandations ou conseils puisés dans sa propre expérience ? Un psychologue en tirerait de multiples conclusions incluant notamment déceptions, frustrations, compensations. Mais la psychologie n’est pas « ma tasse de thé» . donc je prends cette lettre au premier degré : la femme que tu vas épouser tout comme toi est imparfaite, pervertie, inconstante N’attends rien de l’amour, tu ne peux en espérer qu’insatisfaction. Nous vivons dans un monde déchu. La seule chose à chérir sur terre est le Saint Sacrement. Le ton de cette lettre me paraît, à moi , par top excessif et je me dis que Tolkien aurait voulu dissuader son fils de son mariage et l’inciter à prendre la soutane qu’ il ne s’y serait pas pris autrement.
Je reconnais que les arguments et sa force de conviction ne peuvent que séduire celui qui partage cet idéal !!

La seconde : A Camille, une enfant, semble-t-il, qui doit répondre pour un devoir scolaire à une question vieille comme le monde qui n’a jamais trouvé de réponse « quel est le but de la Vie ? »il propose une réponse de catéchisme ou Dieu intervient en postulat.

La troisième : La plus spontanée certainement, car il y a urgence ; son fils est menacé, il a besoin de son soutien et dans cette lettre nous trouvons tout ce que nous osons lui attribuer !.Il nous avoue ses doutes, reconnais ses défaillances et surtout celles des professionnels de la foi. Mais peut-il aller plus loin ? Sa lettre se doit d’apporter le réconfort à cet être qui lui est cher, dans le désarroi, et sur le point d’abandonner ce qu’il a cherché à lui inculquer depuis 43 ans . Le suivre sur le chemin du doute serait le condamner non seulement dans « la Voie de Dieu» mais peut-être aussi psychologiquement et physiquement. Son rôle de père, de guide spirituel lui impose de redresser sa foi défaillante et cela quand bien même il devrait taire ses propres doutes.

O n retrouve dans ces lettres , son extrème rigueur morale, son puissant sens du devoir qu’on lit dans ses œuvres ainsi que le dévouement pour la cause qu’il a embrassée et n’oublions pas aussi ses habitudes pédagogiques mais cela en aucun cas peut lever le voile sur d’éventuels doutes profonds .
Ces lettres traduisent ce que sa volonté de catholique lui dicte ; il y a là sermon, profession de foi , elles font office d’enseignement et doivent être appréciées pour telles par tous ceux qui veulent suivre sa voie, mais n’éclairent pas les messages qu’il a pu exprimer plus librement dans ses oeuvres.
Et je pense que c’est dans celles-ci qu’on peut trouver l’autre Tolkien, un second moi torturant.

Mais là non plus je ne vois pas le moyen de dégager Sa vérité. Comme je l’ai déjà dit et je ne suis pas la seule, le catholique trouvera la sienne, et le non croyant une autre avec autant d’honnêteté .L’œuvre n’appartient-elle pas au lecteur ? (déjà dit, aussi )

Alors il me semble que le problème qui se pose est de savoir si nous sommes capables d’écouter ou de lire, sans nous écharper, la version de l’autre.
Un dialogue à ce niveau est-il possible ?
Et quel en est l’intérêt ?
Moi j’y vois celui de trouver les points communs entre les hommes de croyances et d’horizons différents, d’admettre que la beauté n’est pas la même pour tous ; mais l’ouverture d’esprit qu’exige cette démarche exclut tout mépris et toute suffisance et exige au contraire la tolérance dont nous ne sommes peut-être pas tous capables au même degré.

Mj

Pouvons nous aussi partager quelque chose que nous aimons ?

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