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La foi de Tolkien
#16
>>>Cathy :

Chère Cathy [Cathy!! ;-)], bien entendu que ces lettres que tu cites sont émouvantes car on ressent toute la détresse de l’homme face à la perte des êtres qu’il chérit.
Mais…et alors ? oserais-je dire.

(1) Ce ne sont pas les seuls passages où Tolkien parle de ce que tu a déjà dû appeler (avec juste raison) son traumatisme, "les horribles souffrances de son enfance", à savoir la mort de sa mère.
Dans le texte que je viens très laborieusement (cf les fuseaux morts dans la section Webmaster :-() de (re)citer, Tolkien mentionne explicitement la [emphase]« mort précoce »[/emphase] de sa mère après [emphase]« des souffrances héroïques »[/emphase] ET son attachement au Saint Sacrement qu’il présente comme une histoire « d’amour » (ce qu’il ne fait nulle part ailleurs il me semble).

[citation]J’ai été le témoin (comprenant à moitié) des souffrances héroïques et de la mort précoce dans une extrême pauvreté de ma mère qui m’amenait à l’Église ; et j’ai reçu l’amour merveilleux de Francis Morgan. Mais je suis tombé amoureux du Saint Sacrement depuis le commencement – et par la grâce de Dieu, je ne l’ai jamais quitté depuis ; mais hélas ! Je ne me suis pas montré digne de lui.[/citation]

(2) Et lorsqu’il mentionne les souffrances et la mort de sa mère, il précise bien qu’alors, jeune qu’il était, « il comprenait à moitié » ; ce qui fait relativiser cette affirmation que tu soulignes mais qui remonte bien comme il le précise au sentiment qu’il avait à cette époque :

[citation]je me souviens d’essayer de dire à Marjorie Incledon ce sentiment, alors que je n’avais pas encore 13 ans à la mort de ma mère (nov.9.1904), et de tendre vainement une main vers le ciel en disant [à l’époque donc !] « c’est tellement vide et il fait tellement froid ».[/citation]

Car je ne pense pas qu’il faille traduire [emphase]« at the sky saying ‘it is so empty and cold’ »[/emphase] par «[emphase] vers le ciel en disant « [le ciel] est si vide et froid » »[/emphase]. Le jeune Tolkien parle du monde dans lequel il vit qui est devenu vide et froid sans sa mère qui, elle, est partie au Ciel, une mère qu’il voudrait atteindre de sa main, une mère dont il voudrait un signe, mais de signe point ; ainsi il reste là, seul dans un univers [emphase]« vide et froid »[/emphase] de l’amour de sa mère ; il n’y pas dans ces propos de révolte nihiliste envers le Ciel ou Dieu (ce qui ne veut pas dire que ce sentiment n’a pas été éprouvé par Tolkien garçon à cette époque, c’est tout naturel).

(3) Que ma traduction soit correcte ou pas, tu diras qu’à l’âge d’homme, il a été triste à mourir lors de la mort de Francis Morgan et de sa femme ; mais quoi de plus normal te répondrai-je ? le croyant n’est pas à l’abri (bien au contraire) du malheur et de la peine ; de plus il n’est pas destiné à être une machine sans sentiment, et la Bible abonde d’exemple de croyants qui ayant eu une vie jonchées de souffrance, l’ont traversée dans les pleurs (Psaumes, Lamentations, Ecclésiaste…) , qui ont été ébranlé fortement dans leur foi dans des termes si proches de ceux utilisés par Tolkien, petit, adulte ou âgé :

[citation=Psaumes 22:2]Mon Dieu! je crie de jour, mais tu ne réponds point; et de nuit, et il n’y a point de repos pour moi.[/citation]

[citation=Job 17 :11-16]Mes jours sont passés, mes projets sont anéantis, Les désirs de mon cœur…
Et ils prétendent que la nuit c’est le jour, Que la lumière est proche quand les ténèbres sont là !
N’est-ce pas le séjour des morts que j’espère pour demeure ? C’est dans les ténèbres que je dresserai ma couche ;
Je crie au gouffre : C’est toi mon père! Et à la vermine : Ma mère et ma sœur !
Mon espérance, où donc est-elle ? Mon espérance, qui peut l’apercevoir ?
Elle descendra vers les barreaux du séjour des morts, Quand nous irons ensemble reposer dans la poussière…[/citation]

Dira-t-on pour autant que Job était un homme sans espérance ? si ses paroles, dans une situation extrême au possible, un moment d’épreuves qu’on penserait insoutenables au cours duquel sa vie passe au « creuset de l’affliction » [Es 48:10], si ses paroles dépassent un temps sa pensée, ses actes prouvent qu’il espère : en refusant de [emphase]« maudire Dieu et de mourir »[/emphase] comme le lui conseille sa femme (2 :9), il va supporter non seulement la douleur et les jugements des ses « amis », car il s’attend à Dieu, il exige une réponse de Dieu, une réponse qui n’aura pas la forme qu’il souhaitait (puisque sa question était « Pourquoi »), mais une réponse quand même, une réponse que Tolkien aura comprise et mise en pratique toute sa vie : lorsqu’il dit que le sens de la vie est de [emphase]« Louer le Seigneur »[/emphase] [L310, p.400] c’est [emphase]« qu’il reconnaît que [Dieu] peut tout [dont] des merveilles qui le dépassent et qu’il ne connaissait pas »[/emphase] [Job 42 :2.3]

Mais affermir sa foi, grandir dans la foi n’empêche pas le souvenir et la douleur à chaque nouvelle perte : [emphase]« un temps de pleurer, et un temps de rire; un temps de se lamenter, et un temps de sauter de joie »[/emphase], un temps pour être Beren qui pleure Luthien, et un temps pour être Tom Bombadil qui sautille autour de Baie d’Or ; et la foi n’est pas plus particulièrement attachée à l’un ou l’autre de ces temps, et dans chacun d’entre eux Tolkien me semble s’être tenu à dire [emphase]« Pour moi, je regarderai vers l’Éternel, Je mettrai mon espérance dans le Dieu de mon salut »[/emphase] [c’est cela il me semble l’Athrabeth et HX/FM, et non pas une espérance noyée de doutes] ; non seulement il l’a dit mais il l’a vécu, toute sa vie durant , c’est cela une vie de foi et d’espérance : un chemin pour le croyant, un chemin difficile, [emphase]« dans la vallée de l’ombre de la mort »[/emphase], où la [emphase]« houlette et la bâton »[/emphase] du Berger sont là pour [emphase]« le consoler »[/emphase] (Ps23 :4) ; et que servirait-il de consoler quelqu’un qui n’en a pas besoin ?

(4) enfin et avec Cirdan (cirdan ! :-)) : « Je ne comprends pas cet attrait apparemment si nécessaire pour la faiblesse ». Oui Tolkien n’était pas un croyant parfait. Oui Tolkien avait des blessures vives. Mais ce ne sont NI ses imperfection NI ses blessures, secrètes ou pas, qui faisaient de lui un croyant ou qui fondaient sa foi mais bien sa persévérance ! En cela, il n'était en rien différent de tout autre chrétien, canonisé ou non : tous ont eu et auront à [emphase]« tenir ferme dans la foi »[/emphase] (1Co 16:13; cf. 1Co 15:2, Ph 1:27, Ro 12:9) ; avoir la foi, c'est résister, résister aux [emphase]« serviteurs de Morgoth qui sont adorés »[/emphase] en [emphase]« tenant ferme dans un seul et même esprit, en combattant ensemble d'une même âme »[/emphase] (Ph 1:27), et ça, Tolkien l'avait compris lui qui était tellement attaché à la Communion quotidienne car là, et seulement là, il y trouvait [emphase]« consolation en Christ (...) soulagement d’amour, (...) communion de l’Esprit, (...) tendresse et compassions »[/emphase] (Ph 2:1).
Et sa foi proclamée et affirmée dans ses lettres ne l’est pas pour manipuler ses fils mais bien pour leur transmettre le [emphase]« bon dépôt »[/emphase] (2Tm 1:14) ; aussi elle ne saurait être minimisée (et pourquoi pas balayée) par ce qu’il a écrit dans son Légendaire, sachant que ce qu’il a écrit peut confirmer et éclairer cette foi (mais non la diminuer).

Voilà ce que je recherchais avant tout en ouvrant ce fuseau : initier un inventaire de toutes les affirmations de foi de Tolkien.

Sosryko
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