Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
La foi de Tolkien
#17
Lothiriel Wrote:benidicImus (siouplait)

He be non, on lit bien « benedicamus » en [L310, p.400] et trouve les deux dans la liturgie, selon qu’on joue sur le subjonctif (benedicamus) ou non (benedicimus). Mais du coup, la traduction que donne Tolkien est un chouïa erronée puisqu’elle donne pour un présent d’action ce qu’il chante au subjonctif pour inviter tout le monde à louer (benedicamus Domino = « venez louer / que nous louions le Seigneur »)

A ma connaissance, Tolkien n’évoque pas le Concile Vatican II dans ses lettres ailleurs que dans la lettre [L250].

Rappelons ce que fut Vatican II (1962-1965).
Ce fut le 21ème concile œcuménique de l’Église Catholique, c’est-à-dire « la réunions d’évêques et de théologiens qui délibèrent sur des questions de dogme et de discipline ecclésiastique » (VocC)
Ce second concile du Vatican fut le premier (et le seul jusqu’à ce jour) de l’histoire à réunir des évêques de tous les continents et de toutes origines ; il a rassemblé jusqu’à 2650 Pères. Ouvert par Jean XXIII le 11 octobre 1962, il s’est achevé sous Paul VI, le 8 décembre 1965. Au terme de cette grande assemblée (concilium= assemblée), le catholicisme en est sorti transformé, en particulier plus ouvert au dialogue :

  1. avec les autres confessions chrétiennes dans le cadre du dialogue œcuménique, qui se traduit, le 7 décembre 1965, par la levée réciproque des excommunications entre Rome et Constantinople ;
  2. avec tous les hommes s'interrogeant au sein de l'Église sur les problèmes de société, dans le respect de leur liberté ;
  3. avec tous les catholiques, clercs et laïcs (« peuple de Dieu »), qui ont reçu la même mission de témoigner du Christ et qui méritent ainsi une plus grande reconnaissance, due également au pluralisme culturel des Églises particulières et locales, dont il convient de respecter l'autonomie légitime ; un exemple et une des conséquences les plus manifeste est l'utilisation de la langue vernaculaire comme langue liturgique à la place du latin à partir de 1964 ;
  4. avec les autres religions, sur la base d'une reconnaissance plus ample du caractère impénétrable des voies de Dieu.

Je pense que c’est ce l’abandon du latin dans la liturgie catholique qui est la cause de cette remarque de Carpenter. Tolkien était très attaché au latin, dès son plus jeune âge :

[citation=Carpenter, II.2, p.38 ; II.4, p.73]sa mère l’initia aux rudiments du latin, et cela l’enchanta

Il était de coutume à la King Edward’s School de soutenir un débat entièrement en latin, mais c’était presque trop facile pour Tolkien, aussi lors d’un débat alors qu’il tenait le rôle d’un ambassadeur grec il parla entièrement en grec[/citation]

Et il aimait louer Dieu en latin, comme nous le lisons en, écrivant le 8 janvier 1944 à Christopher Tolkien, son dernier fils, alors à peine âgé de 20 ans mais qui, dans les jours qui suivirent, allait partir pour l’Afrique du Sud s’entraîner en tant que pilote avant d’être enrôlé dans la RAF… :

[citation=L 54]If you don't do so already, make a habit of the 'praises'. I use them much (in Latin): the Gloria Patri, the Gloria in Excelsis, the Laudate Dominum; the Laudate Pueri Dominum (of which I am specially fond), one of the Sunday psalms; and the Magnificat; also the Litany of Loretto (with the prayer Sub tuum praesidium). If you have these by heart you never need for words of joy. It is also a good and admirable thing to know by heart the Canon of the Mass, for you can say this in your heart if ever hard circumstance keeps you from hearing Mass.

[normal]Si tu ne le fait pas déjà, prends l’habitude [de chanter] des « «chants de louanges ». Je les utilise beaucoup (en latin) :
le Gloria Patri [a],
le Gloria in excelsis Deo [b],
le Laudate Dominum [c] ;
le Laudate Pueri Dominum [d] (cantique que j’affectionne tout particulièrement), un des Psaumes du Dimanche ;
et le Magnificat [e] ;
également la Litanie de Loretto [f] (avec la prière Sub tuum praesidium).
Si tu les garde sur ton cœur tu n’auras jamais besoin de paroles de joie.
Il est également une belle et admirable chose que de connaître par cœur le Canon de la Messe [g], car tu peut la dire dans ton cœur si jamais les circonstances t’empêchent d’entendre la Messe.[/normal][/citation]

On comprend donc les regrets qu’a dû éprouver Tolkien de devoir accepter que la Messe soit célébrer en anglais plutôt qu’en latin ; on n’efface pas aussi facilement des décennies d’habitudes chéries :

[citation=Carpenter, IV.2, p.174]Une autre source de tristesse dans ses dernières années fut l’introduction de la messe vernaculaire, car l’usage de l’anglais dans la liturgie plutôt que le latin qu’il avait connu et aimé depuis l’enfance le peinait profondément. Mais même au cours d’une messe en anglais dans la simple église moderne d’Headington qu’il fréquentait au cours de sa retraite, alors qu’il était parfois agacé par les voix de la chorale des enfants et les vagissement des enfants, il pouvait, en recevant la communion, ressentir une profonde joie, un état de contentement qu’il ne pouvait atteindre autrement.[/citation]

Sosryko

_______________________________________________

Des recherches sur Internet m'ont donné accès aux paroles et traductions des cantiques latins ci-dessus; les voici (j'espère qu'il n'y aura pas de bêtise Lothiriel ;-)) :

[a] Gloria Patri :

[colonne][gauche]Gloria Patri et Filio / et Spiritui Sancto.
Sicut erat in principio et nunc et semper / et in secula seculorum / Amen.[/gauche][droite][normal]Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit:
Tel qu'au commencement, tel il est aujourd'hui et à toujours : et aux siècles des siècles. Amen.[/normal][/droite][/colonne]

[b] Gloria in excelsis Deo : Il s’agit, pour ses premiers vers, des paroles des anges annonçant la venue de Jésus aux bergers en Luc 2:14

[colonne][gauche]Gloria in excelsis Deo / Et in terra pax hominibus bone voluntatis / Laudamus te / Benedicimus te / Adoramus te / Glorificamus te / Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam / Domine Deus, rex celestis, Deus Pater omnipotens.
Domine fili unigenite, Jesu Christi / Domine Deus, agnus Dei, filius Patris / Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram / Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.
Quoniam tu solus sanctus / Tu solus Dominus / Tu solus altissimus, Jesu christe / Cum Sancto Spiritu in gloria dei Patris / Amen.[/gauche][droite][normal]Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre, aux hommes de bonne volonté. Nous te louons, nous te bénissons, nous t'adorons, nous te glorifions, nous te remercions pour Ta Grande Gloire, Ô Seigneur Dieu, Roi des cieux, Dieu le Père Tout Puissant.
Ô Seigneur, Fils unique Jésus Christ; Ô Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père, qui enlève les péchés du monde, aie pitié de nous. Toi qui enlèves les péchés du monde, reçois notre prière. Toi qui es assis à la droite de Dieu le Père, aie pitié de nous.
Car toi seul es saint, toi seul es le Seigneur; Toi seul, Ô Christ, avec le Saint Esprit, Tu es au plus haut dans la gloire de Dieu le Père. Ainsi soit-il.[/normal][/droite][/colonne]

[c] J’ai trouvé une version du Laudate Dominum, elle correspond au Psaume 150 :

[colonne][gauche]Laudate Dominum in sanctis ejus / laudate eum in firmamento virtutis ejus
laudate eum in virtutibus ejus / laudate eum secundum multitudinem magnitudinis ejus.
Laudate eum in sono tubae / laudate eum in psalterio et cithara
Laudate eum in tympano et choro / laudate eum in cordis et organo
Laudate eum in cymbalis bene sonantibus / laudate eum in cymbalis iubilationis
omnis spiritus laudet Dominum.[/gauche][droite][normal]Louez Dieu en son sanctuaire / louez-le au firmament de sa puissance,
louez-le en ses œuvres de vaillance / louez-le en toute sa grandeur.
Louez-le par l'éclat du cor / louez-le par la harpe et la cithare,
louez-le par la danse et le tambour / louez-le par les cordes et les flûtes,
louez-le par les cymbales sonores / louez-le par les cymbales triomphantes !
Que tout ce qui respire loue Yavhé ![/normal][/droite][/colonne]

Tandis qu’une autre correspond au Psaumes 117, vv.1-2 :
[colonne][gauche]Laudate Dominum omnes gentes
laudate eum omnes populi.
Quoniam confirmata est super
nos misericordia ejus
et veritas Domini manet in æternum.[/gauche][droite][normal]Louez le Seigneur toutes les races
tous les peuples louez-le.
Parce qu'il nous a accordé
sa miséricorde
et sa vérité demeure à jamais.[/normal][/droite][/colonne]

[d] Le Laudate pueri Dominum correspond au Psaumes 112 :

[colonne][gauche]Laudate pueri Dominum / laudate nomen Domini.
Sit nomen Domini benedictum / ex hoc nunc et usque in sæculum.
A solis ortusque ad occasum / laudabile nomen Domini.
Excelsus super omnes gentes Dominus / et super cœlos gloria ejus.
Quis sicut Dominus Deus noster /qui in altis habitat
et humilia respicit / in cœlo et in terra ?
Suscitans a terra in opem / et de stercore erigens pauperem.
Ut collocet eum / cum principibus populi sui.
Qui habitare facit sterilem in domo / matrem filiorum lætentem.[/gauche][droite][normal]Louez le Seigneur, vous ses enfants /louez le nom du Seigneur.
Béni soit le nom du Seigneur / maintenant et à jamais.
Du soleil levant au couchant, / que soit loué le nom du Seigneur.
Le Seigneur domine tous les peuples / et sa gloire s’élève au-dessus des cieux.
Qui est comme le Seigneur notre Dieu / qui habite dans les cieux,
Lui qui regarde tout en bas / les cieux et la terre ?
De la poussière il relève le faible / du fumier il retire le pauvre,
Il le fait asseoir / avec les princes de son peuple.
Il fait habiter la femme stérile dans une maison / la mère heureuse de nombreux enfants.[/normal][/droite][/colonne]

Jean-Paul II a-t-il lu Tolkien ? Et pourquoi pas ? ! ;-)) … car il éprouve pour ce cantique le même attachement que le professeur d’Oxford ; voilà ce qu’il écrit 50 ans après Tolkien, en décembre 1994 :

[citation=Lettre du Pape aux enfants en l’année de la famille]« Permettez, chers enfants, qu'au terme de cette Lettre je vous rappelle les paroles d'un psaume qui m'ont toujours ému : Laudate pueri Dominum! Louez, enfants du Seigneur, louez le nom du Seigneur. Béni soit le nom du Seigneur, maintenant et pour toujours! Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur (cf. Ps 112, 1-3)! Tandis que je médite les paroles de ce psaume, passent devant mes yeux les visages des enfants du monde entier, de l'orient à l'occident, du nord au midi. Et c'est à vous, mes petits amis, sans distinction de langue, de race ou de nationalité, que je dis : Louez le nom du Seigneur! »[/citation]

Le moins qu’on puisse dire, c’est que sur de nombreux points, Tolkien avait une sensibilité en parfait accord avec le représentant de l’Église Romaine actuel ; cf. la toute récente lettre encyclique L'Église vit de l’eucharistie que n’aurait pas renié Tolkien tant attaché au Saint Sacrement… quand je vous dit que Jean-Paul II a peut-être lu Toto ;-)

[e] Magnificat : Il s’agit de l’exclamation de Marie rendant visite à Élisabeth (future mère de Jean Baptiste) telle que la rapporte Luc en 1:46-55 :

[colonne][gauche]Magnificat anima mea Dominum.
Et exsultavit spiritus meus: in Deo salutari meo.
Quia respexit humilitatem ancillae suae: ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
Quia fecit mihi magna qui potens est: et sanctum nomen ejus.
Et misericordia ejus a progenie in progenies: timentibus eum.
Fecit potentiam in brachio suo: dispersit superbos mente cordis sui.
Deposuit potentes de sede: et exaltavit humiles.
Esurientes implevit bonis: et divites dimisit inanes.
Suscepit Israel puerum suum: recordatus misericordiae suae.
Sicut locutus est ad patres nostros: Abraham et semini ejus in saecula.[/gauche][droite][normal]Mon âme magnifie le Seigneur:
Et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur.
Car il a regardé: l'humilité de sa servante. Car regarde, à dater de ce jour: toutes les générations me diront bénie.
Car lui qui est tout puissant, il m'a magnifié: et son nom est saint.
Et il a pitié de ceux qui le craignent: à travers toutes les générations.
Il a montré la puissance de son bras: il a humilié l'orgueilleux par la pensée de son cœur.
Il a détrôné les puissants: et il a exalté l'humble et le modeste.
Il a rassasié ceux qui avaient faim: et il a renvoyé le riche les mains vides.
Se souvenant de sa pitié, il a réconforté sa servante Israël:
Comme il l'avait promis à nos ancêtres, Abraham et ses descendants pour toujours.[/normal][/droite][/colonne]

[f] La Litanie Lauretaine/de Loretto est une litanie en l'honneur de la Vierge Marie; on la trouve (Latin/Anglais).

[g] Le Canon de la Messe est le nom donné à la grande prière de la Messe, lors de la liturgie eucharistique, qui va de la Préface (= prologue d’actions de grâces) à la conclusion (= Doxologie, prière à la gloire de Dieu) et qui précède la récitation du Pater (= Mt 6 :9-13). Tolkien semble parler du Canon de la Messe en tant que texte unique ; depuis la réforme de Paul VI, la Prière eucharistique peut être choisie parmi plusieurs versions possibles (comme celles « pour les assemblées d’enfants », « pour les grands rassemblements »…)
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)