08-06-2003, 18:47
Sosryko :
Comme je l'ai précisé, je n'ai rien contre les Lettres en soi, mais estime que, toutes éclairantes qu'elles puissent être, chacune d'entre elles n'éclaire qu'une facette du personnage, et se colore nécessairement de la personnalité du lecteur à qui elle est destinée. Bref, il est nécessaire de les considérer dans leur contexte pour n'en pas forcer le sens. Ceci fait, elles sont naturellement très utiles.
Je précise bien d'ailleurs que je n'ai lancé cette idée que pour mémoire, à titre général. Je dois avouer ne pas me souvenir d'avoir réellement lu avant (vu peut-être) les lettres en question.
Elles sont précieuses pour comprendre l'homme et sa foi. Je partage néanmoins certaines... réserves (le mot n'est pas bien exact) de Mj : si doutes il avait, ce n'est pas dans cette lettre d'ailleurs magnifique qu'ils sont le plus susceptibles de s'exprimer.
"Manipuler", voilà un terme fort, connoté franchement négativement, et qui ne saurait convenir. Mais la volonté de conseiller dans le sens qu'il croit bon est par contre bel et bien là. Je parlerai plutôt d'influence – qui peut être éminemment respectable.
Par ailleurs, je ne suis pas d'accord avec la fin de cette phrase, qui poussée à bout ferait accroire que le contenu de l'oeuvre ne peut que concourir à confirmer la solidité de la foi de Tolkien. Je n'en suis pas convaincu ; il me paraît toujours possible que certains textes reflètent des incertitudes, des doutes, pas nécessairement bien conscients (ni acceptés). Je n'ai hélas ni le temps ni probablement les capacités pour le démontrer.
Dont acte. Il me paraîtrait juste d'examiner en même temps les failles.
Merci en tout cas pour cette étude précieuse sur l'homme et sa foi, qui permettra effectivement de moins parler dans le vide.
Círdan :
Je vais encore faire un hors sujet, mais je ne suis pas du tout d'accord :) Une leçon que nous livre le XXe siècle, c'est la nécessité de prendre humblement mesure de la petitesse et de la faiblesse de l'homme, de laquelle nous n'avons que trop tendance à détourner complaisamment le regard. Non qu'elle soit particulièrement désirable ni admirable, mais elle est, et nous devons faire avec. Elle nous est consubstantielle, et je ne trouve pas qu'il y ait à porter de jugement moral dessus.
La volonté est nécessaire à notre vie même est, et quand elle vient à faire défaut, c'est la dépression qui surgit. Pour autant, s'imaginer qu'elle suffit toujours surmonter la souffrance est illusoire : c'est mésestimer la force de la bête qui sommeille sous le mince manteau de la conscience, et nous présumer faussement comme des êtres purement rationnels et domptables. La volonté peut suffire, mais cela suppose un terrain favorable qui est largement un concours de circonstances que nous ne contrôlons pas. L'élévation peut être objet d'admiration si elle est menée par rapport à soi-même ; elle peut aussi reposer sur l'abaissement d'autrui, et il est douteux qu'une telle victoire ou prétendue telle soit à souhaiter. Là, l'exaltation de la force de volonté me semble lourde de dangers...
Cordialement,
Moraldandil
Comme je l'ai précisé, je n'ai rien contre les Lettres en soi, mais estime que, toutes éclairantes qu'elles puissent être, chacune d'entre elles n'éclaire qu'une facette du personnage, et se colore nécessairement de la personnalité du lecteur à qui elle est destinée. Bref, il est nécessaire de les considérer dans leur contexte pour n'en pas forcer le sens. Ceci fait, elles sont naturellement très utiles.
Je précise bien d'ailleurs que je n'ai lancé cette idée que pour mémoire, à titre général. Je dois avouer ne pas me souvenir d'avoir réellement lu avant (vu peut-être) les lettres en question.
Elles sont précieuses pour comprendre l'homme et sa foi. Je partage néanmoins certaines... réserves (le mot n'est pas bien exact) de Mj : si doutes il avait, ce n'est pas dans cette lettre d'ailleurs magnifique qu'ils sont le plus susceptibles de s'exprimer.
Quote:Et sa foi proclamée et affirmée dans ses lettres ne l’est pas pour manipuler ses fils mais bien pour leur transmettre le [emphase]« bon dépôt »[/emphase] (2Tm 1:14) ; aussi elle ne saurait être minimisée (et pourquoi pas balayée) par ce qu’il a écrit dans son Légendaire, sachant que ce qu’il a écrit peut confirmer et éclairer cette foi (mais non la diminuer).
"Manipuler", voilà un terme fort, connoté franchement négativement, et qui ne saurait convenir. Mais la volonté de conseiller dans le sens qu'il croit bon est par contre bel et bien là. Je parlerai plutôt d'influence – qui peut être éminemment respectable.
Par ailleurs, je ne suis pas d'accord avec la fin de cette phrase, qui poussée à bout ferait accroire que le contenu de l'oeuvre ne peut que concourir à confirmer la solidité de la foi de Tolkien. Je n'en suis pas convaincu ; il me paraît toujours possible que certains textes reflètent des incertitudes, des doutes, pas nécessairement bien conscients (ni acceptés). Je n'ai hélas ni le temps ni probablement les capacités pour le démontrer.
Quote:Voilà ce que je recherchais avant tout en ouvrant ce fuseau : initier un inventaire de toutes les affirmations de foi de Tolkien.
Dont acte. Il me paraîtrait juste d'examiner en même temps les failles.
Merci en tout cas pour cette étude précieuse sur l'homme et sa foi, qui permettra effectivement de moins parler dans le vide.
Círdan :
Quote:On y découvre un homme dans toute sa faiblesse, certes. Mais ce n'est certainement pas ce qui fait sa grandeur. Je dirais même à l'opposé que c'est dans la force d'un homme qu'on rencontre sa grandeur. Depuis ce triste XXième siècle, on ne cherche plus qu'à louer la faiblesse, le "touchant", alors que dans cette jungle de vie, si j'ose dire ,c'est bien la discipline, la solidité qui permet de vivre (et d'aider ses proches). Je ne comprends pas cet attrait apparemment si nécessaire pour la faiblesse. Oui, c'est bien la fameuse gloire de ce dernier siècle - mais il a passé - que de chercher systématiquement à nous faire croire combien la faiblesse est ce qu'il y a de "grand" dans l'homme, dans la mesure où elle est ce qu'il y a de plus accessible. Or c'est le rare, l'improbable qu'il faut admirer ! Hélas, les hommes qui se battent et émergent de la mare sombre et si commune de la défaite ne sont plus des exemples...
Je vais encore faire un hors sujet, mais je ne suis pas du tout d'accord :) Une leçon que nous livre le XXe siècle, c'est la nécessité de prendre humblement mesure de la petitesse et de la faiblesse de l'homme, de laquelle nous n'avons que trop tendance à détourner complaisamment le regard. Non qu'elle soit particulièrement désirable ni admirable, mais elle est, et nous devons faire avec. Elle nous est consubstantielle, et je ne trouve pas qu'il y ait à porter de jugement moral dessus.
La volonté est nécessaire à notre vie même est, et quand elle vient à faire défaut, c'est la dépression qui surgit. Pour autant, s'imaginer qu'elle suffit toujours surmonter la souffrance est illusoire : c'est mésestimer la force de la bête qui sommeille sous le mince manteau de la conscience, et nous présumer faussement comme des êtres purement rationnels et domptables. La volonté peut suffire, mais cela suppose un terrain favorable qui est largement un concours de circonstances que nous ne contrôlons pas. L'élévation peut être objet d'admiration si elle est menée par rapport à soi-même ; elle peut aussi reposer sur l'abaissement d'autrui, et il est douteux qu'une telle victoire ou prétendue telle soit à souhaiter. Là, l'exaltation de la force de volonté me semble lourde de dangers...
Cordialement,
Moraldandil

