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La foi de Tolkien
#23
Il semble qu'à chaque fois que l'on parle d'espérance ou d'optimisme chez Tolkien, certains y voient un, optimisme béat, une espérance sans limites dépassant largement les limites de la rationalité, certains termes comme le montrent sosryko dans son dernier post sont volontairement négatifs :
Quote:« béatement anesthésié dans les fumées du pro Deo »… « béatement », « anesthésié », « fumées » …Plus loin, tu traites la foi de Tolkien, catholique pratiquant, attaché au Saint Sacrement, de « pathologique » ; ensuite, cette foi devient « la foi religieuse » en général, qui, « on l’accordera Hegel » est « par essence inquiète »…
>Voilà un point de vue qui dépasse largement toute attitude « carnassière », ne crois-tu pas ?

Il faut me semble t'il recadrer quelque peu la discussion, et comprendre exactement ce qu'est l'optimisme chrétien et la vertu d'espérance pour comprendre exactement la foi de Tolkien: optimisme parce que le chrétien doit voir toujours vers l'avenir avec espoir de façon active, sans détourner ses yeux d'un but ultime la perfection: "Omnia in bonum" tout pour le bien: la mort de sa mère, la mort de sa femme, la vie pauvre qu'il a vécu...toutes ces choses arrivent pour un bien quelconque: parce qu'ainsi comme il le dit dans le Silmarillion le monde est plus beau, la vie vaut plus la peine d'être vécue (Le livre des contes perdus) le mystère du mal est présent pour embellir le Monde (Arda) par toute l'espérance que les Hommes pourront mettre en Eru: l'espérance est une vertu elle s'exerce, elle ne se vit pas de façon passive: on garde l'espoir malgré les difficultés parce que c'est un devoir, non parce qu'on ne peut faire autrement, ce n'est pas psychologique c'est une activité (tel un sport) parce que comme le dit St Paul c'est ainsi que l'on gagne [emphase]« la couronne de gloire »[/emphase] : il me semble que cette couronne Tolkien l'a obtenue parce que sa vie a été particulièrement dure tant du point de vue psychologique que matérielle. Ce n'est pas un simple stoïcisme, c'est volonté que de voir dans tout ce qui se passe la volonté divine, la Providence, parce que tout concours au Bien: c'est là que l'on voit foi de Tolkien. Il ne s'agit pas d'être "béatement anesthésié" (contrairement à ce que l'on pense couramment aujourd'hui: le religion N'EST PAS l'opium du peuple...). La foi de Tolkien lui a permis de garder les pieds fermement ancré sur terre, quand d'autres auraient lâché prise et se seraient laissés aller. Il y a chez Tolkien me semble t'il une confiance vivante en Dieu, qui peut tout, il peut remodeler des destins (comme il a remodelé Arda au 2nd âge.)

Quote:minimiser la souffrance d’autrui, caractéristiques de la tradition chrétienne

Le crois tu vraiment Cathy: crois tu que la tradition chrétienne chercher tellement à minimiser la douleur d'autrui: n'a tu jamais vu ces statues que l'on appelle "Pietà"? (c'est là pour te montrer un simple exemple): la plus connue je pense est la Pietà de Michel Ange, on y voit toute la douleur que peut ressentir la Sainte Vierge en voyant son propre fils mort dans ses bras. Et la scène où l'on voit St Jean et la Sainte Vierge (il me semble que c'est dans l'Evangile de St Jean justement): la douleur se lit...on a peine à imaginer ce que peut ressentir la mère du Christ à ce moment. Et de même l'Histoire du Christianisme est une Histoire de douleur énorme, le simple rappel chaque année de la Passion est une période de grand douleur pour chaque chrétien...chaque perte d'un être cher est perçue comme la perte du Christ lui-même: mais justement c'est dans cette optique qu'un chrétien tel que Tolkien voit cela: il ne minimise pas la douleur, il la sublime: il se rend compte que sa douleur n'est que la composante d'un projet énormément ambitieux dont l'issue ne dépend pas de lui: comment l'expliquer: la vie vaut plus la peine d'être vécue...parce qu'un monde sans douleur serait sans doute un monde moins glorieux que le monde sur lequel nous vivons. Il ne faut pas penser que parce que Tolkien ne se laisse pas aller à une perte de confiance en Dieu, il n'ait pas de sentiments: c'est faux. Au contraire: parce qu'il éprouve des douleurs, il s'en remet complètement en Dieu et lui fait totalement confiance. Sa foi en sort renforcée non parce qu'il a mis la douleur de côté mais parce qu'il l'a intériorisé, et qu'il lui a donné une portée toute autre que celle qu'un homme non croyant lui aurait donné: en bref une portée que l'on appellera "surnaturelle".

La foi catholique n'est pas si simple à cerner que l'on puisse la définir par un simple qualificatif du genre "inquiète" c'est toujours facile à un athée de l'analyser sous toutes les coutures et de la définir par quelques adjectifs réducteurs, qui sonnent bien à l'oreille.

Mais bon, je me rend une nouvelle fois compte que j'envoie sur le forum un sermon entier dont les termes seront parfois un peu secs...veuillez m'en excuser...

JB
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