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La foi de Tolkien
#32
Ai na vedui Barwain ! Mae govannen !

C'est un plaisir que de te voir de retour, Vinyamar !

J'approuve sans réserve ton appel à s'ouvrir aux visions des autres et à réaliser la richesse de sens de l'oeuvre de Tolkien, de quelque côté que nous nous trouvions... et à éviter, dans la mesure du possible, de nous placer dans des catégories rigides. Je dis bien dans la mesure du possible, car je ne me fais pas trop d'illusions non plus : créer des catégories fait partie de la façon dont travaille notre esprit, et nous ne pourrons y échapper complètement. Mais nous pouvons du moins en prendre conscience et tâcher d'en limiter les effets.

Je voudrais justement, s'il se peut, ranimer l'espoir que nous puissions arriver à nous entr'écouter, sinon à nous entendre. Ton message, Vinyamar, m'a paru broder quelque peu autour du proverbe "il n'est pire sourd que celui qui ne veut entendre". Eh bien, il est aussi des sourds qui souhaitent être appareillés, même s'il ne sont pas entièrement sûrs d'apprécier ce qu'ils entendront. Mais ce n'est qu'après avoir ouï qu'ils pourront en juger :-) Continue, Sosryko, ton travail est utile et apprécié !

Je reviendrai - tout de même - sur plusieurs passages :

Vinyamar Wrote:J'adore tout particulièrement les morceaux comme "inconsciemment" ou "pas bien conscients","refoulés" ou "pas acceptés", "pas dit mais tel silence en dit plus long"... et tutti quanti.

Ne sous-estimerais-tu point la force de déni que nous sommes capables de mettre en place pour occulter ce qui nous déplaît et éviter de nous remettre en cause ? Je ne vois pas de raison a priori pour exempter Tolkien de cette aptitude, et j'ai dans l'idée que si doutes il a eu, ç'a dû être pour lui un séisme capable de lui en faire refouler des éléments. Cela dit, je dois avouer honnêtement que je n'ai pas creusé l'affaire.

Quote:[citation]« Car les enfants, dit [Andrew Lang], sont innocents et aiment la justice; alors que nous sommes pour la plupart mauvais et préférons naturellement la miséricorde ».(...) [Mais] il s'appliqua dans l'un de ses propres contes de fée à défendre le meurtre du Nain Jaune par Prince Ricardo.(...) Il envoie les criminels (et il s'en vante) à la retraite avec une bonne pension. C'est là de la miséricorde non tempérée de justice.(...) On a là un petit exemple de la falsification des valeurs qui en résulte (du fait que les parents classent ensuite les contes au rang des Juvenilia)[/citation]

L'idée des enfants "innocents", on en est un peu revenu, non ? Je vois surtout dans la miséricorde préférée par les adultes à la justice le résultat de l'apprentissage de la compassion et de leur propre faillibilité (tout aussi, voire plus présente chez les enfants, j'insiste). En quelque sorte, ils ont appris à refuser de lancer la première pierre. Il faudrait que je relise "On Fairy Stories" (je ne l'ai pas fait avant de rédiger ceci), mais il me semble me souvenir que Tolkien avait une vision moins idéalisée de l'enfant : il refusait la sorte de condescendance dont font preuve certains adultes, mais disait aussi ce me semble que c'étaient des êtres en devenir, encore très partiellement formés, pas "supérieurs" à l'adulte ? Le contexte, le contexte ! :-)
Par ailleurs, si Tolkien a vraiment voulu dire que l'on apprécie une oeuvre littéraire d'autant plus qu'on l'approuve moralement, ce que tu sembles reprendre en disant que

Quote:ils ne sont pas convaincus, mais [ils] ne veulent surtout pas l'être (ce n'est heureusement pas le cas de tout le monde) ce serait trop dérangeant de voir nos certitudes sur lesquelles nous avons bâti notre amour pour Tolkien s'écrouler complètement

— je note bien cependant la restriction, et l'apprécie — alors je désapprouve. Je ne vois guère de lien nécessaire entre valeur littéraire et valeur exemplaire ou morale, et pense que chacun pourra trouver des exemples dans sa propre expérience de lecture. Pour caricaturer un rien, si la littérature était morale, ça se saurait.

Et puis décidément :

Quote:Cirdan

Quote:On y découvre un homme dans toute sa faiblesse, certes (...)

Bravo !!! Bravo !!! Et encore Bravo !! (sérieusement, ou cas où tu doutes) J'acclame debout, On dirait un de ces précieux passage dans ces livres sans intérêt qui illuminent soudain la nuit comme une étoile filante, et on comprend d'un seul coup pourquoi on nous a conseillé de le lire, à cause d'un seul petit passage foudroyant au milieu des ténèbres d'inanité du reste (je ne désigne pas le reste du fuseau!), et qui nous marque d'autant plus.

Je maintiens fermement mon désaccord :) L'idée de la force de volonté comme barre pour se sortir des difficultés, soit, mais sans occulter les limites (assez étroites) que notre contrôle a dessus et ses insuffisances ; par exemple, elle peut mener un individu à trop se brider, ce qui peut aboutir à des conflits psychiques difficilement résolus sans aide d'autrui . La volonté est un outil, pas une fin, et il ne me paraît pas approprié de porter un jugement moral dessus ; l'exalter, et par là assez nécessairement condamner ceux chez qui elle manque ou ne suffit pas, me dérange. Vraiment. Je ne veux pas dire qu'elle n'est pas souhaitable, mais c'est quelque chose de très différent de dire qu'elle est admirable.
Je m'arrête là, ne pouvant que me répéter sans plonger plus profondément dans le hors-sujet, ce pour quoi le temps manque de toute façon...

Cordialement,
Moraldandil
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