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La foi de Tolkien
#34
Mj, l'idée de faiblesse est à voir complètement différemment si l'on veut comprendre la conception que s'en font les chrétiens :

  1. Il n'y a pas de surhomme, même le saint est faible, et le Christ nous dit que même le juste pèche 77 fois 7 fois dans une même journée.
  2. Nous possédons tous une faiblesse issue du péché originel (le péché d'orgueil, péché d'opposition à Dieu).
  3. la faiblesse ne veut pas forcément dire incapacité, mais un certain handicap pour ce qui est d'accomplir les bonnes actions. On peut mettre toute notre bonne volonté quand nous voudrions faire le meilleur bien possible nous n'y arriverions que partiellement à cause de cette faille qu'est le péché. Ainsi Tolkien comme tous les hommes croyants a t'il pu douter, mais il s'en sortait parce qu'il savait d'où venait ce doute, il chassait ces pensées et faisait confiance en Dieu. Il ne s'agit pas d'intérioriser ou de refouler ces doutes, au contraire de faire en sorte de comprendre d'où ils viennent et ensuite de reprendre confiance en luttant sur le point précis par une lecture ciblée par exemple ou un bon conseil opportun.
  4. Nous sommes TOUS faibles: nous ne pouvons pas dire que nous observons le faible se débattre dans ses difficultés. Cela ne veut pas dire qu'il ne puisse y avoir une entraide des Hommes faibles entre eux. La conception nietzschéenne du "surhomme" m'a toujours semblé absurde, comme s'il y avait des Hommes meilleurs que d'autre des hommes parfaits en ce monde; la perfection justement s'acquiert dans la lutte. C'est en cela qu'on s'imagine mal Tolkien douter parce que c'était une forte personnalité, qu'il avait une foi bien trempée. Il a eu sans doute des périodes de questionnement, mais jamais un doute à lui faire perdre sa foi. On peut douter en gardant sa foi je pense, il ne s'agit pas d'une remise à zéro de toutes nos conviction, mais plutôt d'une recherche d'une foi mieux fondée en raison. C'est en cela que je vois le doute de Tolkien, un doute pour mieux comprendre. Nombreux sont ceux qui ont perdu la foi par manque de formation, qui au premier choc venu se sont trouvé désemparés et ont abandonné la lutte. Au contraire Tolkien avait une excellente formation chrétienne (n'oublions pas qu'il a été quasiment éduqué par un prêtre, sa connaissance des Écritures et des Œuvres de spiritualité est imposante)

M'est avis que quand Cirdan ou Vinyamar parle de force de l'homme ils parlent de force d’âme, qui peut très bien cohabiter avec la notion de faiblesse ainsi Boromir ou encore mieux Frodo ou même Aragorn: il vainquent leur faiblesse (Frodo de façon involontaire sans doute, mais tout de même, son action est à louer)
J'approuve Cirdan quand il dit que "c'est le rare, l'improbable qu'il faut admirer " Evidemment!!! Comment l'Eglise pourrait elle dire que certains hommes sont saints s'il n'avaient vécu leur vie de façon héroïque! Il faut sortir du rang, être un chef...pas un surhomme mais un héros. Quelle différence? Le surhomme ne vit que pour lui et son désir de puissance, le héros ou le saint (comparables chez Bergson) vivent pour les autres tout en ayant à souffrir leur lutte: qu'admirent le plus Tolkien et les autres chrétiens chez le Christ à votre avis: l'agonie sur le Mont des Oliviers en elle même ou le moment où il dit: "non pas ma volonté mais la tienne".
Tout chrétien aime la force (d’âme), mais pas l'orgueil, car ce qui différencie le surhomme du saint c'est cela même.

JB
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