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La foi de Tolkien
#43
Lambertine Wrote:De même, en ce qui concerne les plus démunis - dont j'ai fait partie à une certaine époque de ma vie et que j'ai donc pu fréquenter "de l'intérieur", si j'ose dire - il est parfaitement honorable d'être de leur côté et de vouloir les défendre, mais s'il y a parmi eux des gens merveilleux, il y a aussi de francs salauds, et leur "faiblesse sociale" n'excuse pas toujours - et souvent pas du tout - leurs fautes.

ça me fait penser au dernier Lars von Trier, Dogville, cette remarque, c'est un des enjeux de la discussion finale (et de l'épouvantable fin du film). Grace "excuse" au départ les horreurs qu'elle subit par la pauvreté sociale et, pour elle, en conséquence morale, des gens de Dogville ... Excuse qui vole en éclats à la fin du film, mais de manière absolument désespérée.

je suis assez surprise depuis le début de ce débat sur les faibles et les forts : je n'ai pour ma part jamais eu l'impression d'une apologie de la faiblesse comme faisant la grandeur de l'humanité, à quelqu'époque que ce soit de notre société. Il y a eu une prise de conscience - notamment grâce à l'approche psychologique - que le "culte de la force" a pu faire d'énormes dégâts chez les personnes, n'acceptant ni leurs limites ni celles des autres. cela n'a jamais débouché sur un "culte de la faiblesse" ; l'effet pervers le plus net a été un égoïsme croissant consistant à dire "je suis comme ça et pas autrement, tant pis pour les autres", mais pas une assimilation de cette faiblesse à une grandeur, plutôt une indifférence devant la valeur morale. c'est tout aussi dangereux pour notre société, d'ailleurs, mais c'est différent d'une idée que la faiblesse est ce qui fait la grandeur de l'homme. là où cette remarque prend une épaisseur intéressante, c'est quand elle invite à la tolérance et à l'ouverture vers des formes de dépassement de soi qui ne sont pas celles d'un "homme fort" idéal qui ne faillit jamais, mais d'un homme faible qui se relève toujours. accepter l'échec n'est pas encore une attitude couramment reconnue comme honorable, alors que bien souvent, cela relève d'une véritable force morale. oui, je suis d'accord avec Vinyamar, Cirdan et les autres qui disent que c'est sa force qui fait la grandeur de l'humanité : mais cette force n'est humaniste que si elle envisage la faiblesse, la sienne et celle des autres, comme une source de compassion.
ça me fait vraiment penser à Dogville, tout ça, décidément !

Vinyamar Wrote:alors j'avais vu aussi cet article, et ne l'avais même pas fini en voyant qu'ils parlaient du film, et qu'ils ne connaissaient manifestement pas trop leur sujet. Ça m'a bien agacé, surtout qu'il me semble qu'il mettaient Harry Potter dans le panier chrétien aussi (alors qu'il ne faut pas abuser quand même).

deux petites remarques :
d'abord, s'il faut connaître le SDA sur le bout des doigts et en faire une lecture chrétienne poussée comme celle que nous pouvons faire parfois ici, pour considérer que sa lecture défend des valeurs qui le sont également dans l'évangile, cela limite fortement la portée de l'oeuvre comme celle des évangiles, accessibles aux plus petits, l'un et l'autre. quand le SDA prône la compassion (face à Gollum), la rédemption (Boromir), l'espérance (les 9 marcheurs en général, Merry, Sam, Pippin en particulier), le sacrifice de soi (Frodo bien sûr), nul besoin de repérer toutes les références théologiques contenues dans l'oeuvre pour trouver que c'est une lecture que de jeunes chrétiens peuvent faire avec profit. en gros, c'était ça l'idée (et là, qu'on parle du film ou du livre n'a en gros pas d'importance à mes yeux, mais là je sais qu'on n'est pas d'accord ;-) ).
à propos d'Harry Potter, que j'ai lu et vu, même chose : le contenu est très loin d'un propos diabolico-ésotérico-païen que certains y ont vu, le patriarche d'Athènes, suivi par son collègue chypriote, ayant demandé aux parents de retirer cette lecture à leurs gosses. une lecture d'ado qui dit qu'on peut risquer sa vie pour ses amis, que l'amour est plus fort que la mort, me semble plutôt à encourager. mais là on n'est pas sur un plan théologique, simplement sur un plan général rappelant que certaines valeurs sont à développer et que la position de repli défensif et erronné de certains milieux religieux est plus condamnable que l'écriture d'une histoire de sorcier ou la mise en images de semi-hommes aux pieds poilus. vu comme ça, mettre le SDA et HP "dans le même sac" n'est pas dénué de sens. en ce sens, la prise de position de l'OR me plaît, rappelant que c'est parfois dans les choses simples qu'on trouve le plus de chances de grandir en humanité (oui, j'estime qu'un ado de 14 ans qui dévore le 4è tome d'HP peut y trouver matière à grandir ...) et que l'imagination n'est pas l'ennemie de la foi.
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