Vinyamar Wrote:Parler de choses inconscientes chez un auteur pour justifier ce que nous voulons en dire est une arme suprême et creuse contre laquelle on ne peut rien répondre ni l'auteur lui-même. Mais revoir à ce sujet le fuseau psychocritique.
Je crois saisir ce que tu veux dire. Je suis d'accord que notre connaissance de l'inconscient d'un auteur est faible. Faible, pas nulle ; il n'est pas improbable d'en discerner des échos dans l'œuvre, mais le problème est bien dans l'interprétation qu'on en fait, et là, effectivement, il est aisé de ne retenir que ce qui soutient son point de vue. Le pire est peut-être que ce n'est même pas forcément par malhonnêteté, mais par l'effet inévitable de notre point de vue qui ne peut être que biaisé. A partir du moment où l'on interprète, on est dans l'hypothétique, le plus ou moins probable… guère dans le réfutable ; de ce fait elle ne peut en aucun cas servir d'Explication unique (pas plus que toute autre méthode ; malheureusement cette prétention fleurit trop souvent).
Pour la référence au fuseau Psychocritique, je ne suis qu'à moitié d'accord. C'est un fuseau très intéressant, il a un rapport certain avec notre sujet, et gagne fort à être relu, ce que j'ai fait avec grand intérêt. Mais il est centré sur les récits et sur la pertinence de la psychocritique dans leur éclairage. Or, il me semble que dans ce fuseau, il est plutôt question de l'auteur et de sa foi, de ses doutes possibles, de la façon dont ils ont pu s'exprimer et comment nous pouvons les déceler (si nous le pouvons). Ce n'est plus exactement le même objectif. S'il est vraiment question de comprendre l'homme Tolkien, peut-on se passer de quelque interprétation psychologique, sans en sous-estimer les aléas ?
Enfance et innocence
Merci d'avoir précisé ! Je sentais bien que la citation de Lang était à prendre avec prudence dans ce contexte.
Morale en littérature
Vinyamar Wrote:Mais je suis bien d'accord avec toi, la littérature MODERNE n'est pas d'abord morale. Mais je pense que c'était moins vrai autrefois.
Je ressens aussi de mon côté une tendance à se placer dans l'amoralité (sans sens formellement négatif : je veux dire "en dehors des notions de morale") dans une certaine littérature moderne… mais pour être peut-être moins visible, elle me semble discernable aussi dans les siècles passés. Mais ici je ne suis pas le plus versé en cette matière ;-)
Ta distinction entre appréciation purement littéraire et appréciation plus entière liée à l'approbation morale est intéressante, mais je dois dire que je ne la ressens pas en moi de façon bien claire (Les Fleurs du mal me touchent profondément, et je ne pense pas que ce soit par approbation morale).
Volonté, force et faiblesse
Bon, je me suis peut-être laissé un peu emporter. A vrai dire, j'ai quelques raisons personnelles d'avoir été assez échauffé par le ton que prenait cette discussion, mais je ne vais pas m'étendre dessus : c'est un élément d'explication, pas une excuse. Je remarque que les échanges de Mj et Lambertine ont été bien plus constructifs… à partir du moment où l'on se crispe - comme moi - sur une position, il devient impossible de progresser.
Pour être clair (espérons !) : pas plus que la force de volonté, il ne me paraît souhaitable d'idéaliser ou plus encore d'admirer la faiblesse, mais il faut cependant se garder de la condamner moralement en soi. Il est pourtant vrai, comme le remarque Lambertine, qu'on la voit parfois passer du rang d'explication - attitude légitime, qui permet de comprendre - au rang d'excuse, ce qui est abusif et peut aboutir à tout cautionner.
Le courage est effectivement digne d'admiration, et il nécessite bien force de volonté ; mais cette dernière peut aussi bien pousser à la témérité et à la présomption (voir Túrin, pour rester un tant soit peu chez Tolkien !). Ce n'est donc pas elle qui est admirable, mais les résultats qu'elle permet. Et effectivement, en y revenant, ceci peut se lire aussi dans le message de Círdan, quoique point aussi nettement. Mais la mésinterprétation est de mon fait.
[small]Petite parenthèse hors sujet (encore !) : j'ai le sentiment que le principe même des forums tend à favoriser l'incompréhension, en brouillant les repères. Il mêle en effet les codes de l'oral – l'échange, la réponse (assez) rapide, la dérive naturelle du sujet de conversation – et de l'écrit – l'impossibilité de la correction immédiate, la permanence, dans une certaine mesure la structure.[/small]
Vinyamar Wrote:Sauf sur un point: Exalter le courage ne veut pas dire que l'on condamne nécessairement ceux chez qui elle est insuffisante. c'est une attitude radicale assez répandue et qui m'étonne énormément que de considérer qu'une opinion exprimée dénie toute autre conception.
J'aimerais être d'accord, mais je ressens toujours une gêne vis à vis du mot "exalter", qui suppose élever (et par là éloigner du sort commun) tout en proposant à l'admiration et à l'imitation, dessinant nécessairement en creux ce qu'il faut éviter. Il est vrai toutefois qu'éviter n'est pas condamner – malheureusement, confondre les deux est courant, comme tu le remarques.
Tes précisions toutefois me laissent penser que la source du désaccord tient en partie dans les associations différentes que nous inspirent les mots.
Cordialement,
Moraldandil

