Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Le sens du Conte
#7
@ Yyr : Tu aurais dû traduire la petite intro à cette fameuse lettre 142, assez éclairante pour comprendre la réponse de Tolkien sans s’arracher les cheveux ;-)) Je t’en laisse donc l’initiative afin d’apaiser Mj ;-))

Yyr Wrote:[citation]Car l’élément religieux est absorbé dans l’histoire et le symbolisme.[/citation]

J’ignore si cela est difficile à comprendre ; pour un étoilé, c’est l’évidence même.

En effet, l’évidence même :-) On est dans un monde préchrétien et pour les croyants, toutes les formes, antérieures à la Révélation, de l’adoration, des terreurs ou des espoirs métaphysiques sont une aspiration à la vérité, une intuition humaine des mystères encore irrévélés (ex les traits christiques chez Gandalf, Aragorn et Frodo, ceux de Marie chez Galadriel et Elbereth/Varda, Lady of the Stars ….).

Quote:Pour certains contes, le sens est dans ce qu’il *produit*, non dans ses matériaux

C’est bien l’avis de Tolkien ;-)) in Faërie qui insiste sur ce point :

[citation=Faërie, Des enfants]quelles sont les valeurs et les fonctions de ce genre ? C’est là … la plus importante question[/citation]

A ce propos, selon Eliade (Aspects du Mythe), le sens du conte, dès ses origines, révèle un certain comportement de l’homme à l’égard du sacré. Mais à la différence du mythe et de la saga,

[citation=Eliade, Aspects du Mythe, p.245][il y a dans le conte] camouflage des motifs et des personnages mythiques …dégradation du sacré … si dans les contes les dieux n’interviennent plus sous leurs propres noms, leurs profils se distinguent encore dans les figures des protecteurs, des adversaires et des compagnons du héros. Ils sont camouflés … déchus – mais ils continuent de remplir leur fonction.[/citation]

On en avait déjà parlé ailleurs avec Nikita.
Plus loin, Eliade ajoute :

[citation=Ibid., pp.246-247]… Devenu en occident, et depuis longtemps, littérature d’amusement … le conte merveilleux présente néanmoins la structure d’une aventure infiniment grave et responsable, car il se réduit, en somme, à un scénario initiatique … son contenu … porte sur une réalité terriblement sérieuse : l’initiation, cad le passage, par le truchement d’une mort et d’une résurrection symboliques, de la nescience et de l’immaturité à l’âge spirituel de l’adulte. La difficulté est de dire quand le conte a commencé sa carrière de simple histoire merveilleuse décantée de toute responsabilité initiatique.[/citation]

Tolkien, qui cherche à réhabiliter le conte dans ce sens (la preuve, le SdA), est bien du même avis.

Quote:Vous n’allez tout de même pas sous-entendre en plus que cela s’est fait avec l’action de l’Esprit Saint ? Comment ça et pourquoi pas ???

Il me semble que j’en avais déjà dit un mot ailleurs ;-))

Dans plusieurs lettres, Tolkien précise qu’il n’invente pas ses histoires,

[citation=Lettre 131 (traduction par Eruvike in Conférence)]elles me vinrent à l’esprit comme si elles m’avaient été ‘données’ … J’ai pourtant toujours eu conscience de mettre par écrit ce qui était déjà ‘là’ qq part, et de ne pas ‘inventer’.[/citation]

C’est l’impulsion divine qui suranime sa plume (L113, p.126), ailleurs il se présente comme un instrument, imparfait, de la providence (L328, p.413).

[citation=L180 , p.231, 1956]I have long ceased to invent … I wait till I seem to know what really happened. Or till it writes itself.[/citation]

Tolkien se considère comme un subcréateur, participant à l’enrichissement de la Création, à la manière des Valar, ces dieux artisans qui façonnent et élaborent à partir de la matière préexistante (Bach aussi se considérait humblement comme artisan de Dieu et non artiste) ; notre professeur distingue entre création et élaboration dans son Légendaire, [emphase]« la création … est l’acte de la volonté d’Eru, l’Un qui donne réalité à ses pensées, et l’élaboration, qui est permise »[/emphase] (p.721, Conférence). Notons également que le don d’Eru aux Elfes est le don de subcréation à la gloire de la Création : [emphase]« Que les Quendi soient les plus belles des créatures terrestres, qu’ils possèdent et imaginent et fassent apparaître plus de beauté que tous mes autres Enfants… »[/emphase] (Silm, p.48).

Et finalement le plus beau des contes de fées est celui du Christ car [emphase]« cette histoire est entrée dans l’Histoire et le monde primaire »[/emphase] (Faërie, épilogue). Pour Tolkien le cœur du Christianisme est un mythe qui est aussi un fait et Lewis de renchérir :

[citation=C.S. Lewis, Essays on Theology and Ethics, p.66]The old myth of the Dying God, without ceasing to be myth, comes down from the heaven of legend and imagination to the earth of history.[/citation]

Pour conclure, disons que dans une perspective chrétienne, la créativité humaine est la créativité divine en l’homme. Le philosophe Fichte exprime bien cette philosophie de la créativité divine en l’homme : [emphase]« tout le nouveau, le grand et le beau qui est venu au monde depuis le commencement du monde et qui viendra en lui jusqu’à la fin, est venu et viendra en lui par l’Idée divine qui s’exprime en se particularisant dans des individus élus »[/emphase] et cette élection apparaît dans l’acte de l’homme qui [emphase]« par la liberté suprême renonce à sa liberté et indépendance propre »[/emphase], cad l’humanisme chrétien met la grandeur de l’homme dans son humble renoncement à lui-même, et identifie la suprême manifestation de la créativité humaine à l’extrême passivité dont la liberté de l’homme s’est rendue capable en se laissant porter sans réticence par la grâce.
Cette philosophie religieuse se rencontre déjà dans des philosophies païennes (Platon, Aristote …).

Mais je suppose (j’espère) que comprendre cela n’est pas spécialement réservé à une élite, chers messieurs ;-))

Mais prudence ;-))

Dans une petite note à propos des Ents (L, p.211-212), lorsque Tolkien précise qu’il ne les a pas inventés consciemment, il ajoute immédiatement que rétrospectivement dans une démarche analytique, qu’ils sont les fruits de la philologie, de la littérature et de la vie réelle : [emphase]« … I did not consciously invent them at all … I was not inventing but reporting (imperfectly) … but looking back analytically I should say that Ents are compsed of philology, literature, and life ... »[/emphase]

Il me semble alors que l’on ne doit pas juger la valeur esthétique d’une œuvre sur sa vérité philosophique ou ses intentions morales. L’artiste n’est pas un messager. Ce n’est pas l’engagement d’une œuvre, sa mise au service de qq idéal moral, politique, religieux qui constitue sa valeur proprement artistique. Tolkien nous met aussi en garde … L’œuvre d’art a une finalité parce qu’elle est une harmonie … [emphase]« Enjoyed is the key-word »[/emphase] (L, p.232)

Cathy
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 2 Guest(s)