20-06-2003, 01:46
Bon,
le propos de Yyr était de répondre à une question qui, sous une forme ou une autre, revient toujours dès qu'on parle du sujet de la foi dans le SdA. Comme le dit Cathy, il n'a pas pris soin de fignoler sa citation, je me charge donc de préciser le contexte de cette lettre pour MJ. (je traduits directement, Yyr, plus professionnel, tapera le texte original s'il le juge opportun) :
[citation]le père Robert Murray (...) avait lu unes partie du SdA dans des épreuves et des manuscrits, et avait, à la demande de Tolkien, envoyé des commentaires et des critiques. Il écrivit que le livre lui avait laissé une grande impression d'une "compatibilité positive avec l'ordre de la Grace" et comparait l'image de Galadriel avec celle de la Vierge Marie. Il doutait que beaucoup de critiques soient capables de saisir grand chose du livre. -"Il n'y aura pas de trou-de-pigeon proprement dénominé pour lui (le livre).[/citation]
"Compatibilité avec l'ordre de la Grâce" me semble désigner ce que Yyr se permettait de suggérer: "c'est sous le régime de la grâce (comme on dit en français) que vous avez écrit", rien d'autre que cela.
Cela ne veut pas dire pour autant que Tolkien fut un nouvel évangélisateur, qu'il écrivit une nouvelle Bible, inspiré qu'il était pas l'Esprit Saint. Cynewulf, bien qu'un brin prosélyte, n'est pas allé jusqu'à dire pareille chose, tout le monde en conviendra.
Mais cela signifie (sous réserve de mieux comprendre le sens du mot compatibilité positive) que son oeuvre peut en effet servir aux desseins de Dieu.
Tolkien pourtant se défend bien de prêcher, et interdit d'ailleurs à tout le genre du conte de faire de même. Il se trouve pourtant très réjoui des paroles du prêtre, et craint en effet beaucoup la critique, dont il dit qu'il ne pourra pas détourner son esprit. ([emphase]« it will be impossible not to mind what is said. I've exposed my heart to be shot at. »[/emphase] phrase préférée de Cathy, non sans raisons).
nous découvrons une fois de plus la troublante subtilité du professeur Tolkien. Il enlève tout rapport - non attention, pas tout rapport, mais toute "référence" - à la religion dans son monde imaginaire pour pouvoir parler de "présence" de la religion dans l'histoire elle-même et dans le symbolisme. (qu'on se souvienne de cette lettre (dont je n'ai plus la référence) où un lecteur athée félicite Tolkien d'avoir su mettre dans son oeuvre la Foi comme une lumière visible qui n'a pourtant pas de source. C'est tellement bien dit: pas de source, et pourtant elle est là)
Et il renchérit plus loin. 'Oh là là non! Pas d'allégorie dans mon oeuvre, je déteste ça'. Bon alors, quoi, faudrait savoir !
C'est que nous confondons "témoigner" (ou "indiquer") et "prêcher", "référence" et "relation", "symbolisme" et "alégorie".
Dès que c'est trop subtil pour nous, en personnes sensées que nous sommes, nous ramenons l'énoncé à ce que nous savons traiter. Et je ne prétend pas faire partie des âmes subtiles qui ont compris, elles, ce que Tolkien a fait. Mais je comprend que nous faisons fausse route à cause de simplifications.
Ce que la lecture du SdA imprimera en chacun de nous appartient au lecteur, et à la "grâce", si celle-ci était effectivement présente lors de l'écriture (et aussi si on n'y est pas fermé, car la liberté du lecteur, ça compte...). Je me garderais bien de prétendre que le SdA peut faire oeuvre d'évangélisation, même si je pense que comme beaucoup d'autres romans aux hautes valeurs (qui n'ont même pas besoin d'être écrits par des chrétiens), ils en sont capables, indépendamment des buts de l'auteur... Ça, c'est une histoire justement de "raison naturelle".
pourquoi Tolkien avait-il gommé de ses œuvres toute référence religieuse ?
Voilà le vrai débat, la vraie question, qui nous permettra de saisir cette étonnante subtilité, que l'on retrouvera ailleurs. Tolkien est philologue, je pense que le premier pas à franchir pour se mettre à son niveau c'est d'étudier le sens précis des mots précis qu'il utilise. Et le sens que le mot avait à son époque et dans la culture dans laquelle il baignait.
Bon, ça met tout le monde ou presque hors ring, disqualifié, je sais, n'empêche qu'on pourrait essayer par là.
MJ, où as-tu vu que Tolkien condamnait la reprise des épopées médiévales par le catholicisme ?
le propos de Yyr était de répondre à une question qui, sous une forme ou une autre, revient toujours dès qu'on parle du sujet de la foi dans le SdA. Comme le dit Cathy, il n'a pas pris soin de fignoler sa citation, je me charge donc de préciser le contexte de cette lettre pour MJ. (je traduits directement, Yyr, plus professionnel, tapera le texte original s'il le juge opportun) :
[citation]le père Robert Murray (...) avait lu unes partie du SdA dans des épreuves et des manuscrits, et avait, à la demande de Tolkien, envoyé des commentaires et des critiques. Il écrivit que le livre lui avait laissé une grande impression d'une "compatibilité positive avec l'ordre de la Grace" et comparait l'image de Galadriel avec celle de la Vierge Marie. Il doutait que beaucoup de critiques soient capables de saisir grand chose du livre. -"Il n'y aura pas de trou-de-pigeon proprement dénominé pour lui (le livre).[/citation]
"Compatibilité avec l'ordre de la Grâce" me semble désigner ce que Yyr se permettait de suggérer: "c'est sous le régime de la grâce (comme on dit en français) que vous avez écrit", rien d'autre que cela.
Cela ne veut pas dire pour autant que Tolkien fut un nouvel évangélisateur, qu'il écrivit une nouvelle Bible, inspiré qu'il était pas l'Esprit Saint. Cynewulf, bien qu'un brin prosélyte, n'est pas allé jusqu'à dire pareille chose, tout le monde en conviendra.
Mais cela signifie (sous réserve de mieux comprendre le sens du mot compatibilité positive) que son oeuvre peut en effet servir aux desseins de Dieu.
Tolkien pourtant se défend bien de prêcher, et interdit d'ailleurs à tout le genre du conte de faire de même. Il se trouve pourtant très réjoui des paroles du prêtre, et craint en effet beaucoup la critique, dont il dit qu'il ne pourra pas détourner son esprit. ([emphase]« it will be impossible not to mind what is said. I've exposed my heart to be shot at. »[/emphase] phrase préférée de Cathy, non sans raisons).
nous découvrons une fois de plus la troublante subtilité du professeur Tolkien. Il enlève tout rapport - non attention, pas tout rapport, mais toute "référence" - à la religion dans son monde imaginaire pour pouvoir parler de "présence" de la religion dans l'histoire elle-même et dans le symbolisme. (qu'on se souvienne de cette lettre (dont je n'ai plus la référence) où un lecteur athée félicite Tolkien d'avoir su mettre dans son oeuvre la Foi comme une lumière visible qui n'a pourtant pas de source. C'est tellement bien dit: pas de source, et pourtant elle est là)
Et il renchérit plus loin. 'Oh là là non! Pas d'allégorie dans mon oeuvre, je déteste ça'. Bon alors, quoi, faudrait savoir !
C'est que nous confondons "témoigner" (ou "indiquer") et "prêcher", "référence" et "relation", "symbolisme" et "alégorie".
Dès que c'est trop subtil pour nous, en personnes sensées que nous sommes, nous ramenons l'énoncé à ce que nous savons traiter. Et je ne prétend pas faire partie des âmes subtiles qui ont compris, elles, ce que Tolkien a fait. Mais je comprend que nous faisons fausse route à cause de simplifications.
Ce que la lecture du SdA imprimera en chacun de nous appartient au lecteur, et à la "grâce", si celle-ci était effectivement présente lors de l'écriture (et aussi si on n'y est pas fermé, car la liberté du lecteur, ça compte...). Je me garderais bien de prétendre que le SdA peut faire oeuvre d'évangélisation, même si je pense que comme beaucoup d'autres romans aux hautes valeurs (qui n'ont même pas besoin d'être écrits par des chrétiens), ils en sont capables, indépendamment des buts de l'auteur... Ça, c'est une histoire justement de "raison naturelle".
pourquoi Tolkien avait-il gommé de ses œuvres toute référence religieuse ?
Voilà le vrai débat, la vraie question, qui nous permettra de saisir cette étonnante subtilité, que l'on retrouvera ailleurs. Tolkien est philologue, je pense que le premier pas à franchir pour se mettre à son niveau c'est d'étudier le sens précis des mots précis qu'il utilise. Et le sens que le mot avait à son époque et dans la culture dans laquelle il baignait.
Bon, ça met tout le monde ou presque hors ring, disqualifié, je sais, n'empêche qu'on pourrait essayer par là.
MJ, où as-tu vu que Tolkien condamnait la reprise des épopées médiévales par le catholicisme ?

