Jérôme, quand je parlais de guerres de religions, je ne me suis pas spécialement interrogée sur le terme, je tenais simplement à faire remarquer qu'on pourrait essayer de parler de religion dans Tolkien sans dériver sur la religion toute seule, surtout que je soutiens quand même que laisser le débat s'échauffer et chacun camper sur ses positions envers et contre tous ne donne pas un climat très propice à l'échange. Enfin c'était une parenthèses, et puisque je voulais justement faire une tentative pour limiter le hors-sujet, je ne veux pas m'y lancer moi-même :)
Mais puisque je suis ici je saisis l'appel de Vinyamar aux autres auteurs. Pour ma part je trouve curieux de parler du devoir moral d'un écrivain, quelles que soient ses convictions. Est-ce qu'un roman peut être contraint d'évangéliser, éclairer, ou ce que vous voudrez d'autre ? Est-ce le but de l'écriture que de faire passer ses convictions ? Ne trouvez-vous pas que c'est une vision quelque peu réductrice de l'art ? Je me ferais plutôt une idée de la chose un peu plus simple : l'auteur cherche la vraisemblance, je n'ai pas dit le réalisme, mais je crois que rares sont les auteurs qui n'accordent aucune importance à la capacité que leurs oeuvres auront d'êtres cohérentes, convaincantes, au moins lorsqu'elles prétendent se dérouler dans notre univers, ce qui est le cas pour l'oeuvre de Tolkien. Tolkien qualifiait justement le christianisme de "mythe vrai". Ne vous semblerait-il alors pas plus simple, voire plus crédible, qui sait, de penser que les allusions et éléments chrétiens sont simplement liés au fait qu'il s'agissait pour Tolkien de la vérité, et que par là ils étaient nécessaires à la vraisemblance de l'ensemble ? J'ai beaucoup de mal à voir dans le SdA une oeuvre apostolique, plutôt que la recherche d'une apparence de vérité, qui serait pour Tolkien forcément passée par l'inclusion d'éléments chrétiens. Je parle ici de mon expérience : mes propres textes sont sans doute profondément agnostiques, mais je ne veux convaincre personne, je ne vois simplement pas l'utilité pour moi de me raccrocher à des schémas que je considèrerais comme douteux. Tolkien ne pourrait-il pas en avoir fait de même ? Si convaincu que soit un auteur, il est rare cependant qu'il se soit senti un véritable devoir. Une conviction profonde, voire une certitude, peut largement suffir à introduire délibérément certaines idées dans une oeuvre.

