à propos d'histoire de l'Eglise, je corrigerai Vinyamar sur l'arbre aux fées de Jeanne d'Arc : le tribunal (d'Eglise, quels que soient les enjeux politiques du procès) qui la jugeait en a quand même bel bien fait tout un foin, de cet arbre aux fées, et le procès de réhabilitation a cherché par tous les moyens à prouver qu'il n'y avait rien de démoniaque par là dessous - en disant notamment qu'il n'y avait plus de fées dans ledit arbre depuis qu'on y avait lu l'évangile de Jean ! en revanche, il n'existe aucun moyen - si ce n'est une conviction d'ores et déjà faite - de dire que le grand effort contre les superstitions des XIVè-XVè siècle, dans lequel s'inscrit cette partie des procès, est fait par conviction "positive" : il faut éduquer, puisque la foi que nous défendons est celle qui mène au salut ; ou "négative" : il faut éradiquer toute différence pour asseoir notre autorité et assouvir notre soif de pouvoir. toute l'histoire des mentalités récentes tend plus vers la première hypothèse que vers la seconde, mais 1° pencher "plus" ne veut pas dire supprimer la seconde hypothèse comme radicalement invalide, eh non l'humanité n'a jamais été toute blanche ou toute noire, ça se saurait 2° l'histoire des mentalités est une discipline périlleuse et par là même extrêmement prudente, du fait qu'elle ne peut être faite honnêtement qu'en écartant toute conviction a priori.
l'acculturation menée par l'Eglise est une "réussite historique" au sens où elle atteint le but fixé ; après, personne ne saura jamais ce qu'aurait été l'humanité sans cette acculturation : "pire" ou "meilleure", la réponse relève de la science-fiction.
je constate que des questions sur la foi de Tolkien, on arrive systématiquement aux questions sur l'histoire de l'Eglise, ce qui ne laisse pas de m'intriguer, et que dans ces deux domaines la part d'interprétation personnelle l'emporte rapidement - et là, Mj, Vinyamar m'a toujours donné plus d'arguments que ses "opposants" ! il y a ce qu'on peut dire, grâce à telle ou telle source. ensuite, il y a ce qu'on en comprend avec notre rationnalité. enfin, il y a ce qu'on choisit d'interpréter, sans preuve que ce soit. Tolkien doutait-il de sa foi ? ma foi (!) on a cité des textes qui laissent penser que oui, d'autres qui laissent penser que non, on a réfléchi à partir des oeuvres littéraires et non des lettres, ou à partir des lettres et non des oeuvres de fiction ... je ne suis pas certaine qu'on puisse aller beaucoup plus loin dans la réflexion, chacun est désormais dans le registre des convictions.
à propos des valeurs universelles/chrétiennes : je pense en bref (très bref) que le fait qu'une valeur telle que l'amitié (illustrée magnifiquement dans le SDA) soit considérée comme universelle, ne l'empêche pas d'être chrétienne. un chrétien ne peut rejeter cette valeur-ci (ce qui ne veut pas dire que moult chrétiens ne l'ont pas fait !), en fonction du contenu du message évangélique sur lequel se fonde sa foi ; cela n'empêche aucunement un non-chrétien de la partager également : la différence est du registre du rapport foi/conviction morale. la foi chrétienne implique la charité (Dieu = amour pour les chrétiens, donc être chrétien implique de croire en l'amour et l'évangile dit qu'aimer Dieu et aimer son prochain c'est pareil), mais la charité n'implique pas la foi (pour un chrétien, la charité implique l'existence de Dieu, mais la non-foi d'une personne n'empêche pas la charité d'exister ; pour un athée, la charité existe en elle-même, si on peut dire).
en revanche, cela ne dénie pas au christianisme d'avoir été premier dans un certain nombre d'affirmations aujourd'hui primordiales comme l'égalité de tout homme, à ma connaissance (connaissance fort limitée, mes cours de philo sont désespérément lointains). premier ne signifiant pas gardien exclusif. qu'en pensait Tolkien, j'avoue que je n'en sais rien. mais dire qu'il a promu des valeurs qu'il considère comme chrétiennes ne signifie pas qu'il les défend comme EXCLUSIVEMENT chrétiennes : sa foi perdrait son sens si elle ne les incluait pas, mais ces valeurs elles-mêmes ont un sens indépendamment de la foi (foi comme acte de croyance : je peux défendre l'amitié sans croire en Dieu ; pour un croyant, cette amitié n'existe que parce que Dieu existe, mais le fait d'en avoir conscience ou non n'empêche pas l'amitié d'exister).
en tant que chrétien fervent, Toto promulgue des valeurs qu'il considère comme chrétiennes (cela, je pense qu'on va finir par trouver un accord dessus) ; et, si j'ai bien suivi ce qui s'est raconté, il le fait consciemment et volontairement, comme acte de conviction. après, que ses lecteurs fassent le lien entre ces valeurs et l'existence de Dieu, pour résumer mon idée ce n'est plus de son ressort.

