ensuite, je pense que sur ces questions d'acculturation/assimilation, il faut distinguer notamment en fonction des périodes dont nous parlons. aux XIVè-XVè siècles (période que je connais le mieux), on peut parler d'acculturation, mais il est actuellement très difficile de mettre en cause la "bonne foi" si j'ose dire des autorités ecclésiastiques, qui pour des raisons extrêmement complexes (et mal comprises malgré les nombreux travaux sur la question) ont vu dans le maintien de pratiques anciennes d'abord des superstitions mettant en danger le salut universel, puis des pratiques démoniaques, par définition encore plus dangereuses. c'est de l'intolérance, oui, au sens moderne du terme, ceci dit la tolérance est un concept extrêmement récent - pour lequel le christianisme n'a pas peu fait, d'ailleurs.
aux XVIè-XVIIè siècles, les questions se posent différemment selon qu'on évoque l'approfondissement de la christianisation des campagnes européennes - approfondissement qui va de pair avec les débuts de la déchristianisation, le développement du doute rationnel, l'acceptation de fait, après moult drames, d'une division radicale du christianisme européen (le drame principal étant la crispation dans l'intolérance qui caractérise les années 1550-1620, en gros, dans toute l'Europe), et l'évangélisation massive et en partie forcée du Nouveau Monde. je dis "en partie" forcée, justement parce que comme le montre Mission, une bonne partie des missionnaires qui ont risqué leur peau l'ont fait avec infiniment d'amour pour les populations qu'ils rencontraient.
quant aux premiers temps de l'évangélisation, je me répète : il n'existe aucun moyen de mettre en doute la bonne volonté des apôtres et des missionnaires.
ça me fait penser à un roman historique que j'aime beaucoup, Néropolis d'Hubert Monteilhet, dans lequel un jeune romain explique à saint Paul tous les "trucs" pour que sa nouvelle religion ait plus d'audience, ça me fait toujours mourir de rire. étant donnée l'efficacité des "trucs" en question, on peut après coup y voir une ruse magistrale, mais les sources historiques, avec toute la méthode critique qu'on y applique, vont plutôt dans le sens évoqué par Vinyamar, d'une éducation, d'une invitation au salut qui comprend plus de respects pour les cultures en place que de destruction. exemple classique : les cultes païens s'articulaient souvent, en Gaule, autour de sites naturels, notamment les sources, souvent considérées comme guérisseuses. les missionnaires chrétiens sont par définition convaincus que tout miracle vient de Dieu ; donc si une eau guérit les malades, c'est qu'elle est le vecteur de la grâce divine. c'est de la pure logique, dans la tête d'un croyant du Vè siècle ; c'est d'ailleurs le moyen le plus simple d'accepter une nouvelle foi, qui explique ce qu'on n'explique pas par la toute-puissance du Créateur. l'expliquer à ceux qui adoraient là une divinité de l'eau, c'est de l'acculturation et on peut, a posteriori, regretter cette perte d'une culture initiale. sauf qu'en gros, le regret ne sert à rien si ce n'est à refaire l'histoire ce qui relève de la science-fiction. qui nous dit aujourd'hui que la culture celte maintenue n'aurait pas mené à des massacres, différents de ceux qui l'histoire a connus finalement ? dire "les missionnaires manipulaient les foules" repose sur aussi peu de fondements que de dire "la culture celte aurait été meilleure pour l'humanité".
enfin, pour revenir à Toto, et quitte à radoter ;-), je suis pour ma part à 100 % Vinyamar en disant que ce n'est pas parce que des non-chrétiens se retrouvent dans les valeurs défendues par le SDA, que Toto, lui, a voulu déconnecter lesdites valeurs de sa foi. je pense que l'argumentaire de plusieurs érudits de ce forum (Spazko, Sosryko, Vinyamar) est assez convaincant, pour ma part.
sur la miséricorde comme valeur chrétienne : elle me semble l'exemple même de ces valeurs défendues par le christianisme et aujourd'hui adoptées beaucoup plus largement, déconnectées en partie des questions de foi. ceci dit, j'ai toujours un peu de mal avec cette idée de la miséricorde envers Gollum comme exemple du christianisme du SDA : cette miséricorde sauve tout le monde, sauf Gollum lui-mêmê, or il me semble que le discours chrétien sur la miséricorde est d'abord un discours d'espérance sur l'humain, toujours capable de se tourner vers le Bien, toujours capable d'aimer. le christianisme appelle à la miséricorde comme moyen de sauver l'autre, autant (plus ?) que comme moyen de se sauver soi-même. or, si Gollum avait été "sauvé" moralement, l'Anneau n'aurait pas été jeté ... c'est donc l'échec de la miséricorde qui sauve la TdM, quelque part, non ?

