01-06-2004, 16:26
Il n'a pas plu à verse, mais j'ai fait comme si... En voici un premier résultat, débité en tronçon :)
Bien, ce qui suit n'est évidemment pas définitif, et il y a encore de nombreux points sur lesquels je ne me suis pas penchée. Mais détacher un élément est difficile, et il y a tant de choses à voir ! La géographie, par exemple : la troisième étape se déroule encore dans les Monts Extérieurs : du rivage on s'avance vers le cœur de Faërie. Le rôle de ces créatures de feu se mouvant dans le lac. Pourquoi celui-ci est immobile alors que souffle la brise. Comment percevoir la symbolique du bouleau. Car je préfère « interpréter » symboliquement que psychologiquement... C'est moins catégorique, plus ouvert :
En consultant Les Racines de la Conscience de Jung, je suis tombée sur un passage pour le moins curieux et troublant (les chiffres entre parenthèses sont mes ajouts):
Cela n'est pas sans rappeler l'épisode dont nous parlons :
Pour ce qui suit, a désigne le rêve du théologien, ß l'aventure de Smith. Si ß est beaucoup plus développé, il n'empêche que la structure est la même que celle de a :
1. l'homme est sur un surplomb, observant une vallée, dans laquelle se trouve un lac [pour a, c'est un lac sombre, pour ß un lac flamboyant...].
2. l'homme s'approche du rivage.
3. le vent se met à souffler brusquement (à noter le caractère menaçant à la fois dans a " tout devient sombre et sinistre " et ß " grondement, grosse bête... ")
4. l'homme a peur et se réveille pour a, l'homme est triste et s'en va dans ß.
A l'intérieur de ces quatre étapes, on peut ajouter pour ß :
1' : l'homme regarde à l'intérieur du lac et y voit des créatures de feu/lumière.
2' : l'homme marche sur le lac, tombe, et un grondement se fait entendre (dans a, le vent se réveille tout seul).
3' : l'épisode du bouleau, qui presse Smith de partir, et surtout, de ne jamais revenir.
4' : l'homme reviendra, faisant fi du cri de l'arbre.
Odd, isn't it?
Tolkien connaissait-il ou non ce rêve ? Je l'ignore. Mais l'esprit humain est ainsi fait qu'il peut très bien inventer deux fois la même chose sans s'en apercevoir. Au reste... j'avouerai que cela ne m'importe pas.
Jung explicite le rêve du théologien ainsi :
Peut-on calquer l'explication de Jung à Smith ? Peut-on voir dans ce passage de Smith la même chose que Jung a vu dans le rêve du théologien ?
Bien, ce qui suit n'est évidemment pas définitif, et il y a encore de nombreux points sur lesquels je ne me suis pas penchée. Mais détacher un élément est difficile, et il y a tant de choses à voir ! La géographie, par exemple : la troisième étape se déroule encore dans les Monts Extérieurs : du rivage on s'avance vers le cœur de Faërie. Le rôle de ces créatures de feu se mouvant dans le lac. Pourquoi celui-ci est immobile alors que souffle la brise. Comment percevoir la symbolique du bouleau. Car je préfère « interpréter » symboliquement que psychologiquement... C'est moins catégorique, plus ouvert :
En consultant Les Racines de la Conscience de Jung, je suis tombée sur un passage pour le moins curieux et troublant (les chiffres entre parenthèses sont mes ajouts):
Un théologien protestant faisait souvent le même rêve.(1) Il se tient sur le penchant d'une colline ; au-dessous s'étend une sombre vallée au fond de laquelle se trouve un lac sombre. (2) Il sait en rêve que jusqu'à présent quelque chose l'a toujours retenu de s'approcher du lac. Mais cette fois il se décide à aller jusqu'à l'eau.(3) Comme il s'approche du rivage, tout devient sombre et sinistre et brusquement un coup de vent passe sur la surface de l'eau. (4)Alors une angoisse panique le saisit et il s'éveille.
[RC/41, Livre Premier]
Cela n'est pas sans rappeler l'épisode dont nous parlons :
(1) Au cours de l'un de ses voyages, grimpant dans les Monts Extérieurs, il parvint à une profonde vallée, au fond de laquelle s'étendait un lac, calme et uni malgré la brise qui agitait les arbres environnants. (1') Dans cette vallée, la lumière ressemblait à celle d'un coucher de soleil pourpre, mais elle montait du lac. Il regarda du haut d'un escarpement peu élevé, en surplomb ; il lui sembla voir jusqu'à une profondeur incommensurable ; et il aperçu là d'étranges formes de flammes qui se courbaient, se ramifiaient et flottaient comme de grandes algues dans un creux marin, et des créatures de feu allaient et venaient parmi elles. (2) Empli d'étonnement, il descendit jusqu'au bord de l'eau et la tâta du pied, mais ce n'était pas de l'eau : c'était plus dur que la pierre et plus lisse qu'un miroir. (2') Il fit un pas à la surface et tomba lourdement ; tandis qu'un grondement retentissant roulait au travers du lac et répercutait son écho sur les rives.
(3) Aussitôt, la brise s'enfla jusqu'à devenir un Vent impétueux, rugissant comme une grosse bête ; cette bourrasque le souleva et le jeta sur la rive, puis elle le poussa sur les pentes, tournoyant et tombant comme une feuille morte. (3') Il passa les bras autour du tronc d'un jeune bouleau et s'y agrippa, et le vent lutta furieusement avec eux, essayant de l'arracher de son support ; mais le bouleau, courbé jusqu'à terre par la rafale, l'enserra dans ses branches. Quand le Vent finit par passer son chemin, Smith se releva et vit que le bouleau était dénudé. Il avait perdu toutes ses feuilles ; il pleurait, et les larmes tombaient en pluie de ses branches. Posant la main sur l'écorce blanche, le jeune homme dit : « Béni soit le bouleau ! Que puis-je faire en compensation ou en remerciement ? » Il sentit la réponse de l'arbre monter dans sa main : « Rien, dit l'arbre. Va-t'en ! Le Vent est après toi. Tu n'es pas d'ici. Va-t'en et ne reviens jamais plus ! »
(4)En remontant du fond du vallon, il sentit les larmes du bouleau couler sur son visage, et elles furent amères à ses lèvres. Il avait le cœur tout triste tandis qu'il poursuivait sa longue route, et il ne retourna pas en Faërie de quelque temps. (4') Mais il ne pouvait y renoncer, et, après son retour, son désir de s'enfoncer dans le pays fut encore plus fort.
[F/277]
Pour ce qui suit, a désigne le rêve du théologien, ß l'aventure de Smith. Si ß est beaucoup plus développé, il n'empêche que la structure est la même que celle de a :
1. l'homme est sur un surplomb, observant une vallée, dans laquelle se trouve un lac [pour a, c'est un lac sombre, pour ß un lac flamboyant...].
2. l'homme s'approche du rivage.
3. le vent se met à souffler brusquement (à noter le caractère menaçant à la fois dans a " tout devient sombre et sinistre " et ß " grondement, grosse bête... ")
4. l'homme a peur et se réveille pour a, l'homme est triste et s'en va dans ß.
A l'intérieur de ces quatre étapes, on peut ajouter pour ß :
1' : l'homme regarde à l'intérieur du lac et y voit des créatures de feu/lumière.
2' : l'homme marche sur le lac, tombe, et un grondement se fait entendre (dans a, le vent se réveille tout seul).
3' : l'épisode du bouleau, qui presse Smith de partir, et surtout, de ne jamais revenir.
4' : l'homme reviendra, faisant fi du cri de l'arbre.
Odd, isn't it?
Tolkien connaissait-il ou non ce rêve ? Je l'ignore. Mais l'esprit humain est ainsi fait qu'il peut très bien inventer deux fois la même chose sans s'en apercevoir. Au reste... j'avouerai que cela ne m'importe pas.
Jung explicite le rêve du théologien ainsi :
Ce rêve nous présente le langage naturel des symboles. Le rêveur descend dans sa propre profondeur et le chemin le conduit à l'eau mystérieuse. Et ici se produit le miracle de la piscine de Bethesda [Jean, v, 1-4 – N.d.T.]* : un ange descend et touche l'eau, qui acquiert ainsi une vertu curative. Dans le rêve, c'est le vent, le pneuma qui souffle où il veut. Il faut que l'homme descende jusqu'à l'eau pour provoquer le miracle de la vivification de l'eau. Mais le souffle de l'esprit qui passe sur les eaux sombres est inquiétant, comme tout ce dont on ne connaît pas la cause première. Ainsi se trouve indiqué une présence invisible, un numen, auquel ni une attente humaine ni un calcul arbitraire n'ont prêté vie. Il vit de lui-même, et un frisson saisit l'homme pour qui l'esprit n'a jamais été ce que l'on croit, ce que l'on fait soi-même, ce qu'il y a dans les livres ou ce dont les gens parlent. C'est aussi pourquoi le rêve du théologien dit fort justement qu'il peut vivre au bord de l'eau l'action de l'esprit vivant comme une guérison miraculeuse dans la piscine de Bethesda. La descente dans la profondeur paraît précéder toujours l'ascension.
[RC/41, Livre Premier]
Peut-on calquer l'explication de Jung à Smith ? Peut-on voir dans ce passage de Smith la même chose que Jung a vu dans le rêve du théologien ?

