01-06-2004, 16:30
Reprenons les éléments :
1. l'homme est sur un surplomb, observant une vallée, dans laquelle se trouve un lac.
Si je reprends Jung :
Le conscient contemple du haut (puisqu'on a toujours tendance à placer le conscient en-dessus de l'inconscient ou subconscient, même dans les schémas) le lac/l'inconscient. On assiste à une (re)connaissance de l'inconscient, à un travail d'intériorisation, un repli sur soi.
Vient ensuite l'étape 1' :
1' : l'homme regarde à l'intérieur du lac et y voit des créatures de feu/lumière.
Pourquoi une lumière de coucher de soleil ? Des cinq voyages-clés de Smith qui nous sont décrits, celui-ci – le troisième – semble bien être un tournant. Lors des deux premiers, Smith était passif. Celui-ci marque la fin (le crépuscule) de cette période : désormais, Smith deviendra plus actif dans ses voyages, imposant sa compagnie dans la Vallée du Perpétuel Matin et dialoguant avec la Reine avant de le faire avec le Roi. Maintenant, pourquoi la lumière monte du lac ?
Ici, Smith semble aller plus loin que le théologien : le lac n'est pas sombre, mais flamboyant (d'une lumière de coucher de soleil pourpre) et habité de créatures de feu... Comme toute chose, le feu a deux aspects " bon, mauvais, ou les deux à la fois, comme il en va d'ordinaire " :).
Si je reprend Bachelard, dans La Psychanalyse du Feu (Ch. 1, page 23)
Cependant il est fréquemment lié à la connaissance (cf. Prométhée, Lucifer, ou même le dieu chrétien, qui apparaît souvent sous la forme d'un feu : buisson ardent... Chacun à pour désir d'apporter la connaissance aux hommes... Enfin, pour Lucifer... en fait je n'en sais rien) : on voit bien là que la connaissance est à double tranchant. On peut faire un pas aussi vers la figure du dragon (cracheur de feu), gardien d'un trésor – la sagesse, ou la vie immortelle, ou une princesse dont la blondeur est attribut solaire.
Cependant, on a l'association du feu et de l'eau... l'un et l'autre sont opposés, l'un et l'autre se complètent et se détruisent en même temps. La connaissance est contenue dans l'inconscient. L'inconscient, que Freud a présenté comme formidable dépotoir de toutes les pulsions inavouées/ables**, est chez Smith associé à la lumière, contre-pied du lac opaque du théologien. Qu'est-ce à dire ? Que l'inconscient est source d'émerveillement. Pas seulement réceptacle de vices cachés. Qu'on y trouve des créations qui semblent s'y mouvoir d'elle-même, qui y vivent de leur propre initiative, séparées de l'être qui les accueille – de la conscience – par une glace... mais nous y reviendront.
C'est cette association qui illumine la vallée : la lumière qui perce le lac, c'est la connaissance issue de l'inconscient. C'est cette connaissance, reconnue par Smith qui y plonge son regard, qui le change sonne en même temps la fin de sa période de contemplation passive.
2. l'homme s'approche du rivage.
Il y a là une différence notable entre les deux histoires : si le théologien sait en rêve que jusqu'à présent quelque chose l'a toujours retenu de s'approcher du lac, Smith s'approche sans hésiter, semble-t-il.
Si l'on en crois Jung, il faut que l'homme descende jusqu'à l'eau pour provoquer le miracle de la vivification de l'eau. Il faut que l'homme accepte de se pencher sur son inconscient, d'aller voir de plus près ce qui s'y meut. Il ne suffit pas simplement de dire « Tiens, j'ai un inconscient, et y'a des choses dedans, maintenant allons voir ailleurs », non. Il faut surmonter la peur de cet inconscient et aller le voir de plus près.
Ici cependant nous avons une nuance : pour le théologien, il suffit de descendre vers le lac pour que le vent s'éveille. Pour Smith cela ne suffit pas. Il faut l'étape 2' :
2' : l'homme marche sur le lac, tombe, et un grondement se fait entendre
En fait, le Vent se réveille suite à une succession d’événements ... Il ne s'agit pas simplement de marcher sur le lac, mais de tomber... l'alarme alors est donnée, long grondement qui se répercute et fait transition avec le rugissement éolien. Celui-ci, d'ailleurs, était déjà présent :
il parvint à une profonde vallée, au fond de laquelle s'étendait un lac, calme et uni malgré la brise qui agitait les arbres environnants.
Mais de simple courant d'air, il devient monstre :
3. le vent se met à souffler brusquement.
Smith s'est non seulement approché du lac, mais a aussi voulu poser le pied dessus. S'imposer. Conquérir peut-être. Il a oublié la recommandation que tous les parents font en emmenant leurs enfants à une exposition : « Tu regardes avec les yeux, tu ne touches pas ! » En Faërie, elle devient « Regarde, admire, mais ne t'impose pas ». Smith a touché, et alors le Vent l'emporte. Associer le Vent à la colère du père ? En ce cas, le bouleau serait la mère qui protège l'enfant et détourne la furie sur elle pour l'épargner au petit dans ses jupons ? Et le chagrin de Smith à rapprocher de la honte du petit garçon qui a laissé accuser sa mère plutôt que d'assumer la responsabilité de ses actes ? Je ne sais.
Voici en tout cas ce que Bachelard dit du vent violent, dans L'air et les Songes (Ch.11, p 291) :
L'objet et le prétexte existent pourtant, mais comment ne pas retrouver la colère violente, acharnée, furieuse, démentielle dans ce Vent rugissant qui cherche à tous prix à emporter Smith ?
Si l'Etoile protège des maux mineurs et majeurs, elle ne protège pas du Vent. Le Vent est à part. Voix de Faërie, peut-être. Où, si l'on considère le lac aux rubans de feu comme manifestation de l'inconscient, voix de l'inconscient ?
1. l'homme est sur un surplomb, observant une vallée, dans laquelle se trouve un lac.
Si je reprends Jung :
L'eau est le symbole le plus fréquent de l'inconscient. Le lac dans la vallée est l'inconscient qui se trouve en quelque sorte en-dessous du conscient.
[RC/45]
Le conscient contemple du haut (puisqu'on a toujours tendance à placer le conscient en-dessus de l'inconscient ou subconscient, même dans les schémas) le lac/l'inconscient. On assiste à une (re)connaissance de l'inconscient, à un travail d'intériorisation, un repli sur soi.
Vient ensuite l'étape 1' :
1' : l'homme regarde à l'intérieur du lac et y voit des créatures de feu/lumière.
[...] la lumière ressemblait à celle d'un coucher de soleil pourpre, mais elle montait du lac.
Pourquoi une lumière de coucher de soleil ? Des cinq voyages-clés de Smith qui nous sont décrits, celui-ci – le troisième – semble bien être un tournant. Lors des deux premiers, Smith était passif. Celui-ci marque la fin (le crépuscule) de cette période : désormais, Smith deviendra plus actif dans ses voyages, imposant sa compagnie dans la Vallée du Perpétuel Matin et dialoguant avec la Reine avant de le faire avec le Roi. Maintenant, pourquoi la lumière monte du lac ?
Ici, Smith semble aller plus loin que le théologien : le lac n'est pas sombre, mais flamboyant (d'une lumière de coucher de soleil pourpre) et habité de créatures de feu... Comme toute chose, le feu a deux aspects " bon, mauvais, ou les deux à la fois, comme il en va d'ordinaire " :).
Si je reprend Bachelard, dans La Psychanalyse du Feu (Ch. 1, page 23)
Parmi tous les phénomènes, il est vraiment le seul qui puisse recevoir aussi nettement les deux valorisation contraire : le bien et le mal. Il brûle au Paradis. Il brûle à l'Enfer.
Cependant il est fréquemment lié à la connaissance (cf. Prométhée, Lucifer, ou même le dieu chrétien, qui apparaît souvent sous la forme d'un feu : buisson ardent... Chacun à pour désir d'apporter la connaissance aux hommes... Enfin, pour Lucifer... en fait je n'en sais rien) : on voit bien là que la connaissance est à double tranchant. On peut faire un pas aussi vers la figure du dragon (cracheur de feu), gardien d'un trésor – la sagesse, ou la vie immortelle, ou une princesse dont la blondeur est attribut solaire.
Cependant, on a l'association du feu et de l'eau... l'un et l'autre sont opposés, l'un et l'autre se complètent et se détruisent en même temps. La connaissance est contenue dans l'inconscient. L'inconscient, que Freud a présenté comme formidable dépotoir de toutes les pulsions inavouées/ables**, est chez Smith associé à la lumière, contre-pied du lac opaque du théologien. Qu'est-ce à dire ? Que l'inconscient est source d'émerveillement. Pas seulement réceptacle de vices cachés. Qu'on y trouve des créations qui semblent s'y mouvoir d'elle-même, qui y vivent de leur propre initiative, séparées de l'être qui les accueille – de la conscience – par une glace... mais nous y reviendront.
C'est cette association qui illumine la vallée : la lumière qui perce le lac, c'est la connaissance issue de l'inconscient. C'est cette connaissance, reconnue par Smith qui y plonge son regard, qui le change sonne en même temps la fin de sa période de contemplation passive.
2. l'homme s'approche du rivage.
Il y a là une différence notable entre les deux histoires : si le théologien sait en rêve que jusqu'à présent quelque chose l'a toujours retenu de s'approcher du lac, Smith s'approche sans hésiter, semble-t-il.
Si l'on en crois Jung, il faut que l'homme descende jusqu'à l'eau pour provoquer le miracle de la vivification de l'eau. Il faut que l'homme accepte de se pencher sur son inconscient, d'aller voir de plus près ce qui s'y meut. Il ne suffit pas simplement de dire « Tiens, j'ai un inconscient, et y'a des choses dedans, maintenant allons voir ailleurs », non. Il faut surmonter la peur de cet inconscient et aller le voir de plus près.
Ici cependant nous avons une nuance : pour le théologien, il suffit de descendre vers le lac pour que le vent s'éveille. Pour Smith cela ne suffit pas. Il faut l'étape 2' :
2' : l'homme marche sur le lac, tombe, et un grondement se fait entendre
En fait, le Vent se réveille suite à une succession d’événements ... Il ne s'agit pas simplement de marcher sur le lac, mais de tomber... l'alarme alors est donnée, long grondement qui se répercute et fait transition avec le rugissement éolien. Celui-ci, d'ailleurs, était déjà présent :
il parvint à une profonde vallée, au fond de laquelle s'étendait un lac, calme et uni malgré la brise qui agitait les arbres environnants.
Mais de simple courant d'air, il devient monstre :
3. le vent se met à souffler brusquement.
Smith s'est non seulement approché du lac, mais a aussi voulu poser le pied dessus. S'imposer. Conquérir peut-être. Il a oublié la recommandation que tous les parents font en emmenant leurs enfants à une exposition : « Tu regardes avec les yeux, tu ne touches pas ! » En Faërie, elle devient « Regarde, admire, mais ne t'impose pas ». Smith a touché, et alors le Vent l'emporte. Associer le Vent à la colère du père ? En ce cas, le bouleau serait la mère qui protège l'enfant et détourne la furie sur elle pour l'épargner au petit dans ses jupons ? Et le chagrin de Smith à rapprocher de la honte du petit garçon qui a laissé accuser sa mère plutôt que d'assumer la responsabilité de ses actes ? Je ne sais.
Voici en tout cas ce que Bachelard dit du vent violent, dans L'air et les Songes (Ch.11, p 291) :
Il semble que le vide immense, en trouvant soudain une action, devienne une image particulièrement nette de la colère cosmique. On pourrait dire que le vent furieux est le symbole de la colère pure, de la colère sans objet, sans prétexte
L'objet et le prétexte existent pourtant, mais comment ne pas retrouver la colère violente, acharnée, furieuse, démentielle dans ce Vent rugissant qui cherche à tous prix à emporter Smith ?
Si l'Etoile protège des maux mineurs et majeurs, elle ne protège pas du Vent. Le Vent est à part. Voix de Faërie, peut-être. Où, si l'on considère le lac aux rubans de feu comme manifestation de l'inconscient, voix de l'inconscient ?

