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Le lac et le bouleau dans Smith
#19
Jusqu’à présent, on peut dire que les lectures proposées ont été orientée selon l’Homme. Et on a vu dans le Lac de Smith,… un miroir, symbole de l’inconscient de Smith.

Le problème est que le Lac de Smith n’est jamais comparé à un miroir. Le texte dit seulement que le lac est « plus lisse qu’un miroir » [S/276].
Le texte ne dit même pas que le lac est « lisse comme un miroir » (ce qui serait presque faire de lui un miroir selon la technique narrative de Tolkien) : il dit qu’il est « plus » qu’un miroir...
Rien à voir donc avec le Lac-Miroir ou le Miroir de Galadriel qui ont une fonction radicalement différente, cette fonction commune étant celle de toutes les formes de miroir aquatique dans le conte d’Arda (rivières miroitantes, montagnes miroitantes [à cause de la neige], lacs, étangs, …, impossible de les mentionner ici, la liste est incroyablement longue), à savoir : donner à voir la lumière du ciel, et plus spécifiquement celle des étoiles.
Or, là encore, loin de renvoyer une quelconque lumière d’en haut, le Lac « pourpre » est pourpre parce qu’une lumière « montait » des profondeurs du lac. La lumière émise par le lac est celle « d’étranges formes de flammes » et de « créatures de feu » que l’on peut « voir jusqu’à une profondeur incommensurable » [S/276].

Il y a donc à mon avis un erreur à vouloir faire du lac/miroir la représentation de l'inconscient , si notre objectif est de suivre le but fixé par le conteur
(et dès lors qu'on tient compte de la valeur des mots ainsi que de la cohérence de ses symboles et images dans tous ses écrits faëriques).

Point d’erreur bien entendu si on décide de lire le conte selon la grille de l’Homme; mais nous courons le risque de ne jamais comprendre le rôle de l’épisode une fois replacé dans le conte, ou bien certains détails (comme les créatures de feu, ou l’amertume des larmes du bouleau [« elles furent amères à ses lèvres » : S/277])

Laegalad >> la Reine pourrait être vue comme l'anima. D'autres y verraient simplement la Vierge Marie, ce qui ne serait pas plus faux :) »

Pourtant, avec Smith, on ne peut pas mettre les deux lectures (celle de l’Homme et celle de la Mystique) sur le même pied d’égalité. Toutes les lectures sont autorisées, mais toutes ne se valent pas si notre volonté, je le répète, est de comprendre le sens du conte tel que conté par Tolkien (et c’était la question de Moraldandil, il me semble).

Smith n’est pas un conte sur la connaissance, encore moins sur la connaissance de son moi profond.
Smith est un conte sur la rencontre de l’homme avec le divin qui vient à lui.
Pour beaucoup, il s’agira simplement d’une expérience du « numineux », mais au-delà, il y a une réalité plus profonde, celle d’un cheminement spirituel, chrétien et catholique.
Un cheminement « mystique » initié par (et pour) une rencontre « surnaturelle » si nous reprenons les mots de Tolkien.
Pour cela, Smith (= S) est à lire en parallèle avec Feuille de Niggle (= N).
Car alors que le premier se déroule en partie en Faërie, le second donne l’interprétation de Tolkien de Faërie.

Sosryko
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