07-06-2004, 14:25
Avant de poursuivre, revenons à la fin de la citation de Faërie ci-dessus et donnons sa suite :
[citation=Faërie/82-3]La face magique, le conte de fées, peut être employée comme Miróur de l’Omme, et l’on peut en faire (mais pas aussi aisément) un véhicule de Mystère. C’est du moins ce qu’a tenté George MacDonald, qui a réalisé de puissants et beaux contes quand il a réussi, comme dans The Golden Key (qu’il a qualifié de conte de fées), et même quand il a partiellement échoué, comme dans Lilith (qu’il a qualifié de roman).[/citation]
Or, dans les Lettres (L262) comme dans la Biographie de Carpenter (VII.1, Headington), nous apprenons que Smith a son origine dans une introduction (inachevée) qu’on avait commandé à Tolkien pour une réédition de… The Golden Key de George MacDonald que Tolkien appréciait en tant que « véhicule de Mystère ». Comment ne pas alors orienter la lecture de Smith vers celle d’un conte faërique où la Mystique domine sur le Miroir ?
Mais la Mystique ne consiste pas pour autant à voir en la Reine la Vierge Marie parce qu’on sait que Tolkien était attaché à la piété mariale. Car une telle lecture est orientée vers l’Homme (l’homme lecteur interprète en fonction de ce qu’il sait de l’homme conteur, indépendamment du conte, en cherchant à ramener le conte à l’histoire du conteur et du lecteur). Le lecteur qui accepte de considérer la face Mystique du conte n’est pas conduit vers des événements humains spécifiques (forcément du domaine du passé) mais vers des principes moraux (à mettre en pratique dans le présent) et des interrogations spirituelles qui projettent le lecteur depuis son passé (son Aube) jusqu’au-delà de son avenir terrestre (son Soir).
Si Tolkien a voulu faire un conte faërique en développant la face du Mystère, il était tout à fait conscient de tout ce qui y relevait de l’Homme par ailleurs. Ainsi, dans la même Biography, voici ce que rapporte Carpenter à propos de Smith :
Au passage, nous avons là peut-être la solution au problématique rejet de « l’allégorie » par Tolkien. Le problème étant que si Tolkien détestait tellement « l’allégorie », la plupart de nos interprétations seraient à jeter à la poubelle.
Car Tolkien est formel : « il n’y a pas d’allégorie en Faërie ». Pourquoi ? parce que l’allégorie relève de la « face Humaine » par laquelle on peut aborder le conte. Mais cette face n’étant pas « la face magique », la créance est détruite : en revenant dans le Monde primaire par le biais de l’allégorie qui nécessite le rappel du passé d’un homme (histoire de Tolkien : TB était une poupée) ou des hommes (Histoire : Guerre de l’Anneau=WWII), on agit en destructeur de la Nature.
Pour autant, Tolkien ne ferme pas la porte à toute interprétation : il y a celle qui, sans rejeter la Magique, choisit le chemin du Mystère. Elle ne se fait « pas aussi aisément » que sa petite sœur. Il est toujours plus facile de regarder en soi ou en arrière que vers l’Autre et dans un avenir dont notre raison ne sait rien sinon qu’il ne durera pas.
Parfois, la lecture Mystique sera proche de l’allégorie, le symbole étant omniprésent en Faërie ; mais il serait plus juste de parler de lecture typologique, le passé de Faërie n’étant que la « figure » de réalité spirituelles et annonce de ce qui vint et viendra dans le monde et dans les coeurs.
Enfin, si Tolkien qualifiait la « face Humaine » de Miroir, la Mystique est également un Miroir (cf. les « miroirs aquatiques » du conte d’Arda cette fois ;-)). Deux miroirs qui ne sont qu’un en réalité. Car celui qui regarde dans un miroir aquatique peut toujours regarder les détails de son visage ; mais il peut dépasser sa silhouette et contempler les étoiles qui forment [emphase]« une couronne (…) au-dessus de l’ombre de sa tête »[/emphase] [SdA, II.4].
[citation=SdA, II.6]Ils se penchèrent sur l'eau sombre [du Lac Miroir]. Tout d'abord, ils ne virent rien. Puis, lentement, ils aperçurent, reflétées dans un bleu profond, les formes des montagnes environnantes, dont les cimes paraissaient des panaches de flamme blanche, au-delà, il y avait une étendue de ciel. Là, tels des joyaux plongés dans les profondeurs, brillaient des étoiles étincelantes bien que la lumière du soleil régnât au-dessus dans le ciel. De leur propre forme, nulle ombre ne se voyait.[/citation]
Sosryko
rougissant,
merci Stéphanie ;-)
[citation=Faërie/82-3]La face magique, le conte de fées, peut être employée comme Miróur de l’Omme, et l’on peut en faire (mais pas aussi aisément) un véhicule de Mystère. C’est du moins ce qu’a tenté George MacDonald, qui a réalisé de puissants et beaux contes quand il a réussi, comme dans The Golden Key (qu’il a qualifié de conte de fées), et même quand il a partiellement échoué, comme dans Lilith (qu’il a qualifié de roman).[/citation]
Or, dans les Lettres (L262) comme dans la Biographie de Carpenter (VII.1, Headington), nous apprenons que Smith a son origine dans une introduction (inachevée) qu’on avait commandé à Tolkien pour une réédition de… The Golden Key de George MacDonald que Tolkien appréciait en tant que « véhicule de Mystère ». Comment ne pas alors orienter la lecture de Smith vers celle d’un conte faërique où la Mystique domine sur le Miroir ?
Mais la Mystique ne consiste pas pour autant à voir en la Reine la Vierge Marie parce qu’on sait que Tolkien était attaché à la piété mariale. Car une telle lecture est orientée vers l’Homme (l’homme lecteur interprète en fonction de ce qu’il sait de l’homme conteur, indépendamment du conte, en cherchant à ramener le conte à l’histoire du conteur et du lecteur). Le lecteur qui accepte de considérer la face Mystique du conte n’est pas conduit vers des événements humains spécifiques (forcément du domaine du passé) mais vers des principes moraux (à mettre en pratique dans le présent) et des interrogations spirituelles qui projettent le lecteur depuis son passé (son Aube) jusqu’au-delà de son avenir terrestre (son Soir).
Si Tolkien a voulu faire un conte faërique en développant la face du Mystère, il était tout à fait conscient de tout ce qui y relevait de l’Homme par ailleurs. Ainsi, dans la même Biography, voici ce que rapporte Carpenter à propos de Smith :
Smith was unusual (…) it was related closely and even conscously to himself. He called it [emphase]« an old man’s story, filled with the presage of bereavement »[/emphase], and elsewere he said that it was [emphase]« written with deep emotion, partly drawn from the experience of the bereavement of ‘retirement’ and of advancing age. »[/emphase] Like Smith, (…), Tolkien had, in his imagination, wandered long while through mysterious lands ; now he felt the approach of the end, and knew that he would soon have to surrender his own star, his imagination. It was indeed the last story he ever wrote.
(…)
Smith of Wootton Major was generally well received by the critics, though none of them perceived its personnal content nor remarked that it was uncharacteristic of its author in containing an element of allegory. Tolkien wrote of this : [emphase]« There is no allegory in the Faery, which is conceived as having a real extramental existence. There is some trace of allegory in the Human part, which seems to me obvious though no reader or critic has yet averted to it. As usual there is no ‘religion’ in the story ; but plainly enough the Master Cook and the Great Hall, etc., are a (somewhat satirical) allegory of the village-church, and village parson : its functions steadily decaying and losing all touch with the ‘arts’, into mere eating and drinking — the last trace of anything ‘other’ being left in the children. »[/emphase]
Au passage, nous avons là peut-être la solution au problématique rejet de « l’allégorie » par Tolkien. Le problème étant que si Tolkien détestait tellement « l’allégorie », la plupart de nos interprétations seraient à jeter à la poubelle.
Car Tolkien est formel : « il n’y a pas d’allégorie en Faërie ». Pourquoi ? parce que l’allégorie relève de la « face Humaine » par laquelle on peut aborder le conte. Mais cette face n’étant pas « la face magique », la créance est détruite : en revenant dans le Monde primaire par le biais de l’allégorie qui nécessite le rappel du passé d’un homme (histoire de Tolkien : TB était une poupée) ou des hommes (Histoire : Guerre de l’Anneau=WWII), on agit en destructeur de la Nature.
Pour autant, Tolkien ne ferme pas la porte à toute interprétation : il y a celle qui, sans rejeter la Magique, choisit le chemin du Mystère. Elle ne se fait « pas aussi aisément » que sa petite sœur. Il est toujours plus facile de regarder en soi ou en arrière que vers l’Autre et dans un avenir dont notre raison ne sait rien sinon qu’il ne durera pas.
Parfois, la lecture Mystique sera proche de l’allégorie, le symbole étant omniprésent en Faërie ; mais il serait plus juste de parler de lecture typologique, le passé de Faërie n’étant que la « figure » de réalité spirituelles et annonce de ce qui vint et viendra dans le monde et dans les coeurs.
Enfin, si Tolkien qualifiait la « face Humaine » de Miroir, la Mystique est également un Miroir (cf. les « miroirs aquatiques » du conte d’Arda cette fois ;-)). Deux miroirs qui ne sont qu’un en réalité. Car celui qui regarde dans un miroir aquatique peut toujours regarder les détails de son visage ; mais il peut dépasser sa silhouette et contempler les étoiles qui forment [emphase]« une couronne (…) au-dessus de l’ombre de sa tête »[/emphase] [SdA, II.4].
[citation=SdA, II.6]Ils se penchèrent sur l'eau sombre [du Lac Miroir]. Tout d'abord, ils ne virent rien. Puis, lentement, ils aperçurent, reflétées dans un bleu profond, les formes des montagnes environnantes, dont les cimes paraissaient des panaches de flamme blanche, au-delà, il y avait une étendue de ciel. Là, tels des joyaux plongés dans les profondeurs, brillaient des étoiles étincelantes bien que la lumière du soleil régnât au-dessus dans le ciel. De leur propre forme, nulle ombre ne se voyait.[/citation]
Sosryko
rougissant,
merci Stéphanie ;-)

