07-06-2004, 21:19
Merci, Sosryko, d'avoir pris le temps et la peine (le plaisir plutôt ...)
Tu n'es pas loin de la réponse, Melilot ;-)) car enlève la peine, et le plaisir disparaît. Non pas que la peine engendre le plaisir (Hola, hola, chuis pas masochiste), mais on ne peut pas monter la Montagne sans aucun effort.
Mais ce chemin m'est si étranger que j'ai du mal à la suivre. Par exemple, je ne comprends pas ce que Tolkien entend exactement par "le miroir du dédain et de la pitié, tourné vers l'homme", plus particulièrement ici l'emploi des termes "dédain" et "pitié"? Pourquoi? Dans quel contexte? Dans quel sens? Dans quelle optique? Dans quel but? ...
Oùsuisjeoùvaisjedansquelleétagère ;-))
Tout le monde se pose ces questions à la lecture de l'essai de Tolkien sur Faërie, et jusqu'à il y a peu, je n'aurai pu donner aucun début de réponse satisfaisante. Mais aujourd'hui, il me semble avoir proposé une réponse, juste au-dessus ;-)
Il y en a d'autres car il y a trois lectures possibles de la troisième "face" d'un conte faërique :
"Mirror of scorn and pity towards man"
= Mirror (of scorn and pity) towards man ? (1)
ou bien
= Mirror of [scorn an (pity towards man)] ? (2)
ou bien
= Mirror of [(scorn and pity) towards man] ? (3)
(1) C'est le choix de la traduction française que nous connaissons.
Le "Miroir du dédain et de la pitié" est "tourné vers l'Homme" : ainsi, il privilégie, comme je l'ai montré, un retour sur soi, sur sa petite histoire comme sur son Histoire (vu que l'Histoire, finalement, personne ne la connaît), ce repli, c'est une forme à la fois d'égoïsme de l'autre (dédain = scorn) mais aussi un besoin de créer la compassion (pitié = pity) : je le conte est fait pour me faire du bien et/ou pour plaindre ma situation; il n'est pas là pour me proposer un chemin, pour m'interpeler, pour m'encourager à aller plus loin, à m'améliorer. Il n'est là que pour mon plaisir et pour calmer ma douleur par son Enchantement. Je prends tout ce que m'apporte Faëry, mais je dédaigne ses avertissements et ses propositions (comme : Faëry n'est pas un amusement, et son rôle principal n'est pas de divertir [ce qu'elle fait!] mais d'apprendre et d'inciter à vivre pleinement dans "le monde vrai" [L153])
(2)
Cette deuxième lecture ("le Miroir du dédain et de la pitié envers les hommes") chevauche la première. Le dédain garde sa part de mystère : dédain-mépris (scorn) de l'aspect Magique de Faëry mais aussi de la face Mystique (voir ci-dessus : il est quasiment impossible de conserver intacte la créance en Faëry lorsqu'on la considère essentiellement comme une création littéraire du XXème siècle.
(3)
"Le miroir du mépris envers l'homme et de la pitié envers l'homme"
Cette lecture est également possible, et, pour tout te dire, je crois bien que c'est une telle idée à laquelle Tolkien pensait en écrivant ces lignes.
Un conte étant souvent le lieu d'un conflit entre deux esprits, deux manières de penser et de considérer l'homme :
(a) celui qui regarde avec mépris son prochain, qui l'utilise pour son profit : généralement la belle-mère, le "marâtre" qui n'est que méchanceté et qui veux abandonner les enfants de son mari en forêt; ou bien la sorcière; ou bien les deux : cf. la reine-sorcière de Blanche-neige !!...mais également Saruman ou Nokes.
(b) et celui qui a compassion de l'infortuné et qui voit au-delà des apparences (une fée, des nains, un prince...mais également Sam ou Alf.
A ce moment là, le conte de fées Humain est un conte de fées qui est axée sur les valeurs morales, "humaines".
En ce cas, la Nature de Faërie est sauve et il n'y a pas de connotations négatives attaché à cette lecture axée de l'Homme vers l'Homme.
Mais Attention à ne pas pratiquer le Miroir (1-2) en pensant que le miroir dans lequel on regarde est celui de (3).
Attention à ne pas pratiquer le désenchantement en pensant que notre lecture éthique et morale laisse intacte les mystères de Faërie.
Sosryko

