11-12-2004, 20:36
Je ne comprends pas bien quelle est ta question. Veux-tu savoir si Faërie existe bel et bien, si Tolkien croyait qu’elle existait, ou l’inverse ?
Quoi qu’il en soit, la réponse est délicate… Très délicate. Car, Tolkien n’est pas le seul à le dire, le Royaume Périlleux ne se pose même pas en terme d’existence ou de non-existence. Du moins si l’on n’entend par « existence » une réalité matérielle. S’il fallait répondre par une pirouette, j’en emprunterais une à Pierre Dubois (hélas ! je n’ai pas noté le titre du livre où je l’ai reprise) :
Car ces phrases que tu soulèves, qui font certes partie de la remise en question propre à tout chercheur, ne sont pas qu’un exercice de style, mais l’expression d’une réalité : de Faërie, on ne peut rien dire de certain. Elle est l’Autre par excellence, et de même qu’on ne mesure l’autre qu’à l’aune de nous-même, on ne peut mesurer (tenter de mesurer, surtout) ses contrées qu’à la mesure des nôtres. Et dès lors, la mesure est faussée, car qui nous dira que les couleurs des Marches Poétiques ne sont pas si nombreuses que notre œil ne puisse les percevoir toutes ? Dira-t-on qu’un sifflet n’émet aucun son parce que nous ne pouvons l’entendre ? Ce serait faux ; peut-être que le son est trop aigu pour nos oreilles, ou trop grave. Et pourtant l’ours l’entend du fin fond de sa forêt et accourt de suite pour sauver le Prince des sorts du Vil Dragon. Ce n’est pas parce que nous ne voyons pas les microbes qu’ils n’existent pas : Merlin a bien gagné son duel contre la sorcière Mim en lui collant des pustules rouges de partout. Les Bretons parlent bien de montagnes dans leur pays, alors que moi je cherche désespérément du relief à l’horizon, pour avoir grandi entre les Alpes et le Pilat. C’est pourquoi l’on ne peut qu’avancer en Faërie avec extrême humilité, si petit que nous sommes en savoir, en puissance, en agilité. Car l’orgueil se paye cher, et une trop grande curiosité aussi. Smith en fit les frais, et je dois avouer que je commis la même erreur que lui en cherchant à comprendre, à percer les mystères qui ne sont pas pour nous. Et voilà bien l’orgueil des Hommes ! Les merveilles ne leur suffisent pas, encore veulent-ils les démonter ! Alors que ce qu’il faut, cette valeur qui doit nous servir de mante, c’est cet émerveillement de gosse devant le bonhomme de bois qui bouge tout seul. S’il cherche les ficelles, le bonhomme merveilleux n’existe plus, n’est qu’un tas de bois qu’un adulte fait bouger pour amuser… Finalement, pour rien du tout, puisque l’enfant a compris, et dès lors le pantin n’a plus d’utilité. Alors, quelle est la chose la plus importante ? L’émerveillement, ou le démontage ?
Quoi qu’il en soit, la réponse est délicate… Très délicate. Car, Tolkien n’est pas le seul à le dire, le Royaume Périlleux ne se pose même pas en terme d’existence ou de non-existence. Du moins si l’on n’entend par « existence » une réalité matérielle. S’il fallait répondre par une pirouette, j’en emprunterais une à Pierre Dubois (hélas ! je n’ai pas noté le titre du livre où je l’ai reprise) :
« A ceux qui s’interrogent sur l’origine des Alfs, des Elfes, des « Autres aux oreilles pointues », il serait plus sage de répondre qu’on ne sait pas grand-chose — à vrai dire, on ne sait presque rien — et d’ajouter comme le coucou : allez voir vous-même… C’est par là ! ».
Car ces phrases que tu soulèves, qui font certes partie de la remise en question propre à tout chercheur, ne sont pas qu’un exercice de style, mais l’expression d’une réalité : de Faërie, on ne peut rien dire de certain. Elle est l’Autre par excellence, et de même qu’on ne mesure l’autre qu’à l’aune de nous-même, on ne peut mesurer (tenter de mesurer, surtout) ses contrées qu’à la mesure des nôtres. Et dès lors, la mesure est faussée, car qui nous dira que les couleurs des Marches Poétiques ne sont pas si nombreuses que notre œil ne puisse les percevoir toutes ? Dira-t-on qu’un sifflet n’émet aucun son parce que nous ne pouvons l’entendre ? Ce serait faux ; peut-être que le son est trop aigu pour nos oreilles, ou trop grave. Et pourtant l’ours l’entend du fin fond de sa forêt et accourt de suite pour sauver le Prince des sorts du Vil Dragon. Ce n’est pas parce que nous ne voyons pas les microbes qu’ils n’existent pas : Merlin a bien gagné son duel contre la sorcière Mim en lui collant des pustules rouges de partout. Les Bretons parlent bien de montagnes dans leur pays, alors que moi je cherche désespérément du relief à l’horizon, pour avoir grandi entre les Alpes et le Pilat. C’est pourquoi l’on ne peut qu’avancer en Faërie avec extrême humilité, si petit que nous sommes en savoir, en puissance, en agilité. Car l’orgueil se paye cher, et une trop grande curiosité aussi. Smith en fit les frais, et je dois avouer que je commis la même erreur que lui en cherchant à comprendre, à percer les mystères qui ne sont pas pour nous. Et voilà bien l’orgueil des Hommes ! Les merveilles ne leur suffisent pas, encore veulent-ils les démonter ! Alors que ce qu’il faut, cette valeur qui doit nous servir de mante, c’est cet émerveillement de gosse devant le bonhomme de bois qui bouge tout seul. S’il cherche les ficelles, le bonhomme merveilleux n’existe plus, n’est qu’un tas de bois qu’un adulte fait bouger pour amuser… Finalement, pour rien du tout, puisque l’enfant a compris, et dès lors le pantin n’a plus d’utilité. Alors, quelle est la chose la plus importante ? L’émerveillement, ou le démontage ?
Je ne sais trop si cela répond à ta question... Tu peux aussi aller voir là, où le sujet avait fait sortir Sosryko du bois :)
Stéphanie – de passage, comme trop souvent.

