« Concernant le catharisme, je ne connais pas si bien que cela cette hérésie, qui trouva beaucoup d'adepte pour les raisons politiques expliquées par romaine, les cathares ayant la fâcheuse manie de s'afranchir du pouvoir royal (d'où la répression sanglante qui n'est pas imputable vraiment à l'Eglise; mais il nous est difficile, en France laïciste, de se figurer un monde où l'état et la religion se partageaient le même pouvoir temporel !)
Mais elle est très proche du gnosticisme, qui voit dans la matière le mal, la déchéance, et dans l'esprit (le pneuma), le bon, le vrai.
Or nous avons déjà parlé du gnosticisme, manichéen par essence, dans les discussions dont Hisweloke a fait un bilan. »
Hisweloke
On pense savoir qu'il avait travaillé sur la traduction du livre de Job, et quoi qu'il en soit exactement, la logique du bien et du mal dans son oeuvre semble très éloignée du manichéisme, lequel est sensé être l'un des courants fondateurs de la pensée cathare.
« Histoire des Cathares » - Michel Roquebert aux éditions Perrin :
«Or voici qu’un érudit dominicain, le père Antoine Dondaine, découvre en 1939 à Florence, outre un second « Rituel » cathare – en latin cette fois -, un traité de théologie, plus exactement le résumé, rédigé vers 1250, d’un ouvrage dû à un docteur cathare de Bergame, Jean de Lugio, le « Livre des deux principes ».
La même année, il trouve à Prague, inséré chapitre après chapitre dans un manuscrit du « Contra Manicheos3 attribué à Durand de Huesca, un traité cathare anonyme dont tout laisse penser qu’il est d’origine occitane et date du début du XIIIe siècle.
Précieuses découvertes, qui donnaient enfin directement accès à la doctrine cathare.
On se trouvait devant une pensée théorisée et mise en forme, au travers de textes non suspects cette fois d’avoir subi des distorsions à des fins polémiques ; des textes qui échappaient par ailleurs au caractère forcément schématique, partiel, voire parfois naïf, des aveux faits devant les inquisiteurs ; et des textes qui, de surcroît, dépassaient de beaucoup, par leur argumentaire soigneux et souvent très serré, les enseignements qu’on pouvait tirer des seuls témoignages recueillis par l’Inquisition.
Or il est extrêmement frappant de constater que ces écrits, qui ne sont avares ni de développements raisonnés ni de citations scripturaires propres à étayer leurs thèses, ne laissent absolument rien transparaître qui puisse évoquer une quelconque influence du manichéisme.
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On connaît notamment l’un des principaux arguments sur lesquels Jean de Lugio fonde le dualisme : une même cause ne pouvant produire à la fois un effet et son contraire, [-]. Comment ne pas voir un écho dans l’Evangile de Matthieu comme dans l’Epître de Jacques : « Tout arbre qui est mauvais porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre en porter de bons.» « Une fontaine jette-t-elle, par une même ouverture, de l’eau douce et de l’eau amère ? »
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Bref, il faut dépouiller le catharisme de cette fausse aura d’exotisme et d’ésotérisme liée à son imaginaire origine orientale, et qui a conduit à tant de dérapages littéraires et parahistoriques, pour se rendre à cette évidence : c’est un christianisme, et les cathares avaient raison de s’appeler entre eux « bon Chrétien » voire « Chrétiens » tout court.
[-] Ils ne se sont jamais aventurés au-delà des apocryphes chrétiens.
Un petit détour par le dualisme est ici nécessaire afin de bien clarifier les choses, et notamment de définir en termes simples cette tradition « autre » sans laquelle il n’y aurait eu ni gnose ni catharisme - compte tenu que tout ce qui va suivre n’a de sens que dans une perspective créationniste : si le monde, en effet, est incréé, si ce qui est de toute éternité, sans avoir eu besoin d’une cause ou d’un principe qui l’ait amené à l’existence, la théologie chrétienne - catholique ou cathare – est sans objet et n’est que vue de l’esprit.
Si l’on conçoit au contraire la nécessité, pour que le monde soit, d’un acte créateur originel, c’est un champ infini qui s’ouvre à la réflexion. On connaît la position de l’Eglise catholique : Dieu est le créateur unique, cause première et principe de tout, « du ciel et de la terre » comme dit le Symbole des Apôtres, « des choses visibles ou invisibles », précise le symbole de Nicée, bref des réalités matérielles et des spirituelles.
En opposition à ce dogme fondé, à la fois, sur l’Ecriture révélée et sur la tradition de l’Eglise, il est donc apparu, et très tôt, des gens qui, tout en se disant chrétiens, c'est-à-dire se fondant sur la même Ecriture mais la lisant en lui appliquant une autre grille, ont prétendu que Dieu ne pouvait pas être cause unique de tout.
Il ne peut, notamment, être cause du mal. On notera en passant que c’est ce que dit déjà Platon au Livre II de « la république » : « Dieu n’est pas la cause de tout, mais seulement du bien. »
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Pourquoi les docteurs catholiques des XIIe et XIIIe siècles ont-ils vu dans les cathares des néo-manichéens, voire des manichéens tout court, c'est-à-dire tout sauf des chrétiens ? On peut élargir notre interrogation : pourquoi cette véritable allergie, depuis les Pères du IIe siècle, à l’égard de toute réponse qui, se refusant à chercher la source du mal dans la liberté de la créature, l’impute à un autre principe que le Dieu suprême et bon ?
On pouvait craindre, certes, que poser un second principe à côté du Dieu bon ouvrît la porte au dithéisme et que dès lors qu’on posait deux dieux, pourquoi pas trois, pourquoi de pas revenir au polythéisme des païens ? Mais il y a des raisons infiniment plus profondes que le simple refus de comprendre dans sa complexité le dualisme.
Les polémistes catholiques ont très bien vu que celui-ci ne se borne pas à proposer une réponse spécifique à une question limitée : celle de l’origine du mal. Ils ont compris qu’il est la clef de voûte de tout un dispositif doctrinal au sein duquel il induit, non seulement une cosmologie, mais une théologie, une christologie, une sotériologie et une ecclésiologie radicalement différentes du système élaboré par la Grande Eglise. »
Conclusion, l’idéologie cathare n’est pas manichéenne et il était important pour l’Eglise catholique de l’éradiquer. Concernant une éventuelle source d’inspiration pour Tolkien, la découverte des textes théologiques me semble bien trop tardive pour que cela soit possible.
Peut-on parler de dualisme dans l’œuvre de JRR TOLKIEN ?

